«Je suis si excité. C'est le rêve d'une vie.» Doug Armstrong pilote depuis 20 ans pour son plaisir. Il possède un Cessna Citation Mustang. L'homme d'affaires vit à Sainte-Croix, aux îles Vierges, avec sa femme, Elizabeth, et leurs deux enfants, Megan et Katherine. À peine arrivée dans la capitale, la petite famille reprendra la voie des airs dès ce matin.
Carte du voyage
Avec eux, d'autres passionnés d'aviation. Par exemple, un docteur en psychiatrie originaire du Japon. Il est venu aux États-Unis avec sa conjointe chercher l'avion qu'il a acheté. Il profite de ce voyage de groupe plutôt inusité pour retourner chez lui.
Thierry Pouille est ce qu'on pourrait appeler un organisateur de voyages spécialisé. Son entreprise, Air Journey, basée à Jupiter, en Floride, s'occupe de la logistique complexe qu'entraîne pareil périple : plans de vol, réglementation internationale en matière de vol, paperasse administrative, etc.
«Le but est d'offrir une expérience différente aux gens qui sont pilotes et qui ont les moyens financiers de s'offrir un appareil. La clientèle visée est celle de retraités ou de semi-retraités.
«Ce sont des vacances d'agrément et de découvertes. Nous tentons de minimiser le temps passé à l'aéroport pour que nos clients puissent faire autre chose», spécifie le Français d'origine, qui travaille avec toute une équipe dont sa fille, Anaïs.
Imaginez! Dans un même voyage prévu durer jusqu'au 21 juillet, les globe-trotters survoleront les étendues nordiques du Québec, la Méditerranée et les côtes japonaises. Ils visiteront des trésors comme le site archéologique de Pétra en Jordanie, le Taj Mahal en Inde et le temple d'Angkor au Cambodge. Ils passeront de deux à trois jours à chaque endroit.
Un tel voyage a un prix. Il en coûte quelque 70 000 $ par personne plus les frais associés à l'utilisation de l'avion, qui avoisinent les 60 000 $. M. Pouille estime qu'un couple sans enfant déboursera autour de 200 000 $. Au préalable, chacun a dû acheter son appareil. Ceux qui ont atterri à Québec coûtent entre 2,5 et 3 millions$.
Point de rencontre
«Vous avez une belle ville et un beau château [Frontenac] avec l'exotisme que procure le fait français. Nous voulons donner le ton au voyage», confie l'organisateur pour expliquer, en partie, le choix de Québec comme ville de départ.
L'autre argument est purement technique. «L'autonomie de vol des appareils que nous avons oblige à faire des arrêts fréquents. Nous ne pouvons traverser l'Atlantique sans escale. De Québec, nous avons la possibilité de plus d'un itinéraire si la météo est difficile.»
Par exemple, le plan de vol initial prévoit un départ de Québec pour Iqaluit avant de faire un saut au Groenland et de se rendre au pays des geysers, l'Islande. La météo pourrait obliger le groupe à se diriger vers Goose Bay au Labrador plutôt qu'à Iqaluit, plus au nord. Parfois, la situation politique d'un pays oblige aussi des ajustements de dernière minute.
Au total, le groupe parcourra 22 735 milles nautiques (42 105 km) et effectuera 42 escales pour se rendre jusqu'à son point d'arrivée, Seattle, sur la côte ouest américaine. Et ça, c'est sans compter le retour à la maison.
Pour la famille Armstrong, chaque mille sera une découverte. Pendant que Katherine rêve de Dubaï et Megan de l'Espagne, leur mère Elizabeth imagine déjà les toits bleus des maisons de Santorin. Pendant ce temps, Doug espère faire de ce voyage l'aventure familiale d'une vie.
«La totale»
Le tour du monde est ce qu'on peut appeler «la totale». Phileas Fogg en aurait presque été jaloux. Cependant, Air Journey, qui a pris son envol en 1998, offre aussi différents circuits de moins longue durée. «Le premier voyage organisé en était un d'une semaine aux Bahamas», se rappelle Thierry Pouille.
C'est le troisième tour du monde qu'il s'apprête à faire. Le premier est aussi parti de Québec, en 2008. «Nous venons ici au moins deux fois par année pour différents circuits», précise l'organisateur.
«L'idée m'est venue après avoir fait un rallye aérien de la France jusqu'au fin fond de l'Algérie. J'ai trouvé ça d'une beauté extraordinaire. C'est à ce moment que la graine pour le développement de mon entreprise a été plantée.»
Après son grand-père, pilote pendant la Première Guerre mondiale, et son père, qui pilotait autant pour son plaisir que pour ses affaires, M. Pouille a lui aussi passé son brevet. «Je l'ai eu avant mon permis pour conduire une automobile», lance-t-il le plus sérieusement du monde.
En plus de le faire voyager, son travail lui permet de rencontrer des gens qui partagent la même passion. Au fil des ans, des amitiés se sont liées et les histoires amusantes ne cessent de s'accumuler.
«Il faut que je vous dise. Deux de nos participants, des Français, sont, en fait, un ex-couple. Ce qui est drôle, c'est qu'ils feront équipe dans le cockpit, mais ont des chambres séparées dans chaque hôtel où nous logerons», rigole-t-il.