Grand défi Pierre Lavoie: les héros du Stade olympique

L'arrivée au Stade avait un petit quelque chose... (La Presse, Olivier Pontbriand)

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L'arrivée au Stade avait un petit quelque chose d'olympique. Une entrée triomphale des «athlètes», discours officiel, remise des médailles. Un protocole digne des grands événements.

La Presse, Olivier Pontbriand

Samuel Auger

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Le Soleil

(Montréal) La tête aura cédé bien avant le corps. Une épreuve physique, le Grand défi Pierre Lavoie? Plutôt un marathon pour l'esprit.

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Parcours jour 3

Après plus de 1000 km à relais, le Stade olympique a finalement laissé apparaître son mât dimanche soir un peu avant 17h. Le soleil de plomb brûlait la région montréalaise depuis déjà de nombreuses heures. On avalait les litres d'eau bien plus vite que les kilomètres. Car 100 km, c'est surtout près de cinq heures à lutter contre la chaleur.

Je n'avais jamais autant apprécié l'idée d'emprunter le pont Jacques-Cartier. Comme d'habitude, le pont était bloqué - mais il s'agissait d'un gigantesque bouchon créé par 1000 cyclistes... et aucune voiture. Pas de quoi se plaindre.

L'arrivée au Stade avait un petit quelque chose d'olympique. Une entrée triomphale des «athlètes», discours officiel, remise des médailles. Un protocole digne des grands événements.

Le Défi était déjà derrière nous. Le 1000 km le plus éphémère de mon existence de cycliste. Tous les membres de l'équipe Salomon - Nicolas Vincent, Sacha et Stéfan Desfossés, Jonathan Bernard, Pascal Michaud et l'auteur de ces lignes - avaient encore quelques réserves dans les jambes. Nous aurions pédalé jusqu'à Laval, tant qu'à y être.

Mais la tête n'y était plus. Le coeur? Oui. Mais pas l'esprit. Nous étions tous épuisés après avoir roulé jour et nuit dans un peloton tissé serré de 400 cyclistes à la fois - 1000 lors du départ et de l'arrivée. C'est fou comment ce défi déroutant nous sollicite. Chaque seconde - non, chaque milliseconde -, il faut surveiller la roue du cycliste devant nous. Il faut scruter nos angles morts.

Sans compter les milliers de distractions. Elles sont joyeuses, cela dit, ces distractions. Des enfants nous saluant, nous encourageant comme si nous étions des Ryder Hesjedal en devenir. Des bénévoles qui sont tellement nombreux qu'on se demande d'où ils sortent. Des policiers, pompiers, qui actionnent leurs sirènes pour nous réveiller et nous dire : allez-y, la côte n'est pas si abrupte. Ils nous mentent. Elle était dévastatrice pour plusieurs. Pas grave.

Et surtout, ne pas oublier la roue du cycliste d'en avant. Toujours la roue.

Notre esprit tourne, encore et toujours. On se repose par des siestes d'une heure ou deux dans un véhicule récréatif en mouvement. Pas de quoi arrêter la tête de rouler.

En franchissant le fil d'arrivée, c'est cette belle fatigue mentale qui nous envahit au-delà du sentiment de l'exploit physique.

Le cycliste sportif au fond de moi se souviendra bien sûr du parc des Laurentides dévalé à une vitesse délirante. De l'Estrie parcourue sous les étoiles, ou du simple fait de s'emparer du centre-ville de Montréal avec un convoi de plusieurs centaines de mètres de cyclistes. Une vraie marée bleue. De toute beauté.

L'être humain repassera toutefois le fil de ces 60 heures et de leurs véritables héros. Ces bénévoles par milliers venus nous nourrir et nous donner une tape dans le dos. Ces simples citoyens sur leur perron nous attendant comme si nous étions le Tour de France.

J'ai roulé plus de kilomètres en une fin de semaine que jamais en si peu de temps. J'en suis fier. Nous en sommes tous collectivement fiers. Mais nous avons surtout tapé dans les mains de plus de jeunes que n'importe quel politicien en campagne électorale. Mille kilomètres? J'ai croisé bien plus qu'un millier de jeunes élèves demandant une petite tape de ces cyclistes sillonnant le Québec.

Les mêmes jeunes qui nous attendaient depuis plus de 24 heures au Stade olympique dans un gigantesque party pour enfants actifs. Ils étaient 5000. Cinq fois plus que nous. Nous avons été des ambassadeurs de la santé physique le temps d'un 1000 km. Ils le seront toute leur vie. Au final, j'ai eu ma médaille du Défi Pierre Lavoie. Mais les vrais héros du Stade, c'étaient eux.

>> Mon défi en trois chiffres

- 453 kilomètres

- 19 heures à vélo

- 18 000 calories brûlées

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