Peut-on «s'endurcir» le cerveau?

Sidney Crosby a raté 114 matchs depuis 2011... (Archives AP, Gene J. Puskar)

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Sidney Crosby a raté 114 matchs depuis 2011 à cause de commotions cérébrales.

Archives AP, Gene J. Puskar

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(Québec) «Récemment, le hockeyeur Sidney Crosby a été victime d'une commotion cérébrale, et on a même parlé d'une possible fin à sa carrière. Or on voit aussi des combats lors desquels les boxeurs reçoivent durant un seul round beaucoup de coups équivalents à ce que Crosby a reçu, mais cela ne semble pas mettre leur carrière en danger. Alors les joueurs de hockey ont-ils le cerveau plus fragile? Ou est-ce qu'on peut «s'endurcir» le cerveau en recevant des coups?» demande Pierre Gendron.

En fait, répond d'emblée Pierre Frémont, chercheur à la Faculté de médecine de l'Université Laval et président de la Collaboration canadienne sur les commotions cérébrales, tout indique que non seulement il n'est pas possible d'«endurcir» le cerveau contre les commotions, mais qu'«il y a beaucoup de données qui suggèrent qu'une faiblesse s'installe quand on enchaîne les commotions mal traitées, faiblesse qui fait qu'on finit par faire des commotions en s'accrochant l'épaule dans une porte, pour ainsi dire. Et si on les guérit bien une à la fois, on ne va pas devenir plus résistant, mais on n'accumulera probablement pas de faiblesse.»

En outre, il est faux de croire que les boxeurs ne souffrent pas plus que les hockeyeurs de leurs commotions. La principale différence entre les deux sports, de ce point de vue, c'est surtout qu'on entend très peu parler des boxeurs entre leurs combats, qui sont presque toujours séparés par des pauses de plusieurs mois. Par contraste, un hockeyeur vedette peut manquer plusieurs matchs à cause d'une commotion - 114 depuis 2011 dans le cas de Crosby - et les médias en parlent beaucoup plus.

Mais les boxeurs souffrent bel et bien des coups qu'ils reçoivent à la tête, et même plus que dans les sports de contact comme le hockey et le football. Environ 20 % des pugilistes professionnels finissent par développer une «encéphalopathie traumatique chronique» (ETC), une maladie dégénérative qui commence à apparaître 8 à 10 ans après la retraite (une autre raison pour laquelle on «voit» moins les symptômes des commotions chez les boxeurs) et qui mène à des démences précoces, des changements dans le comportement (irritabilité, jugement défaillant, suicide, etc.) et des problèmes moteurs, notamment. C'est énorme.

Preuve que les ETC sont bel et bien le résultat des coups à la tête, des études ont montré que les amateurs (dont la «carrière» se termine tôt) sont très peu touchés par ce problème, et que chez les pros, le risque augmente avec le nombre de K.-O. subis et chez ceux qui prennent leur retraite après 28 ans.

Ce n'est pas pour rien qu'un autre nom des ETC est la «démence du pugiliste»...

Il n'y a évidemment pas que la boxe qui peut mener à des encéphalopathies traumatiques chroniques. Des études récentes sur des footballeurs professionnels à la retraite ont obtenu des résultats assez troublants à cet égard, mais il semble que ce soit moins pire que pour les ex-boxeurs.

Autre source :

- Barry D. Jordan. Chronic Traumatic Brain Injury Associated with Boxing, Seminars in Neurology, vol. 20, no 2, 2000, goo.gl/e99WrP

***

Spécial agrile...

En cette semaine fatidique où l'on a appris que l'agrile du frêne, cette espèce envahissante qui tue les frênes d'Amérique du Nord, est arrivé à Québec, j'ai reçu beaucoup de courriels de gens qui me disaient avoir vu des tonnes d'agriles dans des tonnes d'endroits. J'en reproduis quelques-uns ici avec les commentaires d'un entomologiste du Centre de foresterie des Laurentides (Ressources naturelles Canada), Christian Hébert, qui a corédigé l'ouvrage Insectes des arbres du Québec, paru au printemps. Car il semble régner une certaine confusion sur ce qu'est (et n'est pas) l'agrile du frêne...

«Je ne comprends pas qu'on dise que l'agrile du frêne débarque à Québec. Il y a environ 15 ans, j'ai planté sur mon terrain, à Beauport, un magnifique jeune frêne. Après deux ans, il est devenu moribond. J'ai aperçu sur le tronc la présence de petits trous et un jour où j'ai vu le bout de quelque chose qui en dépassait. J'ai alors attrapé une larve, un spécimen bien dodu. J'ai fait quelques recherches, il s'agissait d'une larve d'agrile du frêne.»

En fait, dit M. Hébert, l'agrile du frêne n'était pas présent au Québec il y a 15 ans - et s'il l'avait été, on l'aurait détecté bien avant cette année car ses dommages seraient rapidement devenus immanquables. Et ce petit ravageur est très, très loin d'être le seul à percer des trous sur les frênes. Ce pourrait être un scolite, ou alors un longicorne - dont la larve est plus grosse, ce qui pourrait avoir donné l'impression à notre lecteur qu'elle était «dodue». Notons ici qu'en sortant de l'arbre, l'agrile laisse un trou en forme de «D» pointant vers le bas.

Et si l'on veut identifier une espèce d'insecte, mieux vaut le faire avec un adulte qu'avec une larve, conseille l'entomologiste. «Identifier des larves, ce n'est vraiment pas évident. [...] Dans la famille des buprestes, à laquelle l'agrile appartient, il y a 81 espèces au Québec et comme elles sont apparentées, leurs larves peuvent se ressembler beaucoup. Alors faut être prudent», dit-il.

«Nous, on en voit voler autour de nous depuis deux ou trois ans sur le boulevard Auclair.»

«L'agrile du frêne ne fait pas des nuées comme ça, précise M. Hébert. Et même si on voit voler des agriles, il y en a 30 espèces au Québec, alors ça pouvait être des agriles du peuplier ou du bouleau, qui sont des espèces indigènes.»

«En fin de semaine dernière, à Lac-Beauport, j'ai vu une trentaine de ces bestioles qui étaient sur le reste d'une souche de conifère, coupé quelques mois auparavant. Elles se gorgeaient de la sève de l'arbre.»

L'agrile du frêne ne se nourrit jamais de conifères, mais exclusivement du frêne, comme son nom l'indique, dit M. Hébert.

«Quand les gens voient des cas comme ça, poursuit-il, le meilleur conseil que je peux leur donner, c'est : ramassez des échantillons, gardez-les dans le congélateur et appelez les autorités. Il faut faire valider les identifications parce qu'il y a tellement d'insectes différents qui attaquent les arbres que ce n'est pas nécessairement des agriles qu'on voit.»




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