Le gros cerveau des hommes des cavernes...

Les australopithèques comme la célèbre Lucy, dont l'espèce... (123rf/Juan Aunión)

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Les australopithèques comme la célèbre Lucy, dont l'espèce a vécu il y a entre trois et quatre millions d'années, avaient des boîtes crâniennes d'environ 450 à 500 cm3, soit à peu près comme les chimpanzés.

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(Québec) CHRONIQUE / «Au cours de l'été, j'ai regardé une émission sur TV5 qui s'intitulait Monuments éternels. On y décrivait entre autres la construction du Colisée de Rome qui a été et qui demeure une prouesse architecturale. Depuis, une question me revient constamment à l'esprit : notre cerveau a-t-il évolué beaucoup depuis les Égyptiens, les Romains et autres peuples de cette époque?» demande Michel Barras.

Il serait assez hasardeux de parler d'une «évolution» du cerveau humain depuis l'Antiquité. Ce n'est pas impossible, mais l'être humain «anatomiquement moderne», comme disent les anthropologues, est apparu il y a environ 200 000 ans et, à l'échelle de l'évolution des espèces, deux millénaires représentent une période extrêmement courte. Alors, il faudrait une pression de sélection exceptionnelle et appliquée à toute l'humanité pour que les gènes qui régissent la forme et la taille du crâne - ainsi que, peut-être, l'intelligence - évoluent dans un sens particulier.

En outre, la qualité de l'alimentation d'un groupe de gens à une certaine époque peut faire une énorme différence sur la taille des squelettes et des crânes qu'ils laissent derrière eux - mais cela ne compterait pas vraiment pour une «évolution» au sens fort, biologique et génétique, du terme.

Ces avertissements étant lancés, cependant, on peut tout de même noter une ou deux tendances qui semblent se dégager des données archéologiques, mais il faut, pour la voir, remonter plus loin que l'époque du Colisée de Rome. Et autant vous le dire tout de suite, certaines de ces tendances sont, a priori, un peu troublantes...

Depuis que la lignée humaine s'est séparée du reste des primates, il y a environ six millions d'années, notre volume crânien s'est constamment accru. Les australopithèques comme la célèbre Lucy, dont l'espèce a vécu il y a entre trois et quatre millions d'années, avaient des boîtes crâniennes d'environ 450 à 500 cm3 - comme les chimpanzés, grosso modo. Chez nos ancêtres d'il y a environ 2,5 millions d'années, le volume du cerveau atteignait 750 cm3 et, chez les hommes de Cro-Magnon, qui ont vécu en Europe il y a environ 25 000 ans, le volume crânien tournait autour de 1500 à 1590 cm3, selon le sexe.

Or cette tendance s'est non seulement arrêtée, mais elle semble s'être carrément renversée depuis 10 à 12 000 ans. Les femmes de Cro-Magnon, par exemple, avaient des cervelles de 1502 cm3 en moyenne, alors que les Européennes d'aujourd'hui ne sont qu'à 1241 cm3. «L'ampleur de ce recul est remarquable : [...] 240 cm3 en 10 000 ans, c'est 36 fois plus rapide que le rythme d'augmentation du cerveau des derniers 800 000 ans», illustrait il y a quelques années le paléoanthropologue John Hawks, de l'Université du Wisconsin, sur son blogue.

Il est bien possible qu'une partie de la différence s'explique par la transition d'un mode de vie de chasseur-cueilleur vers l'agriculture. Dans une étude parue l'an dernier, des chercheurs ont pris une série de mesures sur des crânes déterrés en Nubie, un royaume qui se trouvait juste au sud de l'Égypte ancienne (Soudan actuel). Et il est apparu que les plus anciens, qui remontaient à une époque où les Nubiens étaient des chasseurs-cueilleurs (11 000 ans av. J.-C.), avaient une capacité crânienne plus grande que leurs descendants, qui étaient devenus éleveurs (vers 3000 av. J.-C.), puis fermiers (vers - 2000). Chez ceux-ci, la mâchoire, l'os de la joue et le visage sont aussi devenus moins robustes, possiblement un signe que leur nourriture était plus transformée et plus facile à mastiquer que celle de leurs ancêtres chasseurs.

Il est évident que ce rétrécissement du crâne ne signifie pas que nous sommes moins intelligents que nos ancêtres Cro-Magnon - après tout, la femme moderne a une plus petite tête que l'homme (1240 cm3 vs 1400), mais n'en est pas moins brillante. Mais ses origines sont bien intrigantes...

Tout a rapetissé

Certains chercheurs font valoir qu'au cours des 30 000 dernières années, c'est toute l'anatomie humaine qui a rapetissé : nous sommes moins grands et moins robustes que Cro-Magnon. Peut-être est-ce le résultat de ce que nos ancêtres ont fini par délaisser certaines chasses risquées, comme l'embuscade au gros gibier avec des épieux, pour adopter des projectiles qui ont une meilleure portée. Peut-être aussi que les premiers agriculteurs étaient moins bien nourris que les chasseurs-cueilleurs : le plus clair de la perte de taille, dans les squelettes d'un peu partout dans le monde, s'est d'ailleurs produit au cours des 3000 dernières années. Mais quoi qu'il en soit, le fait que la caboche ait suivi le même chemin que le reste du corps n'en serait donc qu'un épiphénomène sans grande conséquence.

Cependant, M. Hawks n'est pas convaincu. Le déclin de notre volume crânien a été beaucoup plus rapide que celui du reste du corps, fait-il valoir, si bien qu'il nous manquerait une partie de l'explication. Il est possible que le passage à l'agriculture, avec ses déficiences alimentaires, ait rapetissé préférentiellement nos têtes puisque le cerveau est, de loin, l'organe le plus énergivore du corps humain (20 % de la dépense énergétique pour seulement 2 % du poids corporel). Il se pourrait aussi qu'un cerveau plus compact ait des bons côtés (des connexions nerveuses plus courtes, par exemple) qui le feraient mieux fonctionner. Compte tenu des énormes changements sociaux et écologiques qu'a traversés l'humanité depuis 30 000 ans, les individus à la cervelle plus compacte auraient pu être avantagés, avoir de meilleures chances de survie et de reproduction, etc. 

Mais pour l'instant, ce ne sont là que des hypothèses. Histoire à suivre, donc...

Sources :

Dennis O'Neil. Early Modern Homo Sapiens, Evolution of Modern Humans, Palomar College, 2013. goo.gl/3YiV

John Hawks. Selection for Smaller Brains in Holocene Human Evolution, John Hawks weblog, 2011. goo.gl/anXuJf

Manon Galland et coll. 11 000 Years of Craniofacial and Mandibular Variation in Lower Nubia, Scientific Reports, 2016. goo.gl/Y3OxyP

Maciej Henneberg. The Rate of Human Morphological Microevolution and Taxonomic Diversity of Hominids, Studies in Historical Anthropology, 2006. goo.gl/nUwtp

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