KEBABerie Izgara: que le pain soit!

Quelque 25 places se déploient dans le local... (Le Soleil, Erick Labbé)

Agrandir

Quelque 25 places se déploient dans le local dallé de céramique terracotta où la cuisine ouverte permet d'observer de près les kebabs en devenir.

Le Soleil, Erick Labbé

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Derrière un mot «inventé» - KEBABerie Izgara - s'élève un petit resto qui défend l'identité de l'authentique kebab à Québec. À qui la paternité? Aux pays du bassin méditerranéen? À la France? À l'Allemagne? À la Turquie? Au lieu de le soumettre à un test d'ADN, ce sandwich «limoulois» d'adoption, on l'a goûté. Verdict.

D'abord, sachez qu'en me pointant vendredi dernier sur la 1re Avenue - moins hipstérisée que sa voisine la 3e -, je ne me doutais pas qu'à partir de 17h30 je serais «scotchée» à RDI jusqu'à tard le samedi. Paris venait d'être mutilée. L'un de ses fondements, la fraternité, bafoué. À mort. Je n'en dirai pas plus. 

D'un point de vue de «fille de bouffe», je ne saurais dissocier le kebab de l'identité parisienne. Pour moi, c'est sa mère patrie. Je le sais, c'est une vue de l'esprit. Reste que ce sandwich qui a traversé les frontières et qui s'est établi et intégré à la France demeure, après le jambon-beurre, le sandwich bon marché et savoureux le plus «français» qui soit. Dans l'Hexagone, des kebaberies, il y en a à chaque coin de rue. J'exagère à peine. 

Tant s'en faut à Québec. Jusqu'ici le shish-taouk occupait le marché de la catégorie sandwich «exotique». C'était avant le mois d'août. Il était anciennement l'une des vedettes du comptoir à fromages de l'Épicerie européenne; Marie Billamboz et son associé, Mouldi Ben Amor, ont décidé d'en faire la spécialité de leur humble troquet où la gentillesse se substitue aux grands moyens. Ne cherchez pas de concept déco sophistiqué ni de carte stylée. Quelque 25 places se déploient dans le local dallé de céramique terracotta où la cuisine ouverte permet d'observer de près les kebabs en devenir. Un cadre qui colle en tous points à l'appellation «cuisine maison». La KEBABerie est une affaire «de famille». De l'ouverture, tôt le matin, au dernier chaudron nettoyé avant d'éteindre.

Lors de notre visite, M. Ben Amor est aux fourneaux et en salle. Il nous explique qu'«Izgara» signifie viande grillée, en turc. À son avis, le kebab devrait être l'objet de notre attention plus que le pita garni qu'il pointe au comptoir. «C'est un sandwich très québécois», s'amuse-t-il. Le kebab diffère. Son pain, préparé spécialement par Boulangerie Lévis, change la donne, de même que l'absence de mayonnaise aillée, laquelle tartine bien des pitas de la Capitale. Une fois dressés, les deux «frères» finissent toutefois par se ressembler. 

Une bonne soupe

Avant de casser la croûte, je ne saurais trop vous recommander l'une des deux soupes à l'ardoise du jour. Des soupes 100 % maison et délectables à parts égales. De type harira marocaine, la bolée la plus rassasiante exhale des parfums de coriandre et de safran. Protéinée par des lentilles et des pois chiches, son bouillon tomaté ensoleille les papilles par sa fin de bouche citronnée inattendue. Quant au potage à la courge et à la pomme, d'une teinte rouille, il comble par sa texture lisse et l'apport plus suggestif que forcé de la saveur acidulée de la pomme. 

La vraie de vraie surprise vient toutefois de la salade de fruits, un accompagnement d'une fraîcheur unique. Se mêlent à la base de couscous israélien - de gros grains - des raisins rouges croquants, des dés de poivron rouge, de la clémentine pelée à vif, du persil haché très finement et de la grenade égrenée. Que c'est bon, tonique et stimulant à l'oeil, avec des airs de salade de Noël avant le temps!

Des sandwichs goûtés, difficile d'établir la préférence. Effectivement, le pain - une demi-lune à la mie levée - n'a pas la minceur d'un pita. À l'intérieur de l'un niche du blanc de volaille jauni par du curcuma ainsi que le trio indivisible tomate-laitue-oignon. Promesse tenue, la sauce - du yaourt nature délié et aromatisé avec de la menthe - n'alourdit pas l'appareil. Du coup, ce nappage introduit une sensation très rafraîchissante. Plus aromatique, le sandwich au boeuf haché (picadillo) cuit avec des olives et de l'oignon avance des effluves de girofle et de cannelle. Chaque bouchée se révèle plus moyen-orientale que son vis-à-vis à la volaille. 

De ce kebab aux identités multiples, dirais-je qu'il m'a ramenée à Paris, près des Halles? Je ne sais pas. Chaque kiosque détient sa recette. Et, derrière chaque comptoir ambulant, il y a des gens et autant d'histoires de vie. En tout cas, le kebab de Limoilou a la sienne. C'est aussi ça qui en fait son parfum bien à lui. Un parfum de revenez-y.

Des sandwichs goûtés, difficile d'établir la préférence. ... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 2.0

Agrandir

Des sandwichs goûtés, difficile d'établir la préférence. 

Le Soleil, Erick Labbé

KEBABerie Izgara, 1238, 1re Avenue, Québec, Tél. : 418 523-7634

  • Kebab, soupes et salades
  • Ouvert du lundi au samedi, fermé le dimanche
  • Petit déjeuner et carte de cafés
  • Kebab et Izgara de 8,95 $ à 13,95 $ (en formule trio)
  • Coût de l'addition pour deux avant taxes et service : 29,15 $ (incluant deux trios avec soupe et salade, le thé et les desserts [en sus])
  • Stationnement : dans la rue 
On aime: l'accueil d'une grande gentillesse et les soupes qui valent autant la visite que les sandwichs. 

On n'aime pas: la température de service du thé à la menthe, plus tiède (voire frais) que chaud. Autre élément, on pourrait chauffer un peu plus le pain du sandwich pour un résultat encore plus satisfaisant.

Critique express

Fabriqué: mes premiers biscuits de Noël pour consommation immédiate. Crépitant de granola, rougis par des canneberges séchées et sucrés par l'intervention divine de pépites de chocolat blanc, ces biscuits exigent pas moins qu'un verre de lait pour la trempette.

Accompagné: ma fournée de biscuits de la lecture de l'épilogue d'un polar intitulé Intérieur Nuit de Marisha Pessl (Gallimard). Son enquête fictive et hallucinée dans le milieu du cinéma gore finit abruptement. Trop. Sa finale précipitée - à près de 700 pages... - se pardonne parce qu'entre-temps, Pessl nous aura entraînés dans les ruelles crasses de New York et les donjons sadiques de Kubrick, époque Eyes Wide Shut. L'ombre de Chandler plane aussi sur l'intrigue que j'imagine très vite adaptée au cinéma.

Goûté: à L'embeurrée, l'un des nouveaux burgers de Chez Victor (La Pyramide). Simplissime et digne burger d'automne, ce sandwich sur le moelleux réunit une boulette de chair de porc et une portion de tombée de chou au gras de canard et lardons. Un 10 sur 10.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer