Les montagnes Blanches: braver les éléments

Situé à la convergence de trois courants climatiques, le... (Yves Ouellet, collaboration spéciale)

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Situé à la convergence de trois courants climatiques, le mont Washington affiche officiellement «The World's Worst Weather»! On y a enregistré les vents les plus violents sur la planète en 1934 (370 km/h). Des conditions d'ouragan, avec des vents de plus de 120 km/h, y règnent 104 jours par année, alors que les sommets baignent dans les nuages, avec une visibilité quasi nulle 60 % du temps. Lorsque la pluie se met de la partie, l'ascension devient aussi plus ardue.

Yves Ouellet, collaboration spéciale

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Yves Ouellet, collaboration spéciale
Le Soleil

Dans les reportages, le ciel est toujours bleu. Dans la vraie vie, il se déchaîne parfois pour contrarier les plans des randonneurs. Surtout lorsqu'on défie des montagnes qui ont la réputation d'abriter l'un des climats les plus terribles du monde.

Le projet de départ était on ne peut plus simple. Quatre jours de randonnée pédestre à traverser la chaîne présidentielle, au New Hampshire. Cette section des Appalaches présente un alignement de 10 sommets de plus de 1200 mètres, dont les plus hauts du Nord-Est américain. Parmi eux, le légendaire mont Washington, tête de proue de l'est du continent, culmine à 1916 mètres. Pour des milliers de randonneurs d'expérience, cette «expédition» constitue l'expérience d'une vie, une sorte de pèlerinage personnel.

Nous sommes deux couples de marcheurs aguerris, sous la gouverne de notre ami Jacques, qui a déjà exploré le territoire et qui a préparé notre itinéraire débutant par l'ascension du mont Madison (1635 m). Coucher au refuge situé au pied du sommet.

Pour la suite, nous accédons et demeurons en zone alpine, sans arbre, en randonnant sur les crêtes d'un pic à l'autre. Monts Adams, Jefferson, puis Washington pour un second coucher en refuge au Lakes of Clouds Hut. Nous poursuivons ensuite jusqu'au refuge Mizpah Spring Hut avant d'entreprendre la descente finale par la piste Crawford jusqu'à notre lieu d'ancrage, l'auberge Highland Centre.

Moins d'une quarantaine de kilomètres au total. C'est tout! Nous sommes bien équipés, bien préparés, très motivés... Et nous tentons notre chance bien que sachant certains faits qui démontrent que les conditions climatiques se prêtent relativement rarement à notre traversée.

La pire température...

Situé à la convergence de trois courants climatiques, le mont Washington affiche officiellement «The World's Worst Weather»! On y a enregistré les vents les plus violents sur la planète en 1934 (370 km/h). Des conditions d'ouragan, avec des vents de plus de 120 km/h, y règnent 104 jours par année, alors que les sommets baignent dans les nuages, avec une visibilité quasi nulle 60 % du temps.

Nous démarrons la randonnée sous la pluie. Le temps colle au moche depuis la veille. C'est ce qui nous fait choisir le sentier de la vallée (Valley Way) protégé par le milieu forestier, plutôt que l'Air Line, sur les crêtes, plus spectaculaires, mais très exposées. Il y quand même un dénivelé de près de 1300 m sur une distance d'un peu plus de 6 km, à effectuer avec 20 kilos de matériel sur le dos. Aucun plat entre le départ et l'arrivée.

Le premier tiers du sentier est plutôt bucolique avec la proximité de la superbe chute Salroc. Le temps s'envenime ensuite et le sentier passe à sa vraie nature, soit un amas hétéroclite de grosses pierres qui se dressent devant nous telle une muraille écroulée. Nous atteignons totalement détrempés le refuge en moins de quatre heures, bien que ce dernier ne soit pas évident à apercevoir dans la purée de pois, sous la pluie battante et les vents.

Refuge

Premier refuge aménagé en 1889 par l'Appalachian Mountain Club, qui gère la destinée de cet immense paradis de plein air depuis 1876, le Madison Spring Hut a été complètement reconstruit en 2010. Cette belle structure de bois accueille 52 randonneurs dans des dortoirs étagés et une vaste salle à manger. Nous rêvons de pouvoir enfin nous réchauffer et nous sécher... Mais l'édifice n'a aucun chauffage! L'humidité s'y tranche au couteau, d'autant que 52 marcheurs y étendent leurs vêtements mouillés partout. À cela se mêle une odeur de merde qui provient des toilettes écologiques et flotte jusqu'à la salle à manger.

Personne ne s'en plaint et l'enthousiasme des jeunes responsables du refuge arrive à combler ces désagréments. Les membres de la crew, comme ils se désignent traditionnellement, parviennent à nous servir un souper délicieux et nourrissant que plusieurs mangent sans laisser tomber les gants et la tuque. Ils amusent l'assistance jusqu'au couvre-feu, à 21h, alors que les clients s'enfouissent sous des montagnes de couvertures en écoutant le vent qui rage et la pluie qui cogne aux fenêtres.

Continuer ou redescendre

Dès le réveil, assuré par un ménestrel à la guitare, il est évident qu'il y a une décision importante à prendre. Continuer ou redescendre? Dehors, la pluie tombe à l'horizontale et remonte même en suivant la falaise. Sur les crêtes à nu, le vent atteint des pointes de 150 km/h et la visibilité dépasse à peine le bout du bras.

La perspective d'orages électriques met la touche finale au portrait. Malgré que nous ayons les vêtements pour continuer deux jours sans les sécher, la poursuite est impossible même s'il n'y a pourtant pas d'interdiction d'émise. Quelques marcheurs demeurent un jour de plus au refuge, mais nous décidons de redescendre, quitte à poursuivre sur une autre section si le temps s'améliore. Et, si la montée s'est avérée exigeante, la descente le sera deux fois plus sur un terrain glissant et dans une piste littéralement transformée en torrent.

Nous revenons donc au Highland Center, où nous avions passé une nuit la veille du départ. Le fait que l'Appalachian Mountain Club administre aussi l'hébergement nous permet d'échanger sans frais nos nuits en refuge pour de confortables chambres d'auberge où nous pouvons sécher nos attirails et nos os.

À partir de ce moment, nous ne cesserons de surveiller l'évolution du temps et d'envisager de nouvelles possibilités de compléter au moins quelques autres portions du circuit. D'une part, il est possible de monter sur le toit du mont Washington en voiture et même en train. La route, qui était alors un chemin de voitures à chevaux, a été complétée en 1869 et le premier chemin de fer à crémaillère au monde y a grimpé en 1869.

En montant au sommet par la route, nous pourrions peut-être reprendre une bonne partie de la randonnée sur les crêtes? Mais, voilà! La haute section de la route est fermée à cause de la pluie. Seul un minibus conduit les touristes en haut dans le cadre d'une excursion guidée qui laisse une heure pour marcher en poussant du nuage.

Surveillant d'heure en heure la visibilité sur le sommet grâce à la webcam du mont Washington, nous n'avons distingué qu'une brume mouvante jusqu'au matin du départ où, encore là, nous espérions l'accalmie qui n'est jamais survenue. D'en haut ou d'en bas, nous n'aurons jamais aperçu le mont Washington.

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