Le point sur les oméga-3

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Les bienfaits des oméga-3 sont plus contestés qu'avant, oui, mais les grandes organisations de santé cardiaque et les guides alimentaires nationaux continuent de recommander de manger deux ou trois repas de poisson ou de fruits de mer par semaine.

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(Québec) CHRONIQUE / «J'ai adoré votre article sur le saumon d'élevage [en janvier dernier], mais un passage m'a fait tiquer: celui où vous écrivez que les vertus des oméga-3 semblent de plus en plus contestées. Depuis un an, je prends ma gélule d'oméga-3 tous les matins en dégustant ma clémentine, et voilà que vous venez de jeter un doute dans ma recette miracle de longévité! J'aimerais bien que vous élaboriez un peu plus sur le sujet», demande Gervais Soucy, de Québec.

En 1971, une singulière petite étude danoise paraissait dans la prestigieuse revue médicale The Lancet et allait connaître de longues, longues suites. À l'époque, on savait déjà depuis un certain temps que les Inuits souffraient moins de problèmes cardiaques que les autres populations d'Occident, malgré le fait qu'ils mangeaient beaucoup de gras. Et cet article, qui avait examiné 130 Inuits du Groenland, avait trouvé que leur sang contenait beaucoup d'acides gras polyinsaturés (comme les oméga-3, qui figurent parmi les principaux), ce que l'on attribuait à leur diète traditionnelle riche en poissons et en mammifères marins. Notons par comparaison que plusieurs des piliers de la diète «occidentale», comme les produits laitiers, le poulet et le boeuf, contiennent beaucoup de gras saturés, qu'on a longtemps associés à des problèmes cardiaques.

À partir de là, de nombreuses autres études du même genre ont obtenu des résultats semblables au sujet d'autres régimes riches en poisson, comme la fameuse diète méditerranéenne et l'alimentation traditionnelle du Japon. Ajoutez à cela qu'on a identifié les mécanismes d'action de ces acides gras et la cause semblait catégoriquement entendue: les oméga-3 préviennent les maladies cardiaques.

L'industrie des suppléments alimentaires n'allait certainement pas manquer ce bateau-là et a mis en marché une longue, longue liste de pilules d'oméga-3, d'huiles de poisson, etc. Pour la recherche, il y avait d'ailleurs là une belle occasion: comme il est infiniment plus facile de demander à quelqu'un de prendre une pilule chaque jour que de changer sa diète durablement et de fond en comble, cela a permis de tester l'effet des oméga-3 plus rigoureusement qu'avant, quand on devait se contenter de comparer des populations entières - dont les différences étaient très loin de se limiter à la consommation de poisson.

Or justement, les essais cliniques randomisés (le nec plus ultra de la recherche médicale) qui ont testé les suppléments d'oméga-3 depuis 10 ou 15 ans n'ont en général trouvé aucun effet sur la mortalité causée par des problèmes cardiaques. Dans une revue de littérature récente, le ministère américain de la Santé a retracé pas moins de 61 essais cliniques qui ont comparé l'effet de suppléments d'oméga-3 et celui de placebos sur divers «résultats cliniques» comme le décès (toutes causes confondues), les infarctus (fatals ou non), etc. Et l'ensemble du texte est traversé d'expressions comme «preuve insuffisante», «différences non significatives» et «preuve d'absence d'effet [ou d'association]». Bref, ce que l'on voyait chez les Inuits, les Japonais et les Méditerranéens semble soudainement avoir disparu.

Maintenant, cela ne signifie pas forcément que notre lecteur doive jeter ses pilules à la poubelle et cesser de manger du poisson. Les bienfaits des oméga-3 sont plus contestés qu'avant, oui, mais les grandes organisations de santé cardiaque et les guides alimentaires nationaux continuent de recommander de manger deux ou trois repas de poisson ou de fruits de mer par semaine. Et il n'est certainement pas dit qu'ils ont tort.

Il peut y avoir des raisons qui expliquent pourquoi les essais cliniques trouvent si peu de qualités aux oméga-3. Il est possible, par exemple, que le corps n'ait besoin que d'une certaine quantité de ces acides gras et qu'une fois que ce seuil est atteint, en prendre plus ne confère pas d'avantage additionnel. Notons à cet égard qu'il existe d'autres sources d'oméga-3 que les produits de la mer, comme les huiles de lin, de canola et de soya, ainsi que les noix.

En outre, nous a dit récemment le chercheur Jean-Pierre Després, de l'Institut de cardiologie et de pneumologie de l'Université Laval, il se peut aussi que l'effet des oméga-3 soit pour ainsi dire enterré sous d'autres facteurs. La plupart des essais cliniques sur ces suppléments portent en effet sur des patients que l'on considère «à risque». Or justement, dit-il, «si vous voulez faire des essais cliniques avec des suppléments d'oméga-3 de nos jours, la marche est haute. Parce que le patient qui en a besoin est déjà sur une panoplie de médicaments très efficaces. [...] Penser que l'effet des oméga-3 va embarquer par-dessus tout ça, c'est peut-être en demander beaucoup».

Et de toute façon, ajoute-t-il, toutes ces histoires prouvent à leur manière que l'essentiel est sans doute ailleurs. «Ces suppléments-là ne tirent pas sur la bonne cible. Avant de fendre les cheveux en quatre pour essayer de trouver le bon supplément, il faudrait commencer par tout simplement manger un peu moins de cochonneries, et un peu plus de fruits et de légumes. [...] Ça ne veut pas dire d'arrêter complètement de manger du sucré et de frites. Ça veut dire qu'on peut faire un grand bout de chemin juste en en mangeant moins.»

Autres sources:

Agency for Healthcase Research and Quality, Evidence Report/Technology Assassment Number 223. Omega & #8722; 3 Fatty Acids and Cardiovascular Disease: An Updated Systematic Review, Department of Health, 2016, goo.gl/NF0n1K

National Center for Complementary and Integrative Health, Omega-3 Supplements: In Depth, NCCIH, 2015, goo.gl/Nuf8YS

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