Montmartre: une fin de semaine sur la butte

En se promenant sur la butte, on aura... (Photothèque Le Soleil)

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En se promenant sur la butte, on aura peut-être le bonheur d'admirer les vignobles bien cachés qui poussent sur les pentes du quartier. Un véritable trésor en pleine ville de Paris.

Photothèque Le Soleil

 

Chrystine Brouillet, collaboration spéciale
Le Soleil

(Québec) Picasso a vécu rue Gabrielle; Verlaine, Apollinaire, Modigliani, Van Dongen, Carco fréquentaient le Lapin agile; Nerval, Foujita, Mac Orlan, Utrillo avaient adopté Manière, rue Caulaincourt : de tout temps, les artistes ont prisé Montmartre, et il n'y a qu'à monter l'escalier Utrillo et admirer la vue pour comprendre leur engouement.

Cent cinquante ans plus tard, la magie est toujours là, contrairement à ce que j'imaginais, croyant que le 18e arrondissement n'était plus qu'un chapelet de boutiques «attrape-touristes».

J'avais tout faux! Il y a certes tous ces marchands aux abords du blanc Sacré-Coeur et des barbouilleurs place du Tertre (mais en cherchant bien, on trouve des peintres de talent), mais il y a toujours ces rues pentues, ces points de vue uniques, ces arrière-cours discrètes qui n'ont pas changé depuis des siècles, ces pierres qui prennent la lumière, ces jardins où chantent les merles et même ces vignes qui permettent une fête des vendanges qui attire des milliers de personnes à l'automne.

Montmartre plaît encore aux artistes, car il y flotte un air de liberté et de fantaisie qu'on ne retrouve nulle part ailleurs à Paris.

Amélie Poulain n'aurait pu loger dans un autre quartier et se priver ainsi d'admirer les deux moulins (il y en avait 13 autrefois!), le Radet et le Blute-fin, qui restent sur la butte, rue Lepic, et d'aller saluer au pied de la Cité internationale des arts le Passe-Muraille réalisé par Jean Marais en hommage à Marcel Aymé.

À quelques minutes de marche, rue Norvins, on trouve de délicieux biscuits et des caramels pour se sucrer le bec avant de pousser la porte du Musée de Montmartre.

Patrie des artistes

Le Musée est situé au bout d'un minuscule jardin où Cézanne, Monet, Pissarro peignaient, où il y avait la loge du père Tanguy, marchand de couleurs au XIXe siècle qui a facilité le travail de ces artistes en inventant le tube de peinture.

Dans le jardin, un chat noir... sosie de celui de la célèbre affiche de Steinlen qu'on peut admirer au Musée, tout comme le superbe Divan japonais de Toulouse-Lautrec, et la place Pigalle peinte par Utrillo en 1910.

Une maquette de Montmartre, le zinc du Comptoir de l'abreuvoir, des tableaux du french cancan nous plongent dans un film de Jean Renoir qui a écrit un très joli livre, émouvant et spirituel, sur son père, qui, dans l'atelier devenu musée, a peint l'inoubliable Bal du Moulin de la Galette.

Tout près du Musée se trouve le restaurant La bonne Franquette, où s'attablaient Courteline et Van Gogh; l'établissement, immense, reçoit aujourd'hui des groupes de touristes, mais la cuisine y est honnête.

Pour ceux qui n'ont pas l'esprit grégaire, il suffit de choisir la confidentielle salle attenante au resto : c'était autrefois la loge des artistes qui se produisaient en spectacle à côté. Il y a sept tables, des affiches des vendanges et une carte des vins impressionnante, une assiette de charcuteries délectables (11 euros), des rillettes de sardines (9 euros) et le meilleur boudin noir au monde.

Sustentés, vous vous arrêterez à la Galerie Roussard, où on expose des peintres contemporains sérieux, ou chez Robert Philippe, où le temps semble s'être arrêté. Ou chez Thierry Lefèvre-Grave, qui réalise des bijoux modernes depuis 36 ans dans son atelier de la rue Durantin, puis chez Lune, qui dessine des vêtements originaux, ou chez Zeila, qui crée de poétiques robes de mariée sorties tout droit d'un conte de fées!

Oui, les artistes vivent à Montmartre! Jean-Pierre Jeunet, Brétecher, Cécile de France y demeurent, les cinéphiles sont ravis de se caler dans les fauteuils du Studio 28 dont les candélabres ont été dessinés par Cocteau, et les musiciens de jazz sont applaudis au resto Autour de midi le soir. On y choisit l'idée du jour : un thon ou saumon en sauce vierge ou un risotto, un verre de vin et un café pour 12 euros. À la carte, la salade d'artichauts et chèvre frais est d'une épatante fraîcheur...

À un saut de puce, au 90, rue des Martyrs, les transformistes font un tabac chaque soir depuis 56 ans! Une véritable institution, tout comme le propriétaire des lieux, le très élégant Michou, dont la générosité et la gentillesse en font le chouchou absolu des Montmartrois qui viennent le saluer avec affection à la brasserie La Mascotte, sur la rue des Abbesses, une des plus animées du quartier.

Mur des «je t'aime»

Sur la place, tout près du manège où carillonnent des rires d'enfants, on découvre l'étonnant mur des «Je t'aime», où ces deux mots sont peints dans toutes les langues de l'univers, et l'entrée de métro Art nouveau de Guimard.

Rue Tholoze, juste à côté, on peut acheter, chez le traiteur Tentazioni, des plats italiens cuisinés avec amour, mais pour changer de perspective, il faut grimper, monter la rue des Saules jusqu'à la rue Caulaincourt (au 41).

Là, c'est dans l'assiette que vous découvrirez un artiste, le chef nippon du restaurant Jour de fête, qui teinte les plats d'un exotisme sublime : le trio d'huîtres à la gelée de citronnelle, sabayon au xérès ou purée de cresson tout comme l'incomparable parfait au yuzu et la glace au thé matcha nous laissent pantois d'admiration!

Et les vins, choisis avec soin et servis avec le sourire par l'adorable Mimi, sont autant de promesses de plaisir.

Même credo à cinq minutes de là, au Grand 8 (8, rue Lamarck), où on apporte un soin particulier aux vins, tous en biodynamie, ce qui promet des réveils plus aisés même si on en abuse un peu, trop tentés par tous ces élixirs qui accompagneront si bien une cassolette de saucisse fumée, des coquilles Saint-Jacques au risotto de légumes, une pintade fermière à l'embeurrée de chou ou un agneau de lait de l'Aveyron, tout cela présenté en portions qui contenteront les plus solides appétits.

Ici, c'est sans chichi, du bois, de grandes banquettes rouges, un éclairage discret et des fenêtres qui donnent sur tout Montmartre. Ajoutez à cela l'accueil sympa de Kamel, sosie de Gérard Jugnot. Et une crème de pistaches et chocolat décadente! (Entrées neuf euros, plats 19 euros.)  Le midi, un déjeuner en terrasse au très sélect Chamarré est un gage de sérénité; situé tout près du si charmant cimetière Saint-Vincent, en haut d'un escalier (un de ceux qui nous permettent de manger sans complexe après l'avoir gravi...), le resto mise sur la délicatesse : suave cappuccino de pain grillé et céleri-rave en amuse-bouche, maquereau grillé, laqué déposé sur un lit de carottes et betteraves et ineffable biscuit aux fraises et glace à la vanille de Madagascar.

Les plus sages se contenteront d'un café gourmand; mignon fondant au chocolat, aérien sablé pur beurre qui laissent un goût de revenez-y sur les lèvres. (Menu midi 23 euros, verre de Saint-Aubin 15 euros.)

Musée de l'érotisme

On se perd avec bonheur dans Montmartre, et les visiteurs qui souhaitent un parcours plus balisé peuvent pousser la porte du Syndicat d'initiative, place du Tertre, où ils auront le choix entre diverses balades : surréaliste dans l'esprit de Nerval ou de Dali, bohème, autour du monde du vin ou en forme de rallye pour les enfants. En s'éloignant du coeur du quartier, on atteint le gris boulevard de Clichy, où se succèdent de tristes lieux consacrés à la pornographie, mais il ne faut pas bouder le Musée de l'érotisme, où on découvre des dessins de Degas.

En poussant un peu plus loin, on atteint la grande brasserie Wepler (pour l'andouillette AAA), où Henry Miller et Anaïs Nin avaient leurs habitudes et, plus récemment, le regretté romancier Claude Duneton, chantre des expressions françaises. Deux conseils : potasser le formidable bouquin de Raymond Lansoy, né rue Lepic, qui connaît tous les secrets de Montmartre, et réserver à l'Adagio, un appartement-hôtel, place Charles-Dullin, où on peut se préparer un petit déjeuner ou rapporter des victuailles pour souper après une journée où les côtes de Québec vous paraîtront moins à pic que celles de Montmartre...

Ce reportage a été rendu possible grâce à la collaboration d'Air Transat.

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