La vie de «roc star»

(Québec) Si l'escalade était un sport professionnel qui se comparait au hockey, le Québécois Jean-Pierre Ouellet jouerait très certainement dans la Ligue nationale. Et au Match des étoiles, le grimpeur de 33 ans aurait son invitation.

C'est que dans l'univers vertical de l'escalade de haut niveau, le natif du Bas-Saint-Laurent - Saint-Marc-du-Lac-Long pour être plus précis - a su se tailler une place de choix au fil des dernières saisons. Spécialiste des ascensions de fissures, un type d'escalade où les grimpeurs progressent notamment grâce à des coincements de mains et de pieds souvent douloureux, le Québécois s'est fait une belle réputation à force de repousser ses limites. «J'ai une bonne tolérance à la douleur. Il doit me manquer un morceau dans mon cerveau», rigole d'ailleurs Ouellet quand on lui demande d'expliquer ses succès sur la roche.

Flashback à l'automne 2005. Je suis de passage à Val-David avec un groupe d'amis pour profiter de ce coin superbe du Québec pour faire de l'escalade. Pour notre deuxième journée dans les Laurentides, nous décidons de nous attaquer à des voies dans le secteur du Mont-King.

Au détour du sentier d'approche, des voix attirent notre attention. Au pied de La Zébrée (cotée 5.14a), considérée par plusieurs comme l'une des fissures les plus difficiles en Amérique du Nord, sinon au monde, deux grimpeurs s'équipent tranquillement en discutant.

Mon ami Stéphane, grimpeur de talent bien branché dans le milieu vertical, est curieux de connaître qui s'attaque à un pareil défi. Surtout que La Zébrée n'a été grimpée en libre - l'équipement ne sert alors qu'à protéger les grimpeurs et non à progresser - qu'une seule fois alors, l'année d'avant!

Le brave qui s'apprête à se mesurer à la légendaire Zébrée est con­nu de Stéphane. L'air de rien et détendu au pied du monstre qui surplombe d'environ 13 m pour 25 m de hauteur, Jean-Pierre Ouellet refait ses bandages aux mains, collant même le tout avec... de la Crazy Glue! Celui que l'on surnomme «Peewee» espère que cette mince armure en ruban gommé, appliquée savamment sur l'extérieur de ses mains, suffira à le protéger dans son combat contre le roc.

Nous étions alors loin de nous douter que «Peewee» amorçait tout juste sa longue bataille contre La Zébrée. Un duel qui allait s'étirer sur trois ans. Après plus d'une cinquantaine de tentatives sur la voie, il allait finalement triompher, au printemps 2007.

À l'époque, le succès de Jean-Pierre Ouellet à Val-David avait trouvé écho dans la presse spécialisée. Les prestigieux magazines Climbing et Alpinist en avaient notamment fait mention. Ouellet venait de compléter la deuxième ascension en libre de la voie, la première d'un grimpeur qui plaçait ses protections tout en grimpant, et non au préalable.

Flashback à l'automne dernier. Je tombe en novembre sur une série de nouvelles faisant mention des plus récents exploits de «Peewee». Comme il le fait depuis plusieurs années dans sa quête des plus belles fissures en Amérique, il est en road trip dans l'Ouest américain. Dans le parc national Canyonlands, en Utah, il vient de réaliser la première ascension en libre de Necronomicon (5.13d/14a).

Le succès du Québécois frappe alors l'imaginaire des amateurs d'escalade par l'aspect spectaculaire de ce toit horizontal de pres­que 30 mètres. À voir les images de Ouellet dans l'intimidante voie, la tête en bas et les pieds coincés dans la longue fissure, on devine aisément pourquoi Necronomicon n'avait pas encore été grimpé. Même Spider-Man dans un bon jour en aurait eu pour son argent...

Rencontré en décembre à l'occasion d'un court passage à Québec, Jean-Pierre Ouellet assure qu'il n'est pas un adrenaline junkie. «Ce n'est pas mon thrill de me faire peur», assure-t-il. «Peewee» a entrepris l'escalade à l'âge de 15 ans. Comme il habitait à moins d'une heure de Saint-André-de-Kamouraska, il avait convaincu sa mère de le conduire au réputé lieu d'escalade en bordure du fleuve. Au pied de la falaise, il avait simplement demandé à des grimpeurs s'il pouvait essayer. «Ils avaient dit oui!» s'étonne encore Ouellet. Une passion était née.

Représentant pour des compagnies d'équipement de plein air depuis un moment déjà en plus d'avoir des commanditaires liés à son sport qui l'aident à payer ses nombreux voyages, Ouellet a réussi à jumeler le travail aux exigences de l'escalade de haut niveau. Un choix de carrière «pas si glamour que ça», assure-t-il cependant, conscient néanmoins de sa chance de vivre de sa passion à 100 %.

Actuellement, sur sa carte professionnelle de Black Diamond Equipment, un important fabricant dans l'univers des sports de montagne, il est écrit : «Climbing Rep». En français, on pourrait traduire par «Représentant escalade». Ou encore mieux : «Représentant qui grim­pe». Une formulation sûrement plus exacte. Car s'il visite des clients lorsqu'il est au Québec, Ouellet profite surtout de ses voyages pour tester les fonctionnalités - mais non la sécurité! - de l'équipement que son employeur lui met entre les mains. Harnais, mousquetons, coinceurs... Il peut ainsi avoir un effet direct sur le développement du matériel qui se retrouvera plus tard en boutique.

Quand il n'est pas sur la route, l'ancien résidant de Québec habite maintenant Montréal avec sa copine, une grimpeuse elle aussi. À l'entraînement par les temps qui courent, Ouellet prévoit retourner dans l'Ouest dès mars. Il espère ensuite s'attaquer durant l'été à l'une des fissures les plus dures et réputées au monde : Cobra Crack (5.14), à Squamish, en Colombie-Britannique.

Tout ça pour en arriver où? «Peewee» aimerait bien réaliser les 50 fissures les plus difficiles en Amérique du Nord. Un défi qu'il dévoile avec un peu de réserve, comme s'il avait soudainement la crainte qu'on lui vole son idée. «Au fond, les autres peuvent bien s'essayer. Je ne suis pas du genre à les en empêcher. De toute façon, j'ai déjà pas mal d'avance...» lance-t-il dans un éclat de rire.

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