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Trouble de la personnalité limite: succès d'une thérapie hors de l'hôpital

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Retrouver l'autonomie, une certaine qualité de vie, la confiance envers la vie, demande beaucoup de courage à ces personnes mais également à leurs proches qui les supportent.

(Québec) «À l'époque, mes collègues avaient peur de me voir arriver, ils me disaient : "Tu vas tous nous les amener à l'hôpital, tu vas amener la catastrophe avec toi."»

 

 

 

 

 

 

 

 

Le psychiatre Evens Villeneuve... (Photothèque Le Soleil) - image 1.0

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Le psychiatre Evens Villeneuve

Photothèque Le Soleil

Cette «époque» dont parle le psychiatre Evens Villeneuve, c'est celle où il a fondé le Centre de traitement Le Faubourg Saint-Jean, qui a fêté ses 15 ans l'automne dernier. Et ceux par qui la «catastrophe» devait frapper nos hôpitaux, ce sont des gens atteints du trouble de la personnalité limite.

Une décennie et demie plus tard, non seulement le cataclysme appréhendé n'est pas survenu, mais la méthode que le Dr Villeneuve a implantée ici a donné des résultats si probants qu'elle a essaimé partout au Québec.

Marqué notamment par une peur terrible du rejet et par une instabilité de l'humeur, de l'image de soi ou des relations interpersonnelles, le trouble de la personnalité limite - le «TPL» comme on dit dans le milieu - n'a jamais eu bonne presse. Pas plus tard qu'en 2009, d'ailleurs, le magazine Times lui donnait le titre de «problème mental le plus craint par les médecins».

«Ils sont plus réputés pour avoir des grands élans affectifs, explique le Dr Villeneuve. Ils sont hyperémotifs, hypersensibles.» Ils retournent souvent ces émotions contre eux-mêmes par divers comportements autodestructeurs, dont la forme concrète peut varier d'un patient à l'autre : automutilation pour certains, sexualité débridée pour quelques-uns, alcool et drogue pour beaucoup, tentatives de suicide fréquentes... Par leurs «élans», ils finissent souvent par faire le vide autour d'eux - ce qui, disons, n'en fait pas les patients les plus faciles à traiter.

De toute façon, avant que la clinique du Faubourg n'ouvre ses portes, on ne savait tout simplement pas quoi faire avec ces malades. «Il y avait l'hospitalisation [... mais] ce sont des gens qui se détériorent quand on les hospitalise, se souvient-il. Pour le reste, il y avait les approches classiques - psychanalyse ou médicaments -, mais qui ne donnaient rien non plus. La tendance était de les hospitaliser parce qu'une grande partie avaient des tendances suicidaires. Ils faisaient des passages à l'acte, des automutilations. Et leurs milieux sociaux et familiaux devenaient de plus en plus restreints et terrorisés par ces grands élans-là.»

Bref, un joyeux cul-de-sac...

À la fin de sa résidence, le Dr Villeneuve s'est rendu en Californie, où une nouvelle approche dans le traitement du TPL s'était développée, quelques années plus tôt. L'idée de base était étonnamment simple, presque trop facile pour être vraie : «C'est une approche de groupe où on dit au patient tout ce qu'on sait sur la maladie. [...] On dit aux gens : vous avez un trouble de personnalité limite, voici ce que ça fait, voici où la science en est et voici des outils pour vous aider à le gérer vous-même. Et on va vous aider là-dedans, mais c'est vous qui êtes responsable de votre démarche.»

Notion de responsabilité

Presque magique... Du moins, pour ceux qui ont la motivation nécessaire, car les intervenants ne badinent pas avec cette notion de responsabilité.

«Les règles sont très claires. Dès le départ, quand le patient arrive, il doit signer un contrat où il accepte les règles qu'on lui donne [cesser les abus de substances, par exemple, ou faire les efforts sur soi-même qui s'imposent, N.D.L.R.], sinon on ne les garde pas», dit Hélène Joncas, ergothérapeute au Faubourg. Sans bonne volonté du patient, de toute façon, la thérapie ne fonctionne pas.

Cette «autonomie» laissée aux malades a d'ailleurs suscité «beaucoup de résistance au début», se rappelle Mireille Lavallée, une infirmière qui travaille à la clinique depuis ses premières années. «On sait que c'est une clientèle flamboyante et [...] Les gens disaient : "Mais c'est incroyable, on ne peut pas les laisser seuls en externe [hors d'un hôpital, N.D.L.R.]."»

Et c'est pourtant ce qui fonctionne le mieux pour le TPL, sait-on maintenant. Chaque fois qu'ils font un geste d'automutilation ou autre, les patients doivent écrire quelques pages pour décrire ce qui s'est passé. Quand les «agir» et la consommation sont maîtrisés, ils peuvent alors passer à d'autres étapes, jusqu'à leur rétablissement.

Comme pour les autres troubles de la personnalité, le TPL a tendance à se résorber tout seul avec l'âge. «Si l'on observe l'évolution chez les gens atteints, au bout de 15 ans, 70-80 % n'ont plus ces comportements. Mais quand on va en thérapie, c'est sept fois plus rapide : après un an ou deux, c'est fini. Alors que pour ceux qui ne vont pas en thérapie, ça peut prendre 15 ans, ou même 20, avec tous les dommages collatéraux que ça implique à leur travail, dans leur famille», dit le Dr Villeneuve.

Avec le temps, poursuit le Dr Villeneuve, la clinique a fini par former beaucoup d'intervenants dans les CLSC, où cette approche fait maintenant partie de «l'arsenal» de première ligne. Un hôpital de jour a aussi été mis sur pied - ce qui fait d'autant moins de cas qui se retrouvent dans les urgences, après une crise ou une tentative de suicide.

D'ailleurs, le Centre de traitement Le Faubourg Saint-Jean ne s'occupe maintenant plus que des cas de personnalité limite les plus lourds et d'autres troubles de la personnalité réputés intraitables, comme le narcissisme sévère. Mais pour les gens atteints de TPL, l'essentiel est demeuré inchangé : désormais, ils ont accès à un traitement.

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