Infanticides: quand la détresse cause des idées noires

À leur résidence de Sainte-Christine, les trois enfants... (La Presse, Martin Leblanc)

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À leur résidence de Sainte-Christine, les trois enfants assassinés à Drummondville s'amusaient dans cette aire de jeux...

La Presse, Martin Leblanc

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(Québec) Il y a de six à huit meurtres d'enfants au Québec par année. Il y a toutefois beaucoup plus de parents qui ont des idées d'infanticides selon une psychiatre qui nous a parlé des mères en détresse.

«On en voit assez régulièrement à la clinique. C'est sûr qu'on s'occupe d'une clientèle particulière. On a des mamans qui ont un trouble psychique. Pendant la grossesse ou dans les années qui suivent la naissance d'un enfant, les idées d'infanticides vont apparaître quand il y a par exemple beaucoup d'isolement, de détresse, quand il y a des états dépressifs avec un attachement à l'enfant aussi», a expliqué lundi, au Soleil, la Dre Marie-Josée Poulin, chef du programme de psychiatrie périnatale à l'Institut universitaire de santé mentale de Québec (autrefois le centre Robert-Giffard).

Sans vouloir se prononcer sur le drame survenu dimanche à Drummondville - qui n'est pas sans rappeler le cas du cardiologue Guy Turcotte -, la médecin a souligné que les parents qui tuent leur enfant ont généralement de sérieux problèmes de santé mentale.

«Les gens croient que ce sont souvent des troubles de personnalité quand c'est commis par la mère ou le père. Or, dans la majorité des cas, c'est un parent qui est atteint par un trouble mental plus sévère de l'ordre d'une maladie psychotique ou d'un état dépressif assez sévère», a-t-elle affirmé.

«C'est rare pour les infanticides que le parent qui commet le geste n'est pas atteint d'un trouble psychiatrique majeur. Il y a certaines situations - je pense que c'est 12 % dans les dernières études - où c'est un parent qui a agi sur une pulsion agressive envers l'autre conjoint pour le punir de l'avoir laissé ou par vengeance», a-t-elle ajouté.

De plus, une rupture de couple et une mésentente sur les droits d'accès aux enfants augmentent le risque d'infanticides. «Les difficultés financières, les difficultés conjugales, l'isolement social. C'est ce qu'on appelle les stresseurs. Ce sont des facteurs qui augmentent le risque d'un passage à l'acte», a dit la Dre Poulin.

Parfois, les idées suicidaires d'un parent peuvent mener aux meurtres d'enfants. «Un parent qui devient très suicidaire et qui est attaché à ses enfants peut commettre un infanticide altruiste parce qu'il se dit que ça va faire trop mal aux enfants s'il disparaît», a indiqué la psychiatre.

L'idée de vengeance peut être présente quand «le parent est incapable pour toutes sortes de motifs uniques à chacun d'eux d'accepter que les enfants vont être partagés avec l'autre conjoint ou conjointe ou qu'un nouveau conjoint ou conjointe va prendre soin des enfants».

Des préjugés tenaces

Par ailleurs, la Dre Poulin croit que plus de parents en détresse demanderaient de l'aide si ce n'était des préjugés sur la maladie mentale. «Les gens vont se présenter dans une urgence s'ils font de la fièvre depuis trois jours mais ils n'iront pas s'ils ont des idées noires. Il faut combattre cette attitude. Si on vit une situation de rupture amoureuse et que ça ne va pas, il ne faut pas se gêner pour se présenter à son CLSC ou à son médecin de famille et d'aller chercher de l'aide», a-t-elle dit.

La psychiatre a déploré le manque de ressources, particulièrement en région, pour dépister les parents en détresse. «On a mis beaucoup d'emphase au cours des dernières années sur la dangerosité suicidaire et avec beaucoup de succès. Le taux de suicide a diminué. Avec des drames comme celui survenu à Drummondville, on pourrait améliorer le dépistage de la dangerosité potentielle envers les enfants à commencer par les parents en détresse», a-t-elle suggéré.

D'autre part, la médecin croit qu'on ne prend pas suffisamment en compte dans le réseau de la santé la situation difficile que peuvent vivre des parents.

«À l'urgence, on n'aura pas tout de suite le réflexe de vérifier si la personne a des jeunes enfants à la maison. On va lui mettre un certificat d'invalidité pour ne pas retourner au travail. Il faudrait aussi évaluer les capacités parentales de la personne. Quelqu'un qui est en détresse et qui a des jeunes enfants, ce n'est pas les jeunes enfants qui vont l'aider.»

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