Les «obstineux» compulsifs

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On en connaît tous, des comme ça. Dites-leur «blanc», ils vous répondront «noir» - ou mieux encore, que vous vous êtes trompé de sorte de blanc!

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CHRONIQUE / «J'aimerais qu'on m'explique pourquoi certaines personnes se sentent toujours obligées de contredire les autres, même dans des discussions les plus anodines. Un simple échange sur un sujet quelconque devient une guerre de mots. Ces gens-là ne semblent concentrés que sur eux-mêmes, affichent beaucoup de dédain et dévaluent constamment les autres. Par affaires, je dois fréquenter deux de ces personnes. Dites-moi quel est leur problème parce que je suis à bout de patience!» demande Annette Beaulieu, de Québec.

On en connaît tous, des comme ça. Dites-leur «blanc», ils vous répondront «noir» - ou mieux encore, que vous vous êtes trompé de sorte de blanc! De l'avenir de la nation jusqu'à la bonne manière de se servir un verre d'eau, rien, malheureusement, n'échappe à leur esprit infaillible. Et rien ne les empêchera de vous instruire sur la bonne façon de voter ou d'éviter de faire des dégâts.

D'un point de vue anthropologique et sociologique, le temps de parole est une forme de «propriété» que l'on peut normalement choisir de se partager plus ou moins équitablement ou «qu'on peut décider de conquérir, par le charme ou par la force», explique Sébastien Bouchard, psychologue-clinicien de Québec spécialisé dans les troubles de la personnalité.

Comme les autres formes de partage, celle-là s'apprend - habituellement - sans problème. Mais c'est aussi un talent qui, comme les autres, n'est ni uniformément distribué, ni également développé chez tout le monde. Si bien que, pour diverses raisons, certains contractent cette délicieuse manie d'avoir raison sur tout, doublée d'une incapacité à garder la bonne nouvelle pour eux, parfois triplée d'une tendance à «instruire» en empiétant sur la parole d'autrui, explique M. Bouchard.

«Ça peut être développemental, dit-il. Tous les enfants apprennent tôt ou tard que, par respect, il faut attendre son tour de parole ou parfois céder la parole aux autres. Mais ça prend des adultes matures et bienveillants en position d'autorité pour le montrer au petit cerveau impulsif, qui est naturellement centré sur lui.»

Chez d'autres, ça peut venir d'un biais culturel - par exemple, un homme qui aurait grandi dans une culture ou une famille «macho» peut avoir tendance à interrompre ou reprendre les femmes constamment pendant les réunions - ou d'une impulsivité, de la difficulté qu'ont certaines personnes à contenir leurs élans. «Par exemple, les gens qui ont un déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité vont avoir de la misère à ne pas couper la parole des autres. Ils savent que ça tombe sur les nerfs, mais ils perdent le contrôle sur leur excitation mentale et s'échappent», explique M. Bouchard.

Enfin, troisième possibilité, l'«obstinage» systématique peut aussi provenir d'une personnalité particulière - ou même d'un «trouble de la personnalité», c'est-à-dire de traits de personnalité exacerbés qui nuisent aux relations sociales. «Il y a des gens qui ont cette façon-là d'être en relation avec les autres, de structurer la relation et d'occuper tout le temps de parole. [...] Ce sont des gens qui imposent leur agenda, leur temps de parole, qui ne partagent pas. Ça peut être du narcissisme : on se doute que Donald Trump, par exemple, quand il entre dans une pièce, ne s'assoit pas calmement pour écouter les autres avec empathie. Il va sans doute occuper le terrain de façon abrasive ou charmeuse, parce que certains ont du charme. Ça peut aussi venir d'une personnalité rigide, de gens qui ne peuvent pas s'empêcher d'exercer un contrôle étroit sur leur environnement, pour que ça se passe comme ils veulent, au rythme où ils veulent», dit notre expert.

Maintenant, poursuit-il, s'il est toujours désagréable d'avoir affaire à ce genre d'énergumène, cela peut devenir grave quand l'irrespect et même le dédain reviennent constamment et s'étirent sur des mois, voire des années. L'incivilité continuelle peut user psychologiquement, miner l'estime de soi et mener à la dépression, au burn-out ou aux symptômes anxieux. Il importe d'agir avant de se rendre là, avertit M. Bouchard, en commençant par les stratégies les moins agressives - s'assurer d'avoir des gens qui nous estiment autour de soi, se dire que l'«obstineux» nous cible peut-être parce qu'il nous envie, au besoin en appeler au groupe ou au patron, car le harcèlement est illégal. «Il ne faut pas laisser ça prendre trop de place dans notre monde interne jusqu'à ce qu'on craque, qu'on sombre dans la dépression, ou qu'on fasse un fou de soi-même en délestant d'un coup toute l'agressivité accumulée», dit-il.

Enfin, il faut aussi garder en tête que cette manie d'argumenter - lorsqu'elle reste dans les limites du savoir-vivre et du respect - peut être constructive, malgré ses désagréments. Des études ont montré que ces gens-là sont généralement meilleurs que la moyenne pour voir les deux côtés de la médaille, du moins lorsqu'ils n'ont pas de préférence préalable forte dans le thème débattu.

Autre source: Cynthia McPherson Frantz, «Are Argumentative People Better or Worse at Seeing Both Sides?», Journal of Social and Personal Relationships, 2003

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