Mexique: la colorée Oaxaca

Un cueilleur de maguey à l'oeuvre... (Sylvie Ruel, collaboration spéciale)

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Un cueilleur de maguey à l'oeuvre

Sylvie Ruel, collaboration spéciale

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Sylvie Ruel

Collaboration spéciale

Le Soleil

(OAXACA) Comme bien des Québécois, j'aime le Mexique pour ses plages et son climat ensoleillé. Mais ne voir que ses plages bordées de gros hôtels cinq étoiles me laisse en appétit. J'aime bien sentir l'âme d'un pays à travers sa culture, ses traditions, sa cuisine, et ce n'est pas en demeurant confinée dans un «tout inclus» que je pourrai satisfaire mon besoin... L'idéal, lorsque j'ai la chance de me rendre au Mexique, c'est de combiner un séjour à la mer avec un séjour dans l'une de ses nombreuses villes coloniales.

C'est ainsi que j'ai découvert, au sud-est de la ville de Mexico, l'un des États les plus riches en traditions : celui d'Oaxaca (prononcé Oaraca).  Cet État, le cinquième du Mexique, partage ses frontières avec ceux de Puebla et de Veracruz au nord, l'état de Guerrero à l'ouest, le Chiapas à l'est et l'océan Pacifique au sud. Oaxaca est surtout montagneux avec des sommets qui atteignent jusqu'à 3000 mètres. Il compte quatre millions d'habitants, dont 400 000 vivent dans la ville d'Oaxaca, la capitale. Et cette population se répartit en 16 groupes ethniques. Imaginez la richesse culturelle!

Et ce qui est formidable, c'est que la ville d'Oaxaca se trouve à environ cinq heures et demie de route de la station balnéaire Huatulco et de ses neuf baies. Ou à 30 minutes en avion.

Avec toutes les civilisations qui se sont développées sur le territoire, Oaxaca s'est forgé une personnalité bien à elle qui s'exprime de nos jours à travers ses traditions, ses fêtes, sa cuisine et son artisanat. Quelques siècles avant notre ère, les civilisations Zapotèque et Mixtèque y ont construit des cités majestueuses, dont il reste plusieurs vestiges aujourd'hui. Puis les Aztèques ont régné de 1325 à 1521, jusqu'à l'arrivée des conquistadors espagnols qui ont dominé sur tout le Mexique jusqu'à l'indépendance du pays en 1821.

L'occupation espagnole

Pendant ces trois siècles d'occupation espagnole, les pères Dominicains ont exprimé leur ferveur évangélisatrice dans la construction de nombreuses cathédrales, églises, couvents qui nous laissent muets d'admiration (ou d'indignation). Imaginez, par exemple, l'église Santo Domingo, au centre-ville d'Oaxaca : il n'y a pas un pouce de l'intérieur de ce temple qui ne soit couvert d'or ou d'un relief quelconque. Cette église, avec son architecture baroque, est sans doute le bâtiment le plus visité de la ville; on y célèbre jusqu'à huit mariages par jour. «Lorsque les habitants de la ville ont des faveurs à demander à Dieu, ils vont se recueillir dans d'autres lieux», affirme mon guide Diego Ayuso. «La ville compte 29 églises, datant des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles.»

La ville d'Oaxaca est construite dans une large vallée qu'entourent les hauts sommets de la Sierra Madre del Sur. Son centre-ville a été classé au patrimoine de l'humanité de l'UNESCO en 1987. Et on comprend pourquoi : sa collection d'édifices d'architecture coloniale est bien préservée (certains alliant modernisme et tradition), ses rues étroites sont bordées de maisons peintes de jaune, de bleu, de rose, agrémentées de balcons de fer forgé. Et la ville est remplie de bougainvillées rouges qui se détachent sur un ciel presque toujours bleu...

À la tombée du jour, alors que la ville s'estompe dans une lumière dorée, il est agréable de flâner dans les rues et d'aller boire une tequila à la terrasse des restaurants situés autour de la place de la Constitution appelée le Zocalo, alors que marchands ambulants et musiciens animent les lieux.

Ne vous surprenez pas si au détour d'une rue, vous êtes assaillis par des troupes de danses et de musique. On croirait que la ville est toujours en fête! Dans cette cité colorée, toutes les fêtes deviennent en effet prétextes à des célébrations : la fête des Morts, le jour du travail, le jour de la Vierge, les anniversaires des saints et des héros nationaux...

Une vendeuse de chapulines, des criquets frits très... (Sylvie Ruel, collaboration spéciale) - image 2.0

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Une vendeuse de chapulines, des criquets frits très appréciés des Mexicains

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Une tisserande d'Oaxaca... (Sylvie Ruel, collaboration spéciale) - image 2.1

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Une tisserande d'Oaxaca

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Des marchés typiques

Mais la meilleure façon d'établir un contact avec la ville et ses habitants est de visiter ses marchés. Car c'est au marché que se trouve la véritable identité locale, exempte de tout attrait touristique. Lorsqu'on sait qu'à Oaxaca, 16 groupes ethniques parlent plus de 150 dialectes différents, on imagine bien les sonorités qu'on peut y entendre. Les femmes des montagnes avec leur teint cuivré, leurs longues tresses noires enrubannées et leurs vêtements brodés de couleurs vives dirigent les étalages, qui débordent de melons, de piments, d'épices...

On les voit déambuler dans les allées étroites du marché avec des animaux vivants posés sur leur tête. On a l'impression que le temps n'a pas bougé en 500 ans. «Le marché le plus réputé de la ville est celui du 21 novembre [date de la révolution mexicaine]», nous confirme notre guide Diego, lors d'une visite dans ce marché. On y trouve la meilleure chocolaterie d'Oaxaca, et même un écrivain public auquel recourent les gens qui ne savent pas écrire.

Oaxaca est aussi réputée pour son artisanat : ses pièces les plus remarquables sont ses poteries noire et verte, ses petits animaux fantastiques sculptés dans le bois et décorés de couleurs vives, ses belles pièces de tissages... À Teotitlan del Valle, d'habiles artisans fabriquent depuis des générations des tapis avec des ingrédients naturels : ils utilisent entre autres la cochenille pour obtenir un rouge particulier, une tradition développée par les Espagnols. Il s'agit d'un insecte qui fait son nid sur les branches de cactus. Une fois séchée et réduite en poudre, la cochenille donne une couleur rouge qu'on appelle le rouge doré. Sur les pièces de tissage, ornées de motifs qui combinent tradition et imagination, ce rouge se décline en plusieurs tonalités.

Et la cuisine? Elle est extrêmement variée. On trouve par exemple 75 sortes de sauces Mole (une sauce au chocolat noir pimentée qui accompagne les viandes et les poissons) dans les restaurants d'Oaxaca. Et que dire de son délicieux «quesillo», un fromage blanc salé (on devient vite accro)? Et ses fameuses «chapulines», des sauterelles séchées assaisonnées de citron vert?

De l'agave au mezcal

Oaxaca est aussi la province du mezcal, un alcool (45 %) au goût fumé produit à partir de la feuille du maguey (ou agave). Chaque ville d'Oaxaca a sa propre recette de fabrication. À Santiago Mazatlan, une ville de 2400 habitants, on compte plus de 150 fabriques de mezcal, ce qui vaut évidemment à cette petite ville le titre de capitale mondiale du mezcal.

Le Mexique produit aussi le mezcal industriel, mais à Oaxaca, une association (www.mezcaloteca.com) a été créée pour sauvegarder la fabrication traditionnelle du mezcal et en faire la promotion. Les visiteurs peuvent apprendre à déguster le mezcal et tout connaître sur cet alcool traditionnel. «Et qu'en est-il du fameux ver que l'on trouve au fond des bouteilles de mezcal?» ai-je demandé à la représentante de cette association. «C'est tout simplement pour rendre cet alcool plus attrayant auprès des touristes», me dit cette dernière. «La plante du maguay met de 15 à 20 ans à pousser et le ver tue le goût du maguey.»

L'histoire enfouie

Oaxaca possède de nombreux sites archéologiques, mais celui de Monte Alban, à neuf kilomètres du centre-ville, est sûrement le plus impressionnant. Pour s'y rendre, on emprunte une route tortueuse et étroite bordée de beaux arbres aux fleurs violettes, qu'on nomme jacarandas. Monte Alban, vieille cité zapotèque, a été édifiée aux alentours de 500 av. J.-C. sur le plus haut plateau dominant la vallée de Oaxaca, à 2000 mètres au-dessus de la mer.

 Seulement 10 % de cette cité a été excavé. Au temps de sa prospérité, cette ville a compté jusqu'à 30 000 habitants, puis elle est tombée en ruines à la conquête espagnole. Ce n'est qu'en 1930 qu'un archéologue l'a redécouverte, alors qu'elle était ensevelie sous la poussière. «Ce n'est pas une pyramide», tient à préciser mon guide Diego, mais un site archéologique, qui est le plus ancien site du Mexique (classé au patrimoine de l'UNESCO).

Des fouilles ont permis de mettre à jour des temples, résidences, diverses constructions telles que des stèles gravées de dates et de personnages mythiques, des fresques et observatoires astronomiques...

«La civilisation zapotèque a été importante, mentionne Diego, car elle a développé le plus vieux système d'écriture de l'Amérique du Nord.»

>> Repères

Où demeurer ?

Hotel Hacienda Los Laurales, à Oaxaca, un charmant hôtel-­boutique 5 étoiles et 4 diamants, avec une belle cour intérieure et un petit spa. www.haciendaloslaureles.com

À voir

Au village Santa Maria del Tule, on peut voir l'arbre le plus large au monde : un «Water cyprus» de 58 mètres de circonférence et haut de 42 mètres. Il boit 20 000 litres d'eau par jour.

Pour y aller  

À partir de Mexico, on trouve des vols réguliers pour Oaxaca et pour Huatulco.

www.visitmexico.com

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