«Je prends soin de Bruno depuis qu'il a perdu ses membres suite à une violente méningite. Je profitais du programme de Service intensif de soutien à domicile [SISAD], qui me fournissait 12 heures par semaine d'aide à domicile et neuf heures de gardiennage», explique la femme de 59 ans, qui, en plus de prendre soin de son mari handicapé, doit accomplir seule toutes les tâches dont son mari s'acquittait auparavant.
«Le CLSC m'a annoncé le 20 juin que je perdais ces heures en raison "d'un nouveau cadre normatif".» On m'a dit que si j'étais seule, je ferais mon ménage pareil et que je me ferais à manger pareil!» déplore Mme Larrivée-Nolette.
Coup de main
Pour elle, l'aide à domicile est un coup de main qui lui permet un peu de répit, puisque la préposée qui se rend chez elle l'aide pour le lavage, les repas, l'entretien de la maison et l'entretien des orthèses de son mari.
«Souvent, je manque d'énergie. Pour moi, la journée commence à 8h le matin et peut durer jusqu'à 21h le soir. Je n'ai pas vraiment la possibilité d'avoir un emploi à temps plein, car peu d'employeurs acceptent d'embaucher quelqu'un qui a de telles obligations familiales», fait-elle remarquer.
Le fait de ne pas avoir d'emploi réduit également ses ressources financières. «Ce serait difficile pour nous de défrayer en entier les coûts de l'aide à domicile qui nous a été coupée. De plus, comme je ne travaille pas, je ne gagne pas assez pour payer de l'impôt, alors les crédits d'impôt aux proches aidants qu'on nous fait miroiter, ça ne s'applique pas à moi.»
Pas la seule
Elle n'est pas la seule dans sa situation. «Tout le monde écope à cause de ce nouveau cadre! Je connais une femme de 73 ans qui souffre de sclérose en plaques et dont le mari souffre d'arthrite rhumatoïde qui s'est fait couper les six heures dont elle bénéficiait en vertu du programme SISAD. Une autre, qui souffre aussi de sclérose en plaques, a vu ses heures réduites», signale-t-elle.
Mme Larrivée-Nolette a toutefois décidé de contester la décision du CLSC. «Après une première révision, on a accepté de m'accorder une heure 30 par semaine pour la préparation des repas, une heure pour l'entretien ménager, une demi-heure pour le lavage et aucune heure de gardiennage. C'est loin d'être suffisant! Nous, les proches aidants, avons besoin de plus de soutien. Ça coûterait beaucoup plus cher au gouvernement si mon mari était en institution.»
Et Bruno Nolette approuve. «Non seulement ça coûterait plus cher, mais je préfère de beaucoup être chez moi et que ma femme puisse s'occuper de moi. J'aimerais mieux mourir qu'aller en institution», laisse échapper celui qui était joaillier avant d'être frappé par la maladie.
Sa femme a donc fait une autre demande de révision. «Pour l'instant, mon dossier est encore en évaluation, mais si la réponse est négative, les services auxquels j'avais droit seront coupés le 28 octobre. Jusqu'à maintenant, la commissaire aux plaintes a semblé interpellée par ma situation et dit vouloir trouver des solutions. J'espère qu'elle réussira à faire quelque chose, car, sans aide, je ne sais pas si j'y arriverai», conclut-elle.