La valse des saisons perturbée

Selon le consortium Ouranos, les températures ont augmenté... (Photothèque Le Soleil)

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Selon le consortium Ouranos, les températures ont augmenté davantage l'hiver que les autres saisons. Ceci est dû aux couverts de glace marine qui ont reculé et qui durent moins longtemps.

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(Québec) «Depuis quelques années, les saisons semblent s'être décalées au Québec. L'été se termine plus tard, l'hiver et le printemps débutent plus tard. À quoi cela est-il dû? J'ai lu que l'axe de rotation de la Terre avait changé en raison de la fonte des glaces aux pôles, celle-ci due au changement climatique. Je me demande si ça explique en partie ce qui se passe», demande Lise Sylvain, de Deschambault-Grondines.

Il y a effectivement eu, ces dernières années, quelques articles scientifiques montrant que la fonte des glaces semble bien avoir eu un (infime) effet sur l'axe de rotation terrestre. Cette fonte, comme on l'a vu dans cette rubrique il y a quelques semaines, liquéfie environ 250 à 300milliards de tonnes de glace par année au Groenland, et autour de 100 milliards de tonnes par année en Antarctique - encore que, dans ce dernier cas, il n'est pas clair si ces pertes ne sont pas compensées par ailleurs. Quoi qu'il en soit, cela redistribue d'énormes masses à la surface de la Terre, ce qui peut changer son axe de rotation.

Celui-ci n'a jamais été fixe, remarquez bien: son inclinaison varie entre 22,1° et 24,5° sur un cycle de 41 000 ans, et il vacille aussi, à la manière d'une toupie sur le point de tomber, complétant un cercle tous les 26 000 ans. En plus de ces cycles longs, la dérive des continents change aussi l'axe de rotation terrestre parce qu'elle redistribue petit à petit d'énormes masses autour du globe.

Mais dans tous les cas, on parle ici de changements infinitésimaux, faisant bouger les pôles de cinq à dix centimètres par année. Pour la comparaison, notons qu'un glissement d'un degré dans l'inclinaison de la planète décale les pôles de plus de 110 kilomètres. Alors, les changements dans les saisons - ou plus précisément, les températures, puisque les saisons sont définies par des processus astronomiques qui ne bougent pas - qu'a constatés notre lectrice ne peuvent tout simplement pas s'expliquer de cette manière.

Or, ces changements n'en sont pas moins réels. C'est simplement le réchauffement planétaire qui est en cause, ici. D'après les données historiques d'Environnement Canada, au tournant du XXe siècle (entre 1895 et 1915), la température moyenne en septembre à Québec était de 13,07 °C. Cent ans plus tard (1995-2015), elle est de 14,01 °C. Ce réchauffement de 1°C correspond grosso modo à ce qui a été constaté dans tout le sud du Québec depuis les années 50. La différence peut sembler bien mince, mais elle équivaut à prendre le climat de Trois-Rivières et le transporter à Québec - ou encore à ajouter environ 10 jours de croissance des plantes par année.

Alors, il est manifeste que les températures que l'on juge «estivales» s'étirent de plus en plus loin en septembre. Et l'on peut aussi avoir l'impression que l'hiver commence de plus en plus tard, car dans l'ensemble les températures «ont plus augmenté en hiver que pour les autres saisons», ajoute Dominique Paquin, climatologue au consortium scientifique Ouranos, parce que les couverts de glace marine ont reculé et durent moins longtemps. Comme ces couverts de glace réfléchissent vers l'espace une grande partie du rayonnement solaire et qu'ils laissent de plus en plus la place à de l'eau (qui absorbe à peu près toute l'énergie du soleil), leur recul fait une grosse différence sur les températures hivernales.

Cependant, précise MmePaquin, il faut bien comprendre que ce «décalage» n'en est pas vraiment un, au sens où la fin de la saison froide n'est pas retardée - au contraire, les températures printanières arrivent de plus en plus tôt, ce qui va de soi si tout se réchauffe. Pour les mois de mars, avril et mai, le réchauffement moyen a été de plus de deuxdegrés sur le sud du Québec entre 1950 et 2011, selon le document Synthèse 2015 - La science du climat scrutée à la loupe, d'Ouranos. Alors, ce n'est pas vraiment un décalage, à proprement parler, qui survient ici, mais plutôt une saison, l'hiver, qui raccourcit par les deux bouts.

Notre lectrice n'est toutefois pas la seule à avoir l'impression que l'hiver se traîne les pieds de plus en plus tard au printemps. Votre humble serviteur a interviewé des apiculteurs, récemment, qui la partageaient également: les printemps, se plaignaient-ils, sont plus frais et humides qu'avant, ce qui est mauvais pour les abeilles. Alors, alors...

Du strict point de vue des températures, comme on vient de le voir, ce n'est pas vrai. Mais il y a une autre tendance qui, peut-être, pourrait expliquer cette impression qui semble assez répandue: il pleut davantage au printemps. Toujours d'après les études d'Ouranos, il tombe en moyenne environ 20 % de plus de précipitations sur le sud du Québec qu'il y a 60 ans lors des mois de mars, d'avril et de mai - encore que cette tendance n'est pas statistiquement significative partout, notons-le.

Alors, c'est une hypothèse, et vraiment rien d'autre que cela, mais peut-être que cette pluie plus fréquente au printemps peut donner l'impression que la fin de l'hiver s'étire. Peut-être...

Autres sources:

- Richard A. Lovett, «Polars wander linked to climate change», Nature News & Comments, 2013, goo.gl/mVjZR1

- J.L. Chen et al., «Rapid ice melting drives Earth's pole to the east», Geophysical Research Letters, 2013, goo.gl/vfUvbE

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