Cette passionnée de voyages, qui a mis les pieds sur à peu près tous les continents, a décidé d'être celle qui ferait la différence. «Le 3 février 2011, à 15h40 précises, alors que je quittais la résidence de personnes âgées où réside ma mère, une petite voix m'a parlé: "Tu vas démarrer une entreprise qui va s'appeler À vivre dès maintenant et tu vas permettre aux gens malades de réaliser leur rêve d'un dernier voyage..."»
Sylvie est convaincue qu'il s'agit de sa mission de vie. Elle met son entreprise sur pied, s'adjoint deux employés au grand coeur, Sonia et Sébastien, et elle établit un partenariat avec la Fondation Rêver la vie, qui aide les personnes atteintes de cancer à réaliser leur rêve. Elle accompagne sa première cliente, Caroline, 42 ans, à Lourdes en France. Cette dernière mourra 12 jours après son retour au Québec. Jusqu'à aujourd'hui, Sylvie a permis à sept personnes en phase terminale d'exécuter leur dernier voyage.
Par le biais de sa nouvelle agence, Sylvie Potvin organise des voyages personnalisés sur mesure. «Plusieurs rêvent d'aller dans le Sud avant de mourir, mais les agences les refusent», affirme Sylvie qui leur offre cette opportunité. «Certains veulent partir en couple ou avec la famille. D'autres sont seuls et j'offre de les accompagner.»
Un contrat en bonne et due forme est signé avant le départ; advenant la nécessité d'une hospitalisation ou de soins médicaux à l'étranger, les proches doivent en assumer entièrement les coûts. Et si la personne décède en voyage, la famille doit se charger de rapatrier la dépouille.
«J'en retire beaucoup de gratitude, dit Sylvie. J'ai le sentiment d'avoir fait la différence. C'est au-delà de l'argent sonnant. Je ne veux pas seulement être une vendeuse de billets d'avion. La chose la plus importante pour moi dans la vie, ce sont les relations humaines.»
Son entreprise À vivre dès maintenant offre un deuxième volet: vivre une expérience humanitaire en Afrique. Lorsque je l'ai rencontrée, Sylvie se préparait à partir au Sénégal avec sept femmes âgées de 19 à 70 ans pour un voyage de 11 jours. «J'offre des missions encadrées à des groupes de 10 à 15 personnes, pendant une dizaine de jours en Afrique.
Trois rencontres de préparation de trois heures chacune ont lieu avant le départ. On bâtit un itinéraire avant de partir, mais je ne sais jamais s'il sera respecté. On prend la wawa [autobus local], on fait du pouce, on paie l'hôtel et le restaurant une fois sur place. Nous apportons crayons, brosses à dents, toutous en peluche pour aller les distribuer dans les dispensaires et les écoles de brousse. On revient d'une expérience comme celle-là avec des valeurs différentes, dit Sylvie. Mon but est de rendre l'Afrique accessible à tous.»
La piqûre de l'Afrique
Il faut dire que Sylvie Potvin connaît bien le continent. En 1987, à l'âge de 20 ans, elle fait un premier voyage de 18 jours au Burkina Faso avec un groupe de 11 personnes pour aider à bâtir une école. Elle perd son sac à dos entre deux correspondances. «J'ai dû quêter des vêtements à gauche et à droite pendant toute la durée du séjour. J'aurais pu ne plus jamais avoir le goût de voyager, mais au contraire j'ai eu la piqûre.»
Elle débute dans le domaine du voyage en 2001 (elle travaille pour deux agences de Québec) en plus de travailler comme hygiéniste dentaire. En 2005 et 2006, Sylvie se rend cinq fois au Niger. En 2008, elle voit un reportage à la télé sur l'Albertaine Nicole Pageau qui a ouvert en 2004 le Centre César près de Kigali, la capitale du Rwanda, pour aider les femmes rescapées du génocide rwandais à retrouver espoir. Sylvie entre en contact avec elle pour lui offrir son aide. Elle part pendant un mois avec sa fille de 16 ans, et 3000 brosses à dents dans ses bagages. Elle montre aux veuves du génocide comment se brosser les dents. «Je donnais deux enseignements par jour.» La voyageuse au grand coeur fait également des missions de distribution au Togo, au Bénin, au Mali, au Burkina Faso, au Cameroun, au Congo, en Ouganda.
Osez voyager
«Je me sens chez nous en Afrique», dit-elle. Elle se rend aussi en Israël, en Cisjordanie, au Pakistan, en Chine et au Japon... «J'ai fait 400 atterrissages jusqu'à ce jour, dit celle qui ne pourrait vivre sans aventure et défis.
En avril prochain, elle mettra sur pied un OSBL, Osez voyager!, qui a pour but d'encadrer, informer, sensibiliser au chapitre touristique. «Mon OSBL aura 14 objectifs, dont celui de rendre l'expérience humanitaire accessible à tous et de faire de la sensibilisation dans les écoles.»