Le français dans les airs, on s'en sacre

Quelqu'un qui apprend le français, c'est cute, mais,... (Photo Shutterstock, Matej Kastelic)

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Quelqu'un qui apprend le français, c'est cute, mais, malheureusement, c'est insuffisant. On ne peut pas qualifier cela de service en français. Chez moi, et le Canada, c'est chez moi, le ciel aussi, j'ai le droit d'être servi en français et dans un français compréhensible.

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Pierre-Olivier Fortin
Le Soleil

(Québec) J'ai déjà habité à Winnipeg. Je me souviens, je me réveillais avec la radio en anglais. Je me réveillais bilingue. Mais maintenant, c'est plate, on dirait que ça me prend minimum un café pour y arriver.

C'était un matin de mai, en 2011. On a fait Québec-San Francisco en passant par Toronto avec Air Canada. On s'était levés très tôt pour prendre l'avion, et le café, vous comprenez, a dû attendre.

En embarquant dans l'avion, j'étais donc unilingue et de mauvaise humeur. Le sourire radieux de l'agente de bord a malgré tout réussi à m'en arracher un petit. Mais je l'ai très vite perdu, ce sourire, lorsque cette dernière a pris le micro. Son français était pitoyable. Impossible de saisir le message; des mots tout au plus. Comme quelqu'un qui lit des sons - et pas toujours les bons - sans comprendre ce qu'il dit et à une vitesse délirante. En anglais, pourtant, ce qu'elle disait était clair, même à travers les haut-parleurs qui grichent et la vibration des hélices.

Un couple franco-ontarien a mené une bataille linguistique contre Air Canada jusqu'en Cour suprême. Mais je vous raconte le reste de l'histoire avant.

En cours de vol, on nous a servi du café - un service très bien, rien à redire - et c'est alors que mon bilinguisme, perdu dans l'Ouest ou dans les bras de Morphée, m'est revenu brusquement, comme un boomerang reçu en pleine face. Ma langue avait mal. Ma faculté retrouvée de m'exprimer dans l'autre langue officielle de ce pays m'a permis de dire à l'agente toute ma déception à l'égard du piètre service en français offert lors de ce vol. Cette dernière m'a retrouvé dans l'aérogare. Elle m'a montré son livre de conversation française. A dit qu'elle essayait très fort.

C'est tout à son honneur. Par contre, quelqu'un qui apprend le français, c'est ben cute, mais, malheureusement, c'est insuffisant. On ne peut pas qualifier cela de service en français. Chez moi, et le Canada, c'est chez moi, le ciel aussi, j'ai le droit d'être servi en français et dans un français compréhensible. Et quelqu'un qui déballe une série de sons incohérents en prétendant que c'est du français, c'est insultant pour le client, pour la langue, ceux qui la parlent et la défendent. C'est aussi irrespectueux de la part d'Air Canada. Ça donne l'impression que le français, finalement, on s'en sacre.

Autre exemple, sur un vol Montréal-Québec cette fois, pas plus tard que le mois dernier. Un français incompréhensible au micro. «Bienvenue dans la ville de Québec», nous a-t-on souhaité sur la piste de l'aéroport Jean-Lesage. Oui, c'est ça. Répétez après moi : «Bienvenue à Québec.» Merci, by the way.

Pour qu'une situation comme celle-là se produise chez Air Canada, soit on juge que l'agente parle assez bien français (!), soit ses patrons savent qu'elle n'a pas le niveau requis, mais espèrent que ça ne paraîtra pas trop. C'est pourquoi on l'a affectée... à Montréal? À Québec? Y'a 95 % de francophones à Québec, pensiez-vous que personne n'allait s'en rendre compte?

Michel et Lynda Thibodeau, le couple d'Ottawa dont je vous parlais, ont mené tout un combat. La Cour suprême, cependant, leur refuse l'indemnisation demandée (en raison de formalités dues au fait qu'il s'agissait de vols internationaux), mais concède qu'Air Canada a violé ses obligations.

«Problème structurel»

La conclusion de M. Thibodeau, cité dans La Presse, est la suivante : «Il y a un problème structurel chez Air Canada. Il y a un problème systémique et ce problème-là ne disparaît pas [...] À chaque fois qu'Air Canada va violer mes droits, je vais déposer une plainte au commissaire des langues officielles.»

L'obligation du bilinguisme est lourde, affirme Air Canada, ajoutant que l'entreprise a «toujours pris ses responsabilités linguistiques au sérieux». D'accord, seulement, ça prend des résultats.

Dans les médias, Air Canada, ancien monopole d'État, se lamente en disant que l'entreprise, étant la seule à se voir imposer le bilinguisme par la loi, est désavantagée par rapport à ses concurrents. Je ne comprends pas pourquoi ça coûterait plus cher et pourquoi c'est si difficile de trouver des candidats bilingues alors qu'une base d'agents de bord se trouve à Montréal.

Air Canada suggère également que cette obligation soit imposée à tous les transporteurs. Bien d'accord. Mais pourquoi une loi est nécessaire, au fait? Dans un monde tout rose avec des p'tits anges partout, ce serait seulement une question de respect. Et si une loi est un jour votée en ce sens, j'espère que les autres transporteurs ne prendront pas exemple sur Air Canada.

Peut-être pourront-ils s'inspirer d'Air France dont la chef de service annonçait fièrement au micro lors de mon dernier vol, pouvoir servir ses clients dans près d'une dizaine de langues? Suggérons aussi Air Transat qui, lors d'un vol Montréal-Lisbonne, disait tout en français, en anglais et en portugais.

Et pourquoi pas prendre l'exemple sur United, un coup parti. Oui, United, dont les agents de bord offraient un service bilingue anglais-espagnol à l'embarquement d'un vol Newark-México. À la porte d'à côté, nous attendions d'embarquer pour Québec. Évidemment, sans un mot de français. Misère.

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