Berlin et la vie avec le mur

Le mur de Berlin a presque complètement disparu... (Photo Le Soleil, Isabelle Houde)

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Le mur de Berlin a presque complètement disparu du paysage urbain. Quelques sections ont été préservées, dont une devant un centre de documentation sur le nazisme, Topographie de la terreur.

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) D'un point de vue étranger, l'existence même d'un énorme mur divisant une ville en deux paraît insolite. Pour Deniz Erdogan, pourtant, le souvenir du mur de Berlin est bien réel.

À la sortie du musée de Checkpoint Charlie, où l'on constate de visu l'ingéniosité de certains Allemands qui ont traversé illégalement la frontière, Deniz sort de son sac à main un petit appareil permettant de regarder des diapositives. Elle nous montre des photos prises par son père lors de la chute du mur. On y voit des gens monter sur la barricade, heureux. L'ambiance est à la fête.  

«C'était très émouvant. Je me souviens que quand j'étais enfant, on nous prévenait toujours de s'éloigner du mur, on nous racontait des petites histoires pour nous faire peur. C'était intimidant, quand même. Mais ça faisait partie de la vie quotidienne», raconte-t-elle.

Deniz est Berlinoise de naissance. Ses parents ont fui la Turquie pendant les années 70, pour des raisons politiques. Elle a grandi dans le Berlin-Ouest des années 80. Quand le mur est tombé, elle avait 12 ans. «J'étais assez vieille pour tout saisir», dit-elle dans un français impeccable. 

«Je me souviens que c'était très normal de vivre avec le mur, ce n'était rien d'extraordinaire, parce que je n'avais pas connu autre chose», raconte-t-elle. «On avait quand même notre vie, notre train-train quotidien.»

Moment historique

Martin Maischberger, directeur adjoint des collections de l'Antiquité des Musées d'État de Berlin, avait 25 ans quand il a vu le mur tomber. Il était venu habiter à Berlin-Ouest pour ses études. «Aujourd'hui, c'est considéré comme un moment historique, et c'est le seul que j'ai vécu moi-même», constate-t-il. «Ça a changé radicalement la ville, mais aussi la vie en général. Au début, je n'étais pas certain que ce soit une bonne chose. J'appréciais le standing de Berlin-Ouest, c'était isolé, c'était un cas spécial. Mais aujourd'hui, c'est devenu moins important», ajoute-t-il. Il a lui-même déménagé dans un ancien quartier de l'Est, Mitte. 

Le mur de Berlin reste mythique. Cette double barricade de béton, longue de plus de 150 kilomètres, bardée de miradors et de barbelés, a été érigée en très peu de temps en 1961. Elle devait servir à endiguer le flot d'immigrants qui utilisaient la ville de Berlin pour passer de l'Allemagne de l'Est à l'Allemagne de l'Ouest. Détruit de façon pacifique en 1989, le mur a aussi, d'une certaine façon, entraîné la chute de l'empire soviétique. 

Aujourd'hui, il a presque complètement disparu du paysage urbain. On trouve quelques traces ici et là, marquées par des plaques sur le sol. Quelques sections du mur ont été préservées, dont celle très célèbre de la East Side Gallery. Une autre se trouve devant un centre de documentation sur le nazisme, Topographie de la terreur. Le long de la barricade, les fondations d'une ancienne prison de la Gestapo ont été mises au jour. Comme un écho, les deux monuments se répondent dans un dialogue fascinant. On essaie de s'imaginer, il y a 25 ans à peine, dans cette ville complètement divisée... 

Hans Strömsdörfer n'a pas vécu de près la chute du mur de Berlin, mais il se souvient que son père, qui n'écoutait jamais la télé, l'a gardée ouverte très longtemps ce soir-là. «Je suis un peu triste de ne jamais avoir connu Berlin avant la chute du mur. Ça aurait été intéressant», lance-t-il.

Il se souvient avoir discuté avec un homme âgé qui venait de Berlin-Est. Il lui a raconté que le jour de l'érection du mur, en 1961, il devait aller au cinéma dans la partie ouest de Berlin. «Finalement, il y est allé une journée plus tôt. S'il y était allé un jour plus tard, il aurait été "pris" à l'ouest et aurait pu décider d'y demeurer ou de retourner à l'est», raconte Hans. Quand le jeune homme lui a demandé s'il avait des regrets d'être passé si près de pouvoir faire ce choix, le vieil homme a simplement haussé les épaules. «J'ai compris que dans sa vie, au jour le jour, ça n'avait pas joué un si grand rôle. Ce n'était pas un esprit politique», analyse-t-il.

Pour Deniz, il y a encore quelque chose de fascinant, 25 ans plus tard, à pouvoir se promener librement à l'Est. «Dans les années 80, c'était hors de question, et encore dans les années 90, il y avait un petit mur invisible et émotionnel, psychologique. Ça a été long avant de pouvoir aller plus loin pour découvrir les nouveaux visages de Berlin.»

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