La lenteur bienfaisante du Belize

Le Ragga Queen profitant des derniers rayons de... (Erin Mutrie)

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Le Ragga Queen profitant des derniers rayons de soleil.

Erin Mutrie

Mylène Moisan, collaboration spéciale
Le Soleil

(Québec) Notre guide de voyage Lonely Planet nous avait prévenus. Il n'y a qu'un seul panneau routier à Caye Caulker : «Go slow». Allez lentement. Et les gens de la place prennent ça très au sérieux. Vraiment.

C'est ce que nous voulions, un endroit pour faire le vide, pour couper le courant, pour prendre une pause de nos vies effrénées. Nous avions d'abord en tête la Martinique et la Guadeloupe. Puis, nous avons pensé au Mexique, le Yucatán plus précisément, avec ses plages, ses réserves naturelles et ses vestiges mayas.

Nous avons pris une carte pour visualiser ce coin de la planète. Nos yeux sont descendus un peu plus au sud : Belize. La seconde d'après, nous étions sur Google : paradis de plongée, deuxième plus grande barrière de corail au monde, forêts tropicales, temples mayas. Et des plages, bien entendu. Nous venions de trouver notre destination pour ces trois semaines de vacances bien méritées.

De Québec, nous avons pris un vol direct vers Cancún. Une navette, que nous avions réservée avant le départ, nous y attendait : direction Tulum, magnifique bord de mer, question de se poser un peu avant de prendre la route bélizéenne. C'est en taxi que nous avons rejoint Chetumal, porte de sortie vers le Belize, dont l'unique intérêt est d'en repartir en bateau vers San Pedro, capitale de Caye Ambregris, la plus courue des destinations du pays.

Nous voyagions avec nos deux garçons, 20 mois et trois ans et demi, nous avons donc opté le plus souvent pour des moyens de transport personnalisés. Engager un taxi privé revient à environ 1 $ la minute. Plus simple et flexible que l'autobus, moins contraignant que louer une voiture.

Nous avons passé trois jours à San Pedro, deux auraient largement suffi. Le principal intérêt de la place? Une sortie en mer pour explorer en apnée un des sites les plus méconnus de la planète, Hol Chan, et aller nager avec raies et requins. En fait, il n'y a pas vraiment de plage digne de ce nom à Caye Ambregris. Un net désavantage avec des enfants. Sans compter le centre de la bourgade, chaotique et bruyant, que des centaines d'Américains ont carrément pris d'assaut.

Un peu plus au sud, Caye Caulker est dans une classe à part. Plus petite, l'île neutralisera le plus stressé des vacanciers. Encore faut-il qu'il aime le reggae. Pas une heure ne passe sans entendre du bon vieux Bob Marley ou autres variations sur le même rythme. Il ne manquait que les rastas à notre plus jeune, dont la tête et les épaules se balançaient dès les premières notes. Tordant.

Royaume du piéton

Ici, le piéton est roi. Le vélo, bon prince. Le parc automobile se compose presque exclusivement de voiturettes de golf, qui se transforment en véritable 4 X 4 sur les rues en sable truffées de nids-de-poule. Même le trafic est nonchalant. Piétons, vélos et voiturettes cohabitent dans le chemin. Il n'est pas rare de voir les piétons occuper le centre de la route, imposant un rythme «tortue» à ceux qui suivent.

Il faut une quinzaine de minutes de marche, à pas lents bien sûr, pour traverser le village et se rendre au Split, seule véritable plage de l'île. On peut y casser la croûte et enfiler les Lighthouse bien froides les pieds dans l'eau.

Sur un vieux quai de béton cassé, les vacanciers se prélassent au soleil, comme de paresseux iguanes. En face, séparée par quelques dizaines de mètres de mer, une île entourée de palétuviers et de discrets crocodiles. On peut les surprendre à la nuit tombée, le temps d'une petite excursion en bateau.

Nous avons passé trois jours à Caye Caulker, nous y serions bien restés une semaine de plus. Mais nous étions attendus sur le Ragga Queen. Ce deux-mâts un peu fatigué par les années et les milliers de sorties en mer allait nous emmener à Placencia, encore plus au sud. Nous partions le mardi matin pour arriver jeudi soir à destination. Deux escales étaient prévues sur des îles désertes, ou presque, pour souper et dormir.

Nous étions une quinzaine à nous être enrôlés avec les Raggamuffin pour cette expédition hors du commun. Des couples pour la plupart, des amis aussi, et quelques voyageurs en solitaire. Pas d'autres familles. Nous avons vu la peur dans certains regards, à l'embarquement, lorsque nos deux mousses ont pris place à bord. Mais les craintes se sont vite dissipées, nos garçons ayant été d'un calme désarmant. Même l'équipage est tombé sous le charme. Il fallait voir notre plus vieux tenir la barre du bateau, sous la bienveillante attention du capitaine Ramsey.

Rêve éveillé

L'itinéraire tient du rêve éveillé. Nous voguons le long de la barrière de corail, en faisant escale çà et là pour faire de la plongée en apnée. Les rares chanceux comme nous qui y nagent ont droit à des fonds magnifiques, presque vierges, baignés d'eaux cristallines. Les poissons sont nombreux et curieux. Le bonheur, total.

Et que dire des escales en fin de journée, où Chris le cuisinier nous mitonne un copieux souper pendant que nous plantons nos tentes dans le sable. Les tentes sont fournies, tout comme les matelas de sol. Quand toute la troupe est repue, l'équipage allume un feu de camp et rivalise avec les couche-tard.

Le rhum-punch est préparé dans des cruches de 18 litres. Il s'en boit plus qu'une chaque jour. Nos coéquipiers sont tranquilles au matin, avachis sur les ponts, à se faire bercer par les vagues et... le ronron du moteur diesel. La malodorante chose a carburé pendant tout le voyage, pour cause de vent trop timide. Du bon vieux reggae jouait en continu dans de mauvaises caisses de son. Notre plus jeune était aux oiseaux.

Retour sur le plancher des vaches à Placencia, village sympathique, bordé de plages magnifiques. Le rythme y est plus rapide qu'à Caye Caulker, mais moins animé qu'à San Pedro. Nous y sommes restés deux jours, nous aurions pu prolonger. La vie y est bonne. On peut y faire une foule d'excursions, allant de la plongée à l'expédition dans la jungle de Monkey River. C'est ce que nous avons choisi. Nous n'avons pas regretté.

Départ au petit matin dans une chaloupe à moteur, vers un village typique du Belize où les habitants vivent de pêche et un peu de tourisme.

Le bateau s'est avancé vers la jungle et nous a débarqués sur ce qui ressemble à un début de sentier. Nous y avons marché pendant plus d'une heure, à travers les arbres fascinants dont le guide nous a expliqué les vertus, à enjamber racines et tanières de crabes, à contourner termitières et troncs truffés d'épines.

J'ai pesté contre mes pantalons courts. J'en ai payé le prix : une quarantaine de piqûres d'insectes sur les jambes.

Après Placencia, cap vers le nord. Le zoo du Belize nous attendait. Il faut compter deux heures et demie de route pour arriver à destination. Nous avons préféré une voiture avec chauffeur plutôt que l'avion, 200 $ par la route contre 350 $ dans les airs, sans réelle économie de temps si on calcule les escales et les transferts aux aéroports. Et en plus, ça fait voir du pays.

Nous avions réservé pour une nuit dans un chalet sur pilotis en bois tout près du parc zoologique, avec comme vue, de notre galerie, une rivière grouillante de crocodiles, qui se prélassaient sous nos yeux. Nous avons visité le zoo la nuit, puis le matin. Nous avons vu presque tous ses locataires, quelque 150 rescapés, qui vivent en semi-liberté. Le zoo est né en 1983 à la suite du tournage d'un documentaire. La réalisatrice s'était attachée à ses acteurs, elle a décidé de rester avec eux. Et d'adopter des animaux abandonnés, menacés, mal en point.

Orange walk

Dernière étape de notre périple au Belize, Orange Walk, à une heure et demie de route, toujours vers le nord, à quelques dizaines de kilomètres du Mexique. N'y arrivez pas un dimanche, c'est un véritable village fantôme. À peu près tout est fermé : épicerie, pharmacie, restaurants. Même le commis de l'hôtel n'avait rien à suggérer. «Il y a un bar laitier, mais ça ouvre à 17h.» Merci.

Le principal intérêt de la place : être le point de départ pour Lamanai, un des plus fascinants sites mayas qui soient. Lundi matin, nous partions.

Trois heures de bateau pour s'y rendre. Deux heures à marcher dans l'histoire fascinante de ce peuple.

Nous avons grimpé au sommet du Grand temple, d'où nous avions une vue panoramique sur les alentours, avec en toile de fond le concert primitif d'une tribu de singes hurleurs. Notre guide était une véritable encyclopédie, étant lui-même un descendant maya, peuple dont il connaissait parfaitement le passé aussi troublant que mystérieux.

Le site est vaste, magnifiquement restauré, luxuriant. On estime qu'il a été un des derniers bastions habités par les Mayas, jusqu'en 1650 environ. L'endroit a été découvert en 1970, «déterré» de 1974 à 1988. Les vestiges restaurés se comptent sur les doigts d'une main. Plusieurs dizaines se cachent encore sous l'épaisse végétation. Notre guide nous a promis qu'on pourrait tous les voir d'ici quelques siècles, si nous survivons à 2012, les Mayas ayant calculé que le monde s'arrêterait fin décembre.

Le Belize a d'ailleurs l'intention de souligner abondamment la prophétie, une foule d'activités sont prévues cette année. Les tourtereaux en quête d'une idée originale pour convoler pourront le faire le 12 du 12 2012 sur le site maya de leur choix. Et les collectionneurs pourront se procurer une pièce de monnaie en or pur pour commémorer... la fin du monde!

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