Qui use les lignes blanches?

Au Québec de nos jours, quand le pavage... (Photothèque Le Soleil, Yan Doublet)

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Au Québec de nos jours, quand le pavage est neuf, on y trace des lignes avec des produits à base d'époxy et un autre type de peinture, à base d'eau celui-là, pour «rafraîchir» ses lignes.

Photothèque Le Soleil, Yan Doublet

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CHRONIQUE / «J'aimerais savoir si quelque chose a changé dans la composition de la peinture utilisée pour tracer les lignes blanches sur la chaussée. Dans mon temps (j'ai 63 ans), il me semble que les lignes blanches étaient plus durables et qu'on les voyait mieux. Aujourd'hui, on dirait qu'elles sont faites avec de la peinture très peu résistante puisque souvent elles sont refaites chaque année. De plus, ce qui est très dérangeant c'est que lorsqu'il fait noir et qu'il pleut, on ne les voit absolument pas», demande André Dontigny, de Lévis.

Il y a essentiellement trois sortes de peinture dont le Québec se sert pour faire son marquage, explique le chimiste Frédéric Boily, du ministère des Transports (MTQ). Anciennement, les fameuses «lignes blanches» étaient faites de peinture à base d'alkyde (une sorte de résine), mais on ne s'en sert presque plus de nos jours parce qu'on a trouvé d'autres produits qui durent davantage. On ne marque plus la chaussée avec de l'alkyde que lorsqu'il faut faire des travaux tard à l'automne ou en hiver, quand la température extérieure ne permettrait pas aux autres types de peinture de sécher convenablement.

De nos jours, poursuit M. Boily, on utilise très principalement deux autres types de peinture. D'abord, quand le pavage est neuf, on y trace des lignes avec des produits à base d'époxy. C'est ce qui résiste le mieux aux intempéries et au trafic, «mais le problème, c'est que ça rétrécit en durcissant», indique le chimiste. Sur de l'asphalte usé et plein d'anfractuosités, ce rétrécissement fait décoller le produit - et on n'est alors guère plus avancé.

C'est pourquoi le MTQ utilise un autre type de peinture, à base d'eau celui-là, pour «rafraîchir» ses lignes. En plus de mieux sécher sur de l'asphalte usé, c'est diablement moins cher - autour de 250 à 300 $/km pour la base d'eau, contre 1200 à 2000 $/km pour l'époxy - et si c'est moins durable que l'époxy, les peintures à l'eau d'aujourd'hui demeurent plus résistantes que l'alkyde d'autrefois. «Alors oui, les recettes ont changé depuis 10 ans, mais du strict point de vue de la durabilité, elles se sont améliorées, dit M. Boily. Il y a 10 ans, environ 90 % des lignes de pavage étaient faites avec de l'alkyde, et c'était moins durable. [...] Historiquement, les meilleurs produits dans l'alkyde gardaient environ 55 % de leur présence [NDLR : Telle que jugée par trois évaluateurs et selon certaines normes] après le premier hiver. Pour les peintures à base d'eau d'aujourd'hui, on parle de 65 %.» Ces chiffres proviennent d'un banc d'essai que le MTQ possède dans les environs de Sherbrooke pour tester toutes ces peintures; M. Boily y travaille, d'ailleurs.

Mais il y a plus. Hormis la question des coûts et celle du rétrécissement au séchage, l'époxy laisse une couche sur l'asphalte qui est plus épaisse que la peinture à l'eau, ce qui la rend plus vulnérable à l'usure pendant les opérations de déneigement pendant l'hiver. Et nous touchons ici à une autre (grosse) partie de l'explication...

Ce qui donne sa brillance aux lignes blanches pendant la nuit, ce ne sont pas les pigments qu'on y met - ceux-ci ne déterminent que si la ligne est blanche ou jaune. Non, pour que les lignes nous «sautent aux yeux» pendant la nuit, il faut y ajouter un petit quelque chose : des microbilles de verre.

Chacune fait entre 0,3 et 0,6 millimètre de diamètre, et «elles sont ajoutées immédiatement après la peinture. Dans nos camions, environ une trentaine de centimètres après le fusil à peinture, il y en a un autre qui vient appliquer les microbilles. L'application se fait presque juste par gravité, on y met une légère pression, mais à peine», dit M. Boily. C'est que ces microbilles ne doivent être ni trop incrustées, ni trop peu, si l'on veut qu'elles renvoient la lumière des phares (en la teintant, bien sûr).

«Une peinture neuve, même à l'eau, ne perdra presque pas de sa brillance au cours de l'été, dit notre chimiste. Le passage des roues ne déloge presque pas de microbilles. Mais le problème au Québec, c'est le déneigement. On a fait le choix, et je pense que c'est le bon pour la sécurité, d'avoir un niveau de déneigement très élevé, mais en même temps, ça vient arracher les microbilles de la peinture. [...] C'est utopique de penser qu'au Québec, avec le niveau de déneigement qu'on a, les lignes vont garder une bonne rétroréflexion jusqu'au printemps.»

Ainsi, en présumant que nos «lignes blanches» sont bel et bien moins brillantes qu'avant, l'explication la plus plausible ne résiderait pas dans le choix de peintures bon marché, mais plutôt dans des normes de déneigement qui se sont resserrées au cours des dernières décennies.

***

Précision

Dans ma chronique de dimanche dernier (10 septembre), où l'on voyait pourquoi la vaisselle de plastique sèche plus lentement, j'ai écrit qu'un atome d'hélium n'avait pas beaucoup de manières différentes de «bouger» : seulement la direction dans laquelle il va et le fait de tourner sur lui-même. Or un lecteur autrement plus physicien que moi me signale que c'est une erreur. Un atome d'hélium est essentiellement un corps sphérique, et les lois de la mécanique quantique prévoient clairement qu'un tel corps ne peut tout simplement pas tourner - pour des raisons que j'aborderai peut-être un jour dans votre rubrique favorite, mais pas dans un bref erratum. Pour le reste, les explications et la conclusion de ma chronique étaient exactes. Mes excuses.




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