La Nouvelle-Orléans: terre des morts

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Les premiers habitants de La Nouvelle-Orléans avaient un mal fou à enterrer leurs morts. Situé sous le niveau de la mer, le sol ne retenait pas les défunts sous terre. La solution des tombeaux de marbre est venue d'Espagne.

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(La Nouvelle-Orléans) Attention! Le texte qui suit comporte des récits terrifiants et des scènes de violence et d'épouvante. Nous préférons vous en avertir.

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Pour vous déplacer, rien de tel que le tramway. Rouge sur Canal Street et sur le bord du Mississippi, vert pour le tramway de Saint-Charles, ils vous mèneront, pas si rapidement, vers votre destination. Sans être rapides, les tramways ont leur charme; bancs en bois et longues conversations entre passagers en sont quelques-uns. Pour passer d'un monde à l'autre, empruntez le tramway «Cemeteries», celui que tout le monde emprunte un jour, disait à la blague un passager.

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Les diseuses de bonne aventure se font compétition sur le parvis de la cathédrale Saint Louis.

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Peuplée de fantômes, de vampires et de créatures surnaturelles, La Nouvelle-Orléans est une des villes américaines les plus hantées. Le Soleil profite de l'Halloween pour vous convier à une visite de ces lieux obscurs.

La Nouvelle-Orléans est une terre des morts. Les ouragans, les incendies, les épidémies ont tour à tour rempli les cimetières. Cette contrée maudite, cernée de bayous et des eaux noires du Mississippi, n'a trouvé pour seule consolation que le talent de ses musiciens. Visiter La Nouvelle-Orléans, c'est accepter d'y laisser une partie de son âme...

Nous commençons notre périple au Vieux Carré. L'influence française y a laissé ses traces, toutefois beaucoup moins que la rumeur le dit. L'architecture par exemple, est majoritairement espagnole. Le quartier a été ravagé par les flammes deux fois, ne laissant de ses vestiges que le couvent des Ursulines et le bar du pirate Jean Lafitte; deux bâtiments aux antipodes de l'échelle de la moralité.

Le  secteur se visite à pied. Commencez votre périple à Bourbon Street, où vous pouvez marcher en buvant de l'alcool. En parallèle se trouve la rue Royale, paradis des antiquaires. Plus loin, la rue Chartres vous conduit à la place d'Armes, devant la cathédrale Saint Louis, où se réunissent les artistes et les diseuses de bonne aventure. Continuez et vous tomberez sur Decatur où les bars et restaurants se font compétition au bord de l'eau.

Pour se déplacer, rien de tel que le tramway! Empruntez la ligne Canal pour passer des cimetières à la ville, celle du bord de l'eau pour magasiner au Marché français et Charles pour visiter les manoirs du district des Jardins. Ne vous étonnez pas, il n'y a plus de tramway nommé Désir.

Visiteurs de l'autre monde

Avec ses riches résidences entourées de clôtures en fer forgé, le quartier français donne l'impression de remonter le temps. Il ne manque que quelques apparitions grisâtres, glissant dans les rues, pour vous donner des frissons. Si vous cherchez des fantômes, La Nouvelle-Orléans est la destination pour vous. Encore faut-il savoir où aller!

Le plus simple serait de vous rendre au restaurant chez Muriel, sur la rue Chartres, tout près de la place d'Armes. La légende veut que l'endroit soit hanté par l'ancien propriétaire, Pierre Antoine Lepardi Jourdain, qui l'avait acheté et rénové en 1789. Amoureux fou de sa maison, M. Jourdain était aussi un grand adepte des jeux de hasard. Un soir de 1814, il a parié et perdu sa maison dans une partie de cartes. La tristesse était si grande qu'il a mis fin à ses jours.

À l'ouverture de Muriel, les serveurs ont été témoins d'objets qui flottaient et se fracassaient sur le sol. Excédés, les propriétaires, en quête d'une solution, ont organisé une séance de spiritisme au salon.

Depuis ce temps, chaque soir, une table est dressée pour M. Jourdain, en bas de l'escalier. En passant devant le restaurant, vous pouvez la voir. Ne vous y assoyez pas, la place est réservée à un très vieil habitué.

La maison du couple LaLaurie, l'un des endroits... (Collaboration spéciale Gabrielle Thibault-Delorme) - image 2.0

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La maison du couple LaLaurie, l'un des endroits les plus hantés de la ville. Un incontournable pour les chasseurs de fantômes.

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À chaque détour, vous croiserez des musiciens de... (Collaboration spéciale Gabrielle Thibault-Delorme) - image 2.1

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À chaque détour, vous croiserez des musiciens de talent. Le bruit de la ville devient mélodieux.

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La maison des horreurs

De la place d'Armes, une marche d'une quinzaine de minutes vous mène devant la maison du couple LaLaurie. Lieu d'évènements horribles et d'apparitions troublantes, elle est reconnue pour être le lieu le plus hanté de La Nouvelle-Orléans.

L'histoire commence en 1831, lorsque Marie Delphine (née Maccarthy) a emménagé avec son troisième mari, le docteur Leonard Louis Nicolas LaLaurie, au 1140 Royal Street. Grossissant sa fortune à chacun de ses mariages, madame LaLaurie était reconnue pour sa beauté, ce qui, selon les critères de l'époque, signifie qu'elle avait un très joli... portefeuille.

Femme du monde, elle organisait fréquemment des soirées mondaines, qui étaient très populaires. Tout a changé le soir du 10 avril 1834, lorsqu'un feu s'est déclenché dans les cuisines situées sous les quartiers des esclaves. À leur arrivée, les pompiers ont découvert une vieille femme attachée au four par des chaînes. Elle a avoué qu'elle avait déclenché l'incendie pour éviter d'être traînée au deuxième étage.

Armés de haches, les pompiers se sont précipités au deuxième et ont ouvert de force la porte cadenassée.

Le New Orléans Bee du 11 avril 1834 a rapporté que derrière la porte, ils ont découvert «sept esclaves, horriblement mutilés, attachés par le cou et dont les membres avaient été écartelés.» Emprisonnés depuis plusieurs mois, ils étaient dans un état de malnutrition et de déshydratation avancé.

Horrifiés du traitement des esclaves, les témoins ont pourchassé le couple Lalaurie qui s'est sauvé à Paris.

Le 1140 Royal Street serait à la fois hanté par la présence de Delphine LaLaurie et par ce que les spécialistes du paranormal qualifient d'émotion résiduelle. Ce type d'apparitions survient lorsqu'un lieu subit un tel traumatisme qu'il en demeure marqué.

Les témoins rapportent des apparitions de sang sur les murs et des bruits de chaînes. Au-dessus de la cuisine, les propriétaires successifs de la résidence ont fait état d'une odeur de viande pourrie dont ils n'arrivaient pas à se débarrasser. Aujourd'hui, la maison est habitée et le deuxième étage a été transformé... en chambre d'amis.

Les Cités des Morts

Les fantômes ne résident pas que dans le Vieux Carré. En empruntant le tramway de la ligne Canal Cemeteries, on se retrouve à la porte d'entrée de treize cimetières, disposés en demi-cercle. On les appelle les Cités des morts. Chacun ressemble à une miniville, avec ses mausolées entourés de clôtures de fer.

Les premiers habitants de La Nouvelle-Orléans avaient un mal fou à enterrer leurs morts. Situé sous le niveau de la mer, le sol ne retenait pas les défunts sous terre. Dès la crue des eaux, les cercueils et les corps remontaient à la surface, flottant dans une mare de boue. Si l'image vous fait frissonner, imaginez l'odeur!

Plusieurs tactiques ont alors été essayées. On ajoutait des pierres ou des poids en métal au cercueil pour s'assurer qu'il coule au fond, on perçait des trous pour laisser passer l'eau. Rien ne fonctionnait, les morts n'avaient que faire de rester sous terre. De plus, comme la religion catholique interdisait formellement la crémation, ils ont dû trouver une autre solution.

Elle est venue d'Espagne. Des tombeaux, semblables à des casiers à tiroirs richement ornés, ont fait leur entrée à La Nouvelle-Orléans. Hors de la terre, ces maisons de marbre peuvent contenir plus d'une centaine de morts sur une surface équivalente à un lit à une place.

Les Cités des morts se visitent le jour, idéalement en groupe. Des rôdeurs se cachent fréquemment entre les tombes et surprennent les passants. Ces endroits sont également propices aux rencontres des membres de gangs de rue. Une guide de Gray Line rencontrée lors du voyage a déjà été témoin d'une fusillade. Vous voilà prévenus.

La tombe de la reine vaudou Marie Laveau... (Collaboration spéciale Gabrielle Thibault-Delorme) - image 3.0

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La tombe de la reine vaudou Marie Laveau au cimetière Saint Louis. Les trois «X» inscrits  sur la tombe font partie d'un rituel qui consiste à demander des faveurs à la sorcière. Un sacrifice ou une offrande est nécessaire, si on veut voir son voeu exaucé. Alcool, cigarettes et maquillage seraient les cadeaux qu'elle préfère. En revanche, le marquage des tombes au crayon est formellement interdit par la loi.

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La sorcière du Mississippi

Au cimetière Saint Louis, une tombe marquée de trois «X» abrite la reine vaudou Marie Laveau. Cette dernière jouissait d'une réputation tellement grande que des offrandes sont encore laissées à sa dernière demeure, dans l'espoir que même au-delà de la mort, elle puisse encore exaucer les voeux des passants.

Femme libre de couleur, Marie Laveau est devenue reine vaudou au XIXe siècle à la suite d'une performance exceptionnelle dans une cérémonie, où elle aurait notamment manipulé un serpent venimeux sans être mordue.

On la disait capable d'influencer la tenue d'un procès par des rituels. On lui attribuait également la mort d'un gouverneur et d'un lieutenant-gouverneur.

La légende a grandi avec les années, à un point tel qu'il est devenu très ardu de séparer les faits des mythes. Les sources s'entendent sur le fait qu'elle a été importatrice d'alcool en 1832, tenant boutique sur la rue Dauphine. Elle a également exercé la profession de coiffeuse, ce qui lui a permis de connaître tous les secrets de ses clients. De ses 15 enfants, seuls deux auraient atteint l'âge adulte, dont sa fille Marie Laveau II, qui est devenue à son tour prêtresse.

Le mythe de Marie Laveau a traversé les âges. Récemment, on a pu la voir dans l'émission American Horror Story, dans laquelle elle utilisait sa magie pour torturer Delphine LaLaurie (voir plus haut).

La contrée d'où on ne revient jamais

Les histoires, les mythes et les légendes de La Nouvelle-Orléans ajoutent à son charme. Alors que votre voyage prend fin, il vous faudra prendre votre courage à deux mains pour pouvoir partir. Les fantômes vous retiennent par la main et ne veulent pas vous laisser aller. Nous vous avions prévenus, visiter La Nouvelle-Orléans, c'est perdre une partie de son âme. Pour la retrouver, pas le choix... vous devrez y retourner.

_______________

Sources:

AMBROSE, Kala, Spirits of New Orleans, New Orleans, 2012.

ASBURY, Herbert, The French Quarter: An Informal History of the New Orleans Underworld, New York, Badic Books, 1936.

Les guides de Gray Line pour les visites de cimetières et des lieux hantés et James McWilliams de Free Tours of New Orleans.

John T. Martin du Musée du Vaudou.

Merci aux chauffeurs de la ligne Canal Cemeteries pour leur mot d'au-revoir: «Vous reviendrez un jour, tout le monde finit par prendre ce tramway!»

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