Nourrir les oiseaux? Oui, mais...

Quand on installe des mangeoires dans notre cour,... (Collaboration spéciale, Jacques Samson)

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Quand on installe des mangeoires dans notre cour, est-ce qu'on rend véritablement service aux oiseaux?

Collaboration spéciale, Jacques Samson

Jacques Samson, collaboration spéciale
Le Soleil

Le débat est toujours immensément présent dans le monde de l'ornithologie : doit-on ou pas nourrir artificiellement les oiseaux?

Aujourd'hui, j'aborde le sujet, mais je ne prétends pas apporter toutes les réponses. Je le fais plutôt sous forme de réflexion en essayant d'exprimer mes interrogations.

Un beau matin, on décide d'attirer les oiseaux dans sa cour. On installe des mangeoires, on les bourre de graines, on installe un bain ou un abreuvoir - c'est la même chose - et voilà, le tour est joué, on a les oiseaux à portée de vue.

Une première question : est-ce que je rends service aux oiseaux en les nourrissant? Il y a deux écoles de pensée à ce sujet. Il y a ceux qui répondent oui et qui croient que nourrir les oiseaux augmente les populations et garantit leur survie. Cela permet aussi d'attirer de nouvelles espèces qui ne fréquentaient pas nos territoires.

Ceux qui sont contre affirment plutôt qu'en les nourrissant facilement, on les rend dépendants et, souvent, on les empêche de migrer vers de meilleurs cieux en hiver. Ainsi, les oiseaux risquent de mourir de froid chez nous.

Là-dessus, il faut savoir que les oiseaux migrent non pas parce qu'ils mourraient de froid, mais parce qu'il n'y a pas ou qu'il y a peu de nourriture disponible en hiver. Les grandes oies des neiges, par exemple, qui font l'aller-retour Nord-Sud chaque année, changent d'aire parce que lorsque le sol gèle, elles n'ont plus accès au scirpe, leur nourriture de prédilection.

C'est la même chose pour tous les oiseaux et, depuis qu'on les nourrit, certains décident de rester parce que la nourriture demeure abondante même en période hivernale.

Jusqu'où peut-on aller? Je m'explique. Nourrir les oiseaux, c'est se donner la chance de les observer dans notre environnement, mais il y a des distinctions à faire.

Quand j'installe des mangeoires et que je me contente d'observer les oiseaux, ça va. Quand je décide de pousser plus loin en essayant d'apprivoiser les oiseaux, est-ce que ça cause problème?

Là, je pense qu'il y a une importante distinction à faire. Mettre des graines de tournesol dans sa main pour attirer une mésange, une sittelle ou un sizerin, je pense que ça peut aller. Je ne crois pas que ces oiseaux souffrent vraiment de l'imprégnation humaine.

Par ailleurs, si, dans ou sous mes mangeoires, j'attire des oiseaux comme des gélinottes huppées, des dindons sauvages, des faisans et j'en oublie, là, je pense que ça pause un sérieux problème. À partir du moment où ces oiseaux n'ont plus peur de l'humain, ils sont souvent voués à une mort certaine.

Imaginez un instant qu'en période de chasse votre perdrix apprivoisée aperçoive un chasseur. Quel sera son réflexe? Elle se précipitera vers lui en quête de nourriture facile au lieu de fuir à grands coups d'ailes pour ne pas finir dans son assiette. Donc, en apprivoisant cette perdrix, on l'a rendue extrêmement vulnérable et contre le chasseur, elle n'a aucune chance. La chasse, c'est la finesse du chasseur contre le chassé, et vice-versa. Le chasseur met tout en oeuvre pour abattre son gibier et le gibier utilise ses meilleures ruses pour lui échapper. Mais lorsque le gibier se précipite sur le bout du canon du fusil, ce n'est plus du sport, c'est du suicide.

Réflexes naturels

Quand on attire ces espèces vulnérables à nos postes d'alimentation, qu'est-ce qu'on doit faire? Je vous dirais que je n'empêcherais pas ces oiseaux de se nourrir dans ma cour, mais en aucun moment je n'essayerais de les apprivoiser. Je m'arrangerais pour qu'ils conservent toujours leurs réflexes naturels de défense contre les prédateurs, y compris l'être humain.

Apprivoiser un oiseau qui peut être la cible des chasseurs, c'est exactement la même chose que d'utiliser des souris pour attirer les harfangs afin de faire des photos. L'oiseau devient tellement familier avec l'humain qu'il se met souvent en danger. On rapporte des cas de harfangs qui se sont précipités sur des voitures, faisant l'association être humain-nourriture. Certains sont morts, d'autres ont été sérieusement blessés.

On se prive peut-être du beau plaisir de voir l'oiseau picorer dans sa main, mais on lui donne peut-être une chance de survie.

Une dernière question : quand doit-on nourrir les oiseaux? Toute l'année? Ou seulement en hiver?

La nourriture d'appoint qu'on fournit aux oiseaux est certainement plus utile en hiver. La nature est moins généreuse durant cette période. Mais rien n'empêche de continuer à nourrir tout l'été, alors qu'il y a de la nourriture sauvage en abondance. La seule chose à laquelle on s'expose, c'est qu'ils soient moins nombreux aux mangeoires, préférant l'abondance estivale.

Une chouette épervière

Yvon Robitaille, un amateur d'oiseaux qui sillonne régulièrement la région de Bellechasse en quête de belles observations, a réussi à photographier près de Saint-Vallier une magnifique chouette épervière.

Ce rapace diurne tient son nom de sa ressemblance avec un épervier. Il se nourrit exclusivement de petits mammifères. Si on compare la chouette épervière à la chouette lapone ou à la chouette rayée, on voit qu'elle affiche de grosses différences, avec l'absence de disque facial et une queue beaucoup plus longue.

Un chihuahua traumatisé

Dans une dépêche de l'Associated Press, on raconte qu'un chihuahua a été sévèrement traumatisé par un grand duc d'Amérique. La scène s'est passée à Crystal Lake, en banlieue de Chicago. Chico était sorti avec son maître pour une promenade nocturne quand il a été attaqué en pleine rue par un grand duc en quête d'un bon souper. Le rapace s'est précipité sur le petit chien d'à peine deux kilos et a tenté de l'enlever. Le maître a tiré de toutes ses forces sur la laisse du chien, réussissant ainsi à le libérer des serres du grand duc.

Chico a été soigné pour quelques blessures et il a été tellement marqué par l'aventure qu'il refuse maintenant toute sortie nocturne avec son maître.

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