«La proportion des ménages qui ne comptent qu'une seule personne a doublé au cours des trois dernières décennies [en Occident] mais les conséquences qu'il y a à vivre seul à long terme sont encore mal comprises [parce que] la plupart des études se sont concentrées sur des groupes précis, comme les parents seuls ou les personnes âgées», notent les auteurs de l'étude, dirigée par Laura Pulkki-Raback, de l'Institut des sciences comportementales de l'Université d'Helsinki, en Finlande.
Pour en savoir plus, Mme Pulkki-Raback et ses collègues ont sélectionné un échantillon de 1695 hommes et 1776 femmes en Finlande qui avaient participé à une vaste étude de santé publique en 2000. Tous les sujets, notons-le, étaient en «âge de travailler» (30 à 65 ans). Les chercheurs ont ensuite monitoré leur consommation d'antidépresseurs - qui servait ici d'indicateur de dépression - jusqu'en 2008 grâce à un registre gouvernemental de ventes de médicaments, puis ont analysé le tout.
Et leurs résultats laissent peu de place au doute : «Les participants vivant seuls ont montré un taux d'achat d'antidépresseurs de 1,81 fois [ou 81 %] plus élevé que ceux qui ne vivaient pas seuls pendant la période de suivi», conclut l'étude.
Pauvreté
Divers facteurs interreliés peuvent amplifier artificiellement l'«effet solitude», comme on s'en doute. Par exemple, le fait de vivre seul va souvent de pair avec des finances plus serrées, puisque le «solitaire» doit tout payer seul - et la pauvreté est elle-même une cause de stress et de dépression. Mais même en démêlant cet enchevêtrement de facteurs et en éliminant mathématiquement leurs effets, l'étude obtient tout de même un risque de dépression accru par 64 à 74 % chez ceux qui vivent seuls.
Fait intéressant, la dépression était plus liée à la pauvreté chez les femmes vivant seules, alors qu'elle était plutôt associée à l'isolement social chez les hommes.
Légèrement «pire» à Québec
Au Québec, d'après les données du recensement de 2006, 31 % des ménages sont composés de personnes vivant seules - ce qui représente 13 % de la population totale. La situation est légèrement «pire» dans la région de Québec, où 33 % des ménages ne comptent qu'une personne (15 % de la population).
Selon Marc-Simon Drouin, professeur de psychologie à l'UQAM et spécialiste de la dépression, ces résultats ne devraient guère nous surprendre, «parce qu'on sait depuis longtemps que la qualité du réseau social d'une personne a une grosse influence sur la réussite du traitement de la dépression [et que] les relations interpersonnelles sont un rempart important contre la dépression».