Pour se mettre dans l'ambiance des routes ladakhies et s'acclimater aux hauteurs, rien de tel que la montée en jeep au col de Khardung. Dans la poussière d'une étroite route mi-terre mi-asphalte qui grimpe plein nord depuis Leh, le véhicule se faufile allègrement entre de colorés camions cachemiris, des jeeps de location, des mulets, des convois militaires, des motos, des vélos et des travailleurs de la construction opérant à la main des travaux routiers! Dans un paysage très minéral, on atteint le col, qui, à 5350 mètres, ouvre une fenêtre sur la vallée de la Nubra, partie de la fameuse Route de la soie.
Le vrai départ du trek est donné le jour suivant. Direction plein sud pour un long trajet en jeep empruntant la vallée du fleuve Indus, de plus en plus encaissée. Pour rejoindre Rumtse, on quitte la grand-route au village d'Upshi pour se glisser dans l'échancrure d'un torrent impétueux.
À l'arrivée, notre campement est monté dans une prairie où court un ruisseau sonore. Nous sommes déjà à 4100 mètres d'altitude. Huit jours de trek nous attendent, avec transport de bagages par chevaux et équipe de guides, cuisinier, aides et muletiers!
Démarrage en douceur au premier jour de marche sur un chemin serpentant dans la vallée sans dénivelé. Les bêlements des moutons, sifflements des bergers et cloches des chevaux accompagnent nos pas, tout comme les bouses d'animaux et une multitude de trous de marmottes.
Les choses sérieuses débutent le lendemain pour un long périple à pied, avec passage relativement facile de deux cols frôlant les 5000 mètres (Kumur et Mandalchan), entrecoupé d'une descente en bord de rivière. En route, on côtoie des enclos traditionnels (en pierre) dans lesquels les nomades tibétains parquent leurs troupeaux de chèvres ou de moutons. Et l'on profite du paysage de montagnes râpées aux couleurs variant du rouge au vert de gris, au rose et au brun, sans compter le jeu d'ombres et de lumières du soleil et des nuages.
Le jour suivant, la piste remonte assez abruptement de Tisaling au col Shingbuk (5230 mètres) avant de repartir en descente, sur plus de 600 mètres de dénivelé, en surplomb d'une rivière à sec. Le panorama s'élargit à l'approche du grand lac salé Tso Kar, avec falaise à gauche et impressionnante colline de sable qu'il nous faudra bientôt gravir.
Après avoir traversé une nouvelle série d'enclos à bétail, nous rejoignons notre campement de Pongunagu. On y voit quasiment notre campement suivant, par-delà le lac Tso Kar! Périple facile en perspective? De fait, on profitera alors des quelques fleurs poussant dans la rocaille, des beaux oiseaux survolant les marécages, du panorama des montagnes encadrant le lac. Nous sommes en plein plateau du Changtang, terre de prédilection des nomades «chamgpas» et prolongation naturelle du haut plateau tibétain. Il offre ici une composition originale de sommets arrondis à l'est et de petits glaciers sur les hauteurs à l'ouest.
La journée sera toutefois plus longue que prévu! Les enclos de pierre, avec cabanes de bergers, se succèdent, signe d'une activité pastorale intense. De grosses galettes de bouses de yaks, combustible de base dans la région, sèchent sur toits et murets. Le trajet se poursuit lentement dans le désert aride, mais, en fin de journée - contraste saisissant -, notre oasis prendra la forme d'un parterre de mousses vertes tapissé de fleurs au bord d'un charmant torrent où trône notre campement.
Des yaks en spectacle
À Nuruchan, un troupeau de yaks nous attend pour le spectacle du soir! Mastodontes des montagnes ladakhies, ils arborent un pelage de longs poils de laine noirs ou beiges. Certains prennent le frais dans le torrent, tandis que plusieurs soulèvent des nuages de poussière en se grattant vigoureusement les cornes dans le terre-plein d'une berge.
Nouveau changement de décor au matin suivant, quand notre piste grimpera en pleine steppe sur laquelle se détachera longtemps la silhouette d'un âne sauvage esseulé. À pas lents, nous atteindrons le col de Horlam (4900 mètres), puis redescendrons au creux d'une vallée luxuriante. À Rajung Karu, les familles nomades sont là, disséminées dans une vingtaine de tentes installées pour l'été : les plus traditionnelles sont tissées en poils de yaks.
Chaque matin, on part faire paître le troupeau «familial» plus haut dans la montagne. Nous camperons nous-mêmes sur place, admirant de fiers cavaliers qui galopent dans la vallée ou conversant par signes avec enfants ou adultes curieux de ces drôles d'étrangers...
Ça se corse...
Deux hauts cols nous attendent le lendemain, journée la plus difficile du trek. En deux heures 30 minutes, nous avalons 500 mètres de dénivelé pour nous hisser jusqu'au col Kyamayuri (5420 mètres), d'où la vue sur le plateau du Changtang et les pics enneigés de la chaîne des Mentoks (6200 mètres) est notre récompense!
La descente nous ramène dans une large cuvette, longe un torrent, puis vire à droite pour remonter vers le col Kartse (5380 mètres). L'ascension est plus lente, mais sera de nouveau dignement récompensée par le panorama au col, par-delà les drapeaux de prières tibétains qui flottent au vent. Une descente abrupte et nous revoici en pays nomade avec tentes traditionnelles qui voisinent les nôtres. Huit heures de marche (arrêts compris) au compteur... À Gyama, il ne fait pas chaud la nuit (zéro degré sous la tente en plein juillet)!
Pour notre dernière journée en altitude, un beau condensé nous attend : trois heures de montée dans le lit d'une rivière sinueuse, puis débouché sur un large col (Yalung Nyau, 5430 mètres) avec vue sublime sur le bleuté lac Tsomoriri, lointain objectif du jour! Suivra une descente vertigineuse (800 mètres) dans la poussière, la pierraille et... un paysage grandiose.
Dans la lente approche du lac sur terrain plat, puis au bord d'un torrent serpentant à l'ombre d'une paroi rocheuse, il faudra garder cette vision en mémoire... Jusqu'à la balayer pour découvrir, au détour d'un méandre, Korzog, seul village permanent de la région, dominant l'immense lac Tsomoriri.