Le grand manège blanc des Chic-Chocs

Jean-Sébastien Massicotte
Le Soleil

(Québec) L'ascension bat son plein. La file de skieurs s'étire dans le zigzag de la trace qui coupe la pente. Malgré l'effort de la montée, le plaisir est là, comme le trahit le sourire à mes lèvres. Devant et derrière, mes nouveaux camarades d'aventure défient la gravité avec le même enthousiasme. Car, bien loin de toutes remontées mécanisées, nous savons que la neige gaspésienne des Chic-Chocs nous attend à la descente. Et il y en aura pour tout le monde.

Au sommet du Frère de Nicol-Albert, la montagne de la journée, le groupe se répartit pour la descente, selon les ambitions. Quand Mia, l'une des guides, laisse tomber que le côté nord n'a pas été skié depuis un moment déjà, les sportifs les plus sûrs de leurs moyens s'animent. La pente plus prononcée et les arbres plus denses dans la partie haute du versant en question n'inquiètent soudainement plus...

Bientôt, je me retrouve entre les conifères et les bouleaux à pointer vers le bas les spatules de mes skis de haute route - la version allégée des skis alpins dont les fixations se débloquent au talon pour progresser, un peu comme en ski de fond. La précieuse poudreuse est au rendez-vous. Le grand manège blanc, dans toute sa splendeur, prend du coup sa vitesse de croisière.

Car avant de conclure notre sortie et de profiter du confort de l'Auberge de montagne des Chic-Chocs, qui nous sert de luxueux camp de base pour la fin de semaine, nous allons savourer chaque moment des deux autres boucles sur la montagne. Avec des peaux de phoque sous les skis - ces bandes de fourrure synthétique que l'on colle à la base pour l'ascension -, les quelque 300 m de dénivelé à gravir sont encore avalés en une quarantaine de minutes. Puis vient une autre portion de dessert avant même de goûter à ceux du chef de l'Auberge : encore une pente où l'on peut signer sa trace dans le «glaçage» blanc. Un délice!

Je vous mentirais si je vous vantais le ski dans les Chic-Chocs comme un équivalent de celui qui se fait dans l'ouest du pays. La poudreuse sans fond, les sommets alpins qui donnent le vertige. Les dénivelés qui en demandent plus que ce que vos jambes peuvent en prendre...

Certes, on ne parle pas ici de Rogers Pass, près de Revelstoke en Colombie-Britannique, ou encore de l'arrière-pays entre Whistler et Blackcomb. Mais qu'importe! Nous sommes certainement à parcourir ce qui s'offre de mieux dans l'Est.

Et ce n'est pas un prix de consolation pour autant. De toute façon, je dois admettre qu'une fois en montagne, les comparatifs sont vite oubliés. La progression entre les arbres chargés de neige et les lacets qu'il faut négocier habilement pour atteindre le sommet nous plongent dans l'instant. Un moment partagé en nature dans la bonne humeur avec les autres skieurs qui logent à l'Auberge. Des inconnus au matin, devenus à la montée des partenaires avec qui on savoure la descente. Pour vivre et revivre cette communion sur les pentes, Est ou Ouest, le lieu importe peu pour les chercheurs d'or blanc que nous sommes.

C'est depuis l'ouverture de l'Auberge de montagne à l'hiver 2005 que je me dis qu'il faut aller voir de quoi il en retourne. Unique et souvent méconnu, le concept de cet hébergement perdu en nature mérite d'être mis à l'essai par les amateurs de plein air.

Pas que du ski

Surtout qu'en hiver, pas nécessairement besoin d'être skieur. Ici, il n'y a pas que le ski de haute route à faire! Outre la raquette, le ski Meta plaira notamment à ceux qui sont craintifs sur les planches. Il s'agit en fait d'un hybride entre le ski hors-piste et la raquette. Une agréable découverte à faire. Autrement, relaxation et contemplation sont aussi à l'honneur dans les environs du chaleureux chalet de bois.

Évidemment, l'endroit est idéal pour les skieurs intermédiaires qui veulent s'initier au côté plus sauvage de leur sport. D'où l'attrait du domaine skiable de l'Auberge. Du terrain varié et accessible de manière sécuritaire, loin des grands risques d'avalanche. Un magnifique milieu d'apprentissage.

Puis, pour ceux en quête de défis, de grandes envolées vers l'horizon sont envisageables en direction des monts Collins (1036 m) et Matawees (1073 m). Sinon, les nombreux sommets dans le voisinage immédiat feront amplement l'affaire avec le rare avantage de ne pas avoir à trop s'éloigner du foyer du salon communautaire... et de la machine à espresso!

C'est d'ailleurs la beauté d'une visite là-bas. Les montagnes tout autour garantissent des aventures sans fin, tandis que le confort de l'établissement de 18 chambres n'est au fond jamais bien loin. L'effort sur les pentes n'en est que plus agréable en sachant qu'une douche chaude nous attend et que le repas gastronomique sera servi par le chef sur le coup de 19h. Un tour au sauna ou au spa d'ici là? Et pourquoi pas!

>> ÉVASION SOUS LA NEIGE

Pour moi, l'idée d'une évasion originale et confortable ne nécessite pas obligatoirement des palmiers et une plage de sable chaud. Si c'est également votre perception, l'Auberge de montagne des Chic-Chocs vous plaira. Guy Laroche, directeur de l'établissement, sait d'ailleurs que c'est notamment contre les offres de voyages dans le Sud qu'il doit rivaliser pour attirer la clientèle dans ses montagnes. C'est que le prix du séjour (qui dépasse en général 250 $/nuit) freine souvent l'enthousiasme des vacanciers.

Il faut savoir cependant qu'il s'agit, là aussi, d'un tout-inclus. Transport à partir de Cap-Chat, hébergement, repas et collations préparés sur place par un chef, équipements spécialisés, activités guidées, montagnes à perte de vue...

Bref, à part l'alcool, tout est fourni. Puis il y a l'indescriptible tranquillité de ce lieu exclusif où seulement 36 convives peuvent être reçus à la fois. À deux heures de route de Cap-Chat, dont la majorité du trajet à bord d'une amusante camionnette à chenilles, l'Auberge dégage un réel sentiment d'isolement. Une situation qui contraste de belle façon avec le confort et le luxe de l'endroit.

J'ai été sensible à l'esprit communautaire insufflé par l'équipe en place. Un juste équilibre entre le service haut de gamme qu'on peut espérer des grands établissements mélangé à une convivialité typiquement montagnarde, loin d'être coincée.

Pour cette aventure, Le Soleil était l'invité de la SEPAQ.

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