Les contrastes de Sarajevo

Sarajevo est bâtie tout en long dans une... (Collaboration spéciale Pierre-Olivier Fortin)

Agrandir

Sarajevo est bâtie tout en long dans une vallée avec de hautes montagnes de part et d'autre. L'image des deux tours de verre incendiées pendant le siège a fait le tour du monde. Dans le cimetière au premier plan, les pierres tombales indiquent en majorité les années de guerre.

Collaboration spéciale Pierre-Olivier Fortin

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

Pierre-Olivier Fortin
Pierre-Olivier Fortin

Collaboration spéciale

Le Soleil

Sarajevo est une ville de contrastes. Alors qu'elle et ses 700 000 habitants portent encore les cicatrices de l'horrible siège qu'ils ont vécu pendant la guerre de Bosnie, la cité est incroyablement animée et agréable à visiter. «Bienvenue à Sarajevo», dit-on aujourd'hui avec le sourire. «Welcome to hell», lit-on sur un graffiti à l'entrée de la ville.

Un exemple frappant des forts contrastes qui définissent... (Pierre-Olivier Fortin, collaboration spéciale) - image 1.0

Agrandir

Un exemple frappant des forts contrastes qui définissent Sarajevo : un superbe pont piétonnier sur la Miljacka de style contemporain inauguré l'an dernier avec, en arrière-plan, un immeuble rappelant l'architecture communiste un peu mal en point avec des trous de balle encore visibles. Juste à côté, un édifice datant de l'époque austro-hongroise, qui est aujourd'hui un pavillon de l'Université de Sarajevo.

Pierre-Olivier Fortin, collaboration spéciale

Sarajevo est bâtie tout en long dans une... (Pierre-Olivier Fortin, collaboration spéciale) - image 1.1

Agrandir

Sarajevo est bâtie tout en long dans une vallée avec de hautes montagnes de part et d'autre. L'image des deux tours de verre incendiées pendant le siège a fait le tour du monde. Dans le cimetière au premier plan, les pierres tombales indiquent en majorité les années de guerre.

Pierre-Olivier Fortin, collaboration spéciale

À Sarajevo, on peut prendre un café sur une terrasse pleine de gens dans la bonne humeur à côté d'un immeuble en ruines ou criblé de trous de balle. Les traces et les souvenirs de la guerre sont partout. Ça fascine les touristes, mais les habitants ne semblent pas s'en formaliser. Peut-être ont-ils appris à vivre avec ce souvenir douloureux qui semble s'accrocher aux mémoires et à la ville.

La capitale et plus grande ville de Bosnie-Herzégovine est située au centre du pays et au coeur des Alpes dinariques. C'est une ville tout en long, bordée de grandes montagnes; un site parfait pour les cartes postales et pour la tenue des Jeux olympiques d'hiver qu'elle a obtenus en 1984, des jeux dont on se souvient pour les exploits de Gaétan Boucher. La ville s'est étendue comme elle le pouvait aux alentours, si bien que les jolies maisons aux toits de pierres, bâties à flanc de montagne font partie de l'image de la cité. La rivière Miljacka (mil-ya-tska) traverse la ville, alors que des dizaines de ponts de toutes les époques relient les deux rives.

C'est en longeant la rivière ou le grand boulevard qu'on découvre à quel point la ville est belle, diversifiée et contrastée. Chaque coin de rue de cette ville raconte quelque chose. En marchant, un immeuble crie la douleur de la guerre, un panneau chuchote une tranche de vie, un quartier témoigne d'une époque de son histoire des plus riches.

En arrivant de l'ouest, on aperçoit l'aéroport qui était contrôlé par l'ONU pendant le siège de la ville par les forces serbes afin d'acheminer des vivres à la ville autrement coupée d'eau, d'électricité et du reste du monde. C'est sous la piste d'atterrissage que la résistance bosniaque avait creusé un tunnel de 800 m (reliant la ville à la Bosnie libre) pour transporter armes et autres denrées aux milices et aux citoyens. L'entrée est transformée en musée. On peut même parcourir un segment du tunnel, histoire de rendre compte qu'il est minuscule.

Plusieurs sites olympiques se trouvent près de là, rappelant l'époque où la capitale bosnienne se présentait au monde comme un exemple de multiculturalisme. Plus loin dans les montagnes, on peut visiter la piste de bobsleigh endommagée pendant la guerre et abandonnée par la suite.

Le quartier turc Bascarsija. On y trouve des... (Pierre-Olivier Fortin, collaboration spéciale) - image 2.0

Agrandir

Le quartier turc Bascarsija. On y trouve des petites boutiques de souvenirs et d'artisanat qui ciblent essentiellement une clientèle touristique, mais ses petits restaurants et ses innombrables cafés sont aussi très fréquentés par les habitants. L'ambiance y est extraordinaire autant le jour que le soir.

Pierre-Olivier Fortin, collaboration spéciale

Sniper Alley

Vers le centre-ville, on emprunte ensuite le grand boulevard Zmaja od Bosne, tristement surnommé Sniper Alley pendant la guerre en raison des tireurs embusqués qui tiraient à vue à partir des immeubles en hauteur ou des montages qui bordent la ville. C'est là que les images qui ont fait le tour du monde nous reviennent : l'immeuble du parlement incendié et les deux tours de verre ravagées par les flammes, par exemple.

Sur ce même boulevard menant au centre historique, on voit des ruines de guerre, alors que de nombreux immeubles mal en point sont toujours habités en attendant que les trous de balle soient réparés. Les dommages de la guerre ont d'autres fois permis de reconstruire à neuf, souvent dans un style contemporain plutôt audacieux qui contraste avec l'architecture brutale et carrée qui prévalait pendant la Yougoslavie communiste du maréchal Tito.

Le décor change graduellement à mesure que l'on progresse vers la vieille ville. Les grands blocs de béton se font de plus en plus discrets pour laisser la place à une architecture austro-hongroise résolument européenne, témoignant de la domination de cet empire sur la Bosnie de 1878 à 1918.

Le vieux quartier turc

On arrive enfin dans le vieux quartier turc au nom imprononçable de Bascarsija (Bach-tchar-chi-ya). En Europe disait-on? En fait, la vue des innombrables mosquées, des vieilles pierres et des petits commerces en bois du quartier construit au XVIe siècle nous porte à croire qu'on se trouve... ailleurs.

Au coucher du soleil, entendre pour la première fois l'appel à la prière projeté par les haut-parleurs des minarets donne des frissons. Les clochers des églises se font parfois entendre à la suite, pour poursuivre cette étonnante mélodie divine qui a quelque chose de rassurant sur la nature humaine.

La plus belle mosquée est sans doute celle de Gazi Husrevbeg (1531), l'émissaire de Soliman le Magnifique en Bosnie. Avec ses écoles et le système d'alimentation en eau construits sous son règne, Sarajevo était, au XVIe siècle, une ville en avance sur son temps. On trouve encore de nombreuses fontaines en ville. L'eau y est potable et d'une pureté exceptionnelle.

Une activité intéressante dans ce quartier est d'essayer le café bosnien (variante du café turc), un café moulu finement, cuit et non filtré. Il nous arrive dans un service de cuivre avec une petite tasse en céramique. Il est impératif de respecter le rituel : on brasse, on verse, on sucre, on laisse décanter et on boit doucement. Recommencer. Il ne faut pas être pressé!

Une importante rue piétonne du centre-ville où il... (Pierre-Olivier Fortin, collaboration spéciale) - image 3.0

Agrandir

Une importante rue piétonne du centre-ville où il fait bon marcher, magasiner et flâner autour d'un café avec des amis. Dans la rue, les gens sont jeunes et fiers. On raconte que même pendant la guerre, les femmes continuaient de se coiffer et de se maquiller pour se montrer fortes.

Pierre-Olivier Fortin, collaboration spéciale

Le paradis des gastronomes carnivores

Le vieux quartier turc Bascarsija est fréquenté autant par les habitants que par les touristes. Qu'il fait bon de s'attabler sur la terrasse d'un de ses petits restaurants sans prétention! On y mange un burek sur le pouce (imaginez une roulade de pâte filo fourrée au fromage ou à la viande), ou encore un repas de viandes et de saucisses grillées à la perfection. La Bosnie, de même que les autres régions continentales des Balkans, forme un véritable paradis pour les gastronomes aux tendances carnivores. Le grand classique à ne pas manquer, ce sont les cevapi (tchèvapi), des petites saucisses de viande hachée (boeuf ou agneau) assez grasses avec un mélange d'épices savoureux qui ne ressemble à rien d'autre. On en trouve dans toute l'ex-Yougoslavie, mais celles de Sarajevo sont servies avec pain et fromage : un pain à mi-chemin entre le pita et le naan, badigeonné d'huile, et un fromage à la crème appelé kajmak (kaïmak), un peu comme du Philadelphia, mais plus raffiné, plus goûteux et plus spongieux.

On trouve aussi dans les marchés de délicieuses charcuteries de boeuf fumé. On les fait même avec les parties nobles, y compris le filet. C'est très différent des charcuteries de porc, plus coriace, mais terriblement bon!

En Bosnie, les portions sont toujours gargantuesques et les prix, dérisoires à l'échelle européenne. En plus, on vous servira, souvent gratuitement, un petit amuse-bouche au début du repas. Dans les très bons restaurants, on mange sans se limiter, avec une bière et du vin, pour moins de 30 $CAN, taxes et pourboire compris. L'unité monétaire est le mark convertible.

Le touriste doit s'adapter en fréquentant les restaurants de Sarajevo. Les Bosniens prennent un gros repas le midi et ne mangent que très peu le soir venu. Il peut donc être difficile de trouver un resto pour combler une grosse faim. Les terrasses sont bondées, mais de gens qui prennent un café, même tard le soir. On voit, en fait, peu de gens qui consomment de l'alcool, bien qu'on en serve dans la grande majorité des restaurants et des cafés.

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer