La prochaine glaciation n'est pas pour demain

Les océans de la planète sont «connectés» les... (Carte WikiCommons; Infographie Le Soleil)

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Les océans de la planète sont «connectés» les uns aux autres par une série de courants marins. Les courants de surface, toujours chauds, sont poussés par les vents. Quand leurs eaux se refroidissent suffisamment, elles s'enfoncent dans la mer pour se transformer en courants froids qui se déplacent en profondeur.

Carte WikiCommons; Infographie Le Soleil

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(Québec) «Que pensez-­vous de cette récente théorie qui veut que le réchauffement, en faisant fondre les glaciers, va refroidir les eaux des océans et modifier les courants marins pour, ultimement, induire une prochaine glaciation ? Il est difficile de nier le réchauffement, mais comment qui que ce soit peut prédire quelles en seront les conséquences dans le futur? Parfois, à trop prédire la fin du monde, on finit par produire l'effet contraire : les gens changent de poste, comme on dit», s'inquiète Michel Favreault.

Il existe un grand ensemble de courants nommé circulation thermohaline qui «connecte», pour ainsi dire, les eaux de tous les océans du monde. Une de ses composantes les plus célèbres est le fameux Gulf Stream, ce puissant courant qui part de la Floride et dont les eaux chaudes longent la côte américaine avant de bifurquer vers l'Europe - et de se transformer en «Dérive nord-atlantique», un autre courant chaud.

Maintenant, à mesure que ces masses d'eau chaude progressent vers le nord, elles se refroidissent au contact de l'air (qu'elles réchauffent) et des eaux plus froides de ces latitudes. Et éventuellement, elles atteignent la température de 4°C, à laquelle l'eau est à son plus dense. Cela les fait couler à de grandes profondeurs, ce qui se produit au sud et à l'est du Groenland. À partir de là, ces eaux très froides vont redescendre vers le sud, toujours en profondeur, jusqu'à l'Antarctique, et finiront par remonter à la surface en divers points du globe - voir la carte ci-haut.

Dans son dernier rapport, le Panel d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC, la plus grande autorité scientifique en la matière) n'avance rien de bien certain sur l'avenir de la circulation thermohaline. «Compte tenu de la courte durée de nos mesures directes de la circulation océanique, nous avons une très faible confiance de pouvoir distinguer des tendances sur plusieurs décennies à cause de la grande variabilité des courants d'une décennie à l'autre», conclut la section sur les courants marins.

Mais on craint tout de même que cette circulation s'affaiblisse à cause du réchauffement de la planète, ce qui aurait des conséquences locales considérables - l'Europe de l'Ouest, par exemple, s'en trouverait nettement refroidie. Sur quoi base-t-on cette inquiétude? Essentiellement, sur notre compréhension de la circulation thermohaline, dans laquelle on trouve un mécanisme qui pourrait bel et bien faire en sorte que le réchauffement ralentisse les courants mondiaux. Le noeud du problème, explique l'océanographe de l'Université McGill Eric Galbraith, «n'est pas que l'eau qui arrive des glaciers est froide, c'est qu'elle est douce. En plus de l'eau de fonte, les précipitations ont augmenté sur l'Atlantique Nord, et cela a diminué la salinité de l'eau.»

Or l'eau douce (1 g/cm3) a toujours été moins dense que l'eau de mer (1,025 g/cm3) à cause du sel qu'elle contient. Alors si l'eau autour du Groenland devient de moins en moins salée, et on a des résultats qui suggèrent que c'est le cas, cela signifie qu'elle perdra en densité et qu'elle aura de plus en plus de mal à couler vers le fond. Comme cette eau ne pourra évidemment pas s'accumuler indéfiniment entre le Groenland et l'Europe, il s'ensuit que la circulation thermohaline s'en trouvera affaiblie.

C'est du moins l'hypothèse la plus logique, a priori. Mais ça n'est pour l'instant vraiment rien de plus qu'une hypothèse, insiste M. Galbraith, pour deux raisons. D'abord parce que jusqu'à présent, les données ne montrent pas de tendances claires à long terme. Une série de bouées mesurent les courants entre la Floride et le nord de l'Afrique depuis 2004, dans le cadre d'un projet nommé RAPID/MOCHA, mais elles n'ont mis au jour aucun fléchissement de ces courants. En fait, elles ont surtout montré que leur force varie énormément, ayant fluctué entre environ 8 et 25 sverdrups (1 Sv = 1 million de m3/seconde, et si on m'avait dit que j'utiliserais cette unité, un jour, je ne l'aurais pas cru) en direction nord. Diverses autres mesures prises depuis les années 60 pointent dans la même direction et notons ici que, du point de vue de la science, cette grande variabilité naturelle agit un peu comme un (fort) bruit de fond qui masque les tendances à long terme.

Peut-être, quelque part dans l'avenir, qu'on finira par détecter un ralentissement des courants marins, mais, pour l'instant, on n'a pas grand-chose de concret.

Et le second point qui contribue à embrouiller le portrait, explique M. Galbraith, c'est l'immense complexité du climat et des courants marins. Par exemple, «le long de la côte américaine, le Gulf Stream n'est pas poussé par un gradient de salinité ou de température, c'est le vent qui le pousse. Peut-être que cette partie-là va faiblir dans le futur, je ne le sais pas. Mais c'est ici que cela devient très compliqué : les vents qui poussent le Gulf Stream sont eux-mêmes appelés à changer à cause du réchauffement planétaire. On pense qu'ils seront déviés un peu plus vers les pôles, si bien que même si la circulation thermohaline s'affaiblit, les vents vont porter le Gulf Stream plus vers le nord. Alors ça devient très difficile de prévoir exactement ce qui va arriver».

La seule chose dont on est positivement certain, en tout ceci, est que l'humanité rejette tellement de CO2 dans l'atmosphère qu'il est impossible que des changements dans la circulation marine provoquent une nouvelle glaciation, assure M. Galbraith.

Autres sources :

- Tim Osborn et Thomas Kleinen, «The Thermohaline Circulation», Information Sheets, Climate Research Unit, University of East Anglia, 2008, goo.gl/HkDArV

- Monica Rhein et al., «Observations : Ocean», Climate Change 2013 : The Physical Science Basis, IPCC, 2013, goo.gl/LDFrQ3




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