Berlin vue de l'intérieur

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Le Bode Museum (art byzantin et du Moyen Âge) occupe la pointe de l'île aux Musées, un important complexe niché au centre de la rivière Spree.

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<p>Isabelle Houde</p>

(Berlin, Allemagne) Hans Strömsdörfer avait fixé le rendez-vous à 17h30, devant le Berliner Ensemble, le théâtre de Brecht, dont le sigle rond tournoie inlassablement. «C'est notre théâtre favori, à ma conjointe et moi, lance-t-il. Les pièces sont formidables.» Juste en face, la rivière Spree s'écoule lentement, troublée de temps à autre par le passage d'un bateau-mouche touristique. À moins d'un kilomètre, le Museuminsel, l'île aux Musées, continue de subir une cure de jeunesse digne de son statut au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Berlin Hauptbahnhof, la gare centrale, a été inaugurée... (Photo Shutterstock, Khongkit Wiriyachan) - image 1.0

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Berlin Hauptbahnhof, la gare centrale, a été inaugurée en 2006 et est considérée comme la plus grosse station de train d'Europe.

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Du haut du Reichstag, siège du Parlement allemand, la ville apparaît  comme un champ de grues.   

Photo Le Soleil, Isabelle Houde

Plus jeune, Hans ne s'imaginait pas du tout vivre à Berlin, encore moins dans cette partie de Mitte où les loyers sont devenus chers et les habitants, plus froids et distants qu'avant, déplore-t-il. Le verbomoteur assumé trouve tout de même d'énormes avantages à habiter si près du centre-ville, à quelques pas de son lieu de travail et de nombreuses institutions culturelles, comme le Berliner Ensemble et le Deutsches Theater. «Ces deux théâtres sont dans le top 5 du pays», s'enorgueillit-il.

À 33 ans, Hans est porte-parole pour une association de chirurgiens plastiques - «qui ne font pas que de la chirurgie esthétique, mais principalement de la reconstruction», prend-il soin de préciser. Le quartier où il vit est hautement reconnu pour la médecine: il abrite le campus historique de l'un des plus gros hôpitaux universitaires de l'Europe, le Charité. 

Le jeune homme s'est établi à Berlin il y a 10 ans avec sa conjointe, Christine. Il a grandi dans un petit village sur la côte de la mer du Nord, dans l'ancienne Allemagne de l'Ouest. Parce que oui, les gens font encore la différence entre eux 25 ans après la chute du mur de Berlin, qui a mené à la

réunification entre la République fédérale d'Allemagne (RFA), à l'ouest et la République démocratique allemande (RDA), à l'est. Cette séparation, héritage de la Seconde Guerre mondiale, a créé une Allemagne à deux vitesses, entre capitalisme et communisme. Située au coeur de l'Allemagne de l'Est, la ville de Berlin a elle-même été divisée entre les vainqueurs de la guerre, en 1945. Pour contrôler la migration des habitants qui voulaient passer à l'ouest par Berlin, la RDA a érigé un mur en 1961, devenu le symbole par excellence d'une division profonde dont les traces persistent encore.  

«Nous avons une expression qui dit que le mur est dans la tête. C'est vrai qu'il est encore là. Avec chaque génération, ça diminue, mais ça ne part pas si vite», analyse Hans.

C'est attablé au Böse Buden Bar, un café au coin de sa rue, qu'il raconte sa ville et son pays. Il a l'habitude de s'entretenir avec des étrangers: il fait partie d'un mouvement touristique alternatif, les Greeters, qui a une antenne à Berlin. Le principe est simple: des habitants de la ville donnent bénévolement des tours guidés personnels et gratuits à des étrangers. 

Quand il fait un greet, Hans aime raconter l'histoire de sa rue, Marienstrausse, l'une des premières à avoir été développée hors du Berlin médiéval, autour de 1837. «Berlin est une ville relativement jeune quand on compare avec les standards européens», dit-il. 

Plus encore, ce qu'Hans se plaît à souligner, c'est qu'il s'agit de l'une des plus vieilles rues du Berlin moderne où les bâtiments sont encore d'origine - c'est-à-dire intacts. La précision paraît anodine, mais elle ne l'est pas quand on sait à travers quels tourments Berlin est passée. La Seconde Guerre mondiale a laissé de profondes blessures. Partout en ville, des immeubles délabrés, couverts de graffitis, côtoient des bâtiments neufs ou complètement rénovés. Du haut du Reichstag, siège du Bundstag, le Parlement allemand, une spectaculaire coupole de verre permet d'observer Berlin sur 360 degrés. La ville apparaît littéralement comme un champ de grues. Elles sont à tous les coins de rue. 

La fin de la transition?

Dans les années 90, tout juste après la chute du mur, Berlin paraissait comme la ville des possibles. Tout était à refaire. «Berlin est encore en transition, mais j'ai peur qu'on soit en train d'atteindre la fin de cette transformation», s'inquiète Hans Strömsdörfer. «Berlin vit de son mythe et de cette attitude du "tout est possible". C'était vrai juste après 1990, jusqu'en 2000. La population a augmenté en flèche, les gens pensaient que ce serait LA ville du futur. Il y avait une atmosphère de chercheurs d'or. Finalement, il ne s'est pas passé grand-chose économiquement parlant. La population a faibli au tournant des années 2000», raconte Hans. 

Depuis 2003, la population s'est mise à augmenter de nouveau, plus tranquillement. «Les gens ont peut-être voulu trop, trop vite, et ça n'a pas marché comme ils l'espéraient. Maintenant, il y a une deuxième vague. Mais le mauvais côté de cette deuxième vague dont je fais partie, c'est que les loyers augmentent énormément. Tout devient plus professionnalisé», constate le jeune homme.

Le Tacheles est un symbole fort de cet embourgeoisement que beaucoup de Berlinois déplorent. En 1990, des artistes se sont mis à squatter les restes d'un ancien complexe commercial bâti en 1908, qui a connu de nombreuses vies durant les guerres successives. Ils en ont fait un complexe de galeries et d'ateliers, et ont travaillé pour que l'immeuble évite la démolition et soit déclaré lieu historique. Le Tacheles, situé à l'angle d'Oranienburger Strasse et de Friedrichstrasse, dans l'ancienne Berlin-Est, est devenu un point central de la vie artistique et activiste de Berlin. 

Aujourd'hui, plus rien ne se passe derrière les façades bariolées de couleurs. En 2008, le contrat d'occupation s'est terminé, en même temps que s'est enclenchée une âpre bataille juridique. Le combat des artistes s'est terminé en 2012, après des mois de coupures d'eau et d'électricité pour forcer leur éviction. Depuis, un acheteur se serait porté acquéreur du lieu pour le transformer en hôtel, mais rien ne bouge.

Même s'il ne fréquentait pas le Tacheles, Hans s'inquiète. «Je pense que Berlin va perdre son sex-appeal. Le Tacheles est un symbole fort de la gentrification de Berlin. C'est un cercle vicieux qui continue», déplore le Berlinois d'adoption. «Ça commence toujours avec des espaces pas chers. Qui en a besoin? Les artistes. Ensuite viennent les étudiants. Après viennent les cafés et les restaurants, ensuite arrive un reporter du New York Times. Quand Britney Spears achète un appartement dans ton quartier, tu sais qu'il est mort», blague Hans. Il rit jaune. 

Les bobos

Il en a surtout contre les bourgeois bohémiens, les bobos. «J'ai un grave problème avec les hipsters, aussi», lance Hans en rigolant. Plus sérieusement, il précise le problème avec ces jeunes urbains bohèmes qui s'installent là où la mode les mène. «Mes amis me disent de les laisser vivre, mais très profondément en moi, je ne les aime pas, parce qu'ils n'ont pas de réel intérêt envers Berlin. Si Istanbul est le next big thing, ils vont y aller l'an prochain. Avant, c'était New York, et c'est de là qu'ils arrivaient», poursuit-il. 

À écouter Hans, on se demande parfois pourquoi tant de gens tombent amoureux de Berlin et de son caractère particulier. Mais le guide amateur nous rassure. «J'aime beaucoup Berlin, mais une ville de cette grosseur, c'est impossible de juste l'aimer. C'est toujours une relation amour-haine, parce qu'inévitablement, il y a des choses qui vont te tomber sur les nerfs.»

Quand il fait un greet, Hans Strömsdörfer aime... (Photo Le Soleil, Isabelle Houde) - image 2.0

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Quand il fait un greet, Hans Strömsdörfer aime raconter l'histoire de sa rue, Marienstrausse, l'une des premières à avoir été développée hors du Berlin médiéval, autour de 1837. 

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Capitale cosmopolite, Berlin attire son lot de jeunes... (Photo le Soleil, Isabelle Houde) - image 2.1

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Capitale cosmopolite, Berlin attire son lot de jeunes qui profitent des loyers peu élevés. Par beau temps, on les retrouve, bière à la main, sur le bord du Landwehrkanal, à Böcklerpark.

Photo le Soleil, Isabelle Houde

Capitale cosmopolite et relax

Au moment de faire ses études, Deniz Erdogan, Berlinoise de naissance, a assouvi son goût du voyage en passant presque six ans à l'extérieur du pays, dont deux ans à Montréal. Après ces années d'expatriation, elle a retrouvé sa ville d'origine métamorphosée. Du petit village enclavé d'avant la chute du mur, Berlin est devenue une ville ouverte sur le monde. 

«J'aime que ce soit devenu beaucoup plus cosmopolite qu'avant. C'est très relax, aussi, plus qu'à Paris et à Londres», compare-t-elle.

Gentrification

À l'aube de nouveaux défis professionnels, Deniz ne sait pas si elle demeurera à Berlin, dans le quartier de Kreuzberg qu'elle adore pour sa vitalité culturelle. N'empêche, tout comme Hans Strömsdörfer, elle s'inquiète de la lente gentrification de plusieurs quartiers en vogue. 

«À Kreuzberg, où j'habite, ça a beaucoup changé. C'est un vrai problème, il y a des gens qui doivent déménager parce qu'ils ne sont plus capables de payer leur loyer. C'est très triste, mais d'un autre côté, ce que je trouve bien, c'est que le quartier commence à fleurir, je dirais. Le visage du quartier commence à changer, ça s'embellit de plus en plus. Je ne peux pas dire que je suis juste pour ou contre, il y a deux côtés à cette médaille», résume Deniz.

Les frais de ce voyage ont été payés par le Musée de la civilisation de Québec dans le contexte d'un reportage sur l'exposition Les maîtres de l'Olympe.

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