Le fabuleux destin d'une flatulence

Nous produisons quotidiennement environ 700 ml de pets.... (123RF/Ion Chiosea)

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Nous produisons quotidiennement environ 700 ml de pets.

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(Québec) CHRONIQUE / «Je travaille comme préposé à l'entretien de bâtiment [un concierge spécialisé dans mille et une petites réparations]. Il m'arrive fréquemment d'être confronté à des odeurs de toutes sortes, allant des pets jusqu'aux fleurs en passant par les relents d'oignon, etc. Et je me demandais: où est-ce qu'elles vont, toutes ces odeurs? Est-ce qu'on parle de gaz pour toutes les odeurs? Passent-elles sous le balais ou à travers les filtres de l'aspirateur?» demande Benoît Moreault, de Rimouski.

Les odeurs sont habituellement des composés dits volatils, c'est-à-dire qui s'évaporent facilement. Elles sont donc souvent des gaz, oui, mais pas toujours - ce peut être de petites particules de solides ou de poussières soulevées par un courant d'air qui activent des récepteurs situés dans le nez. Hormis le phénomène d'habituation, par lequel le nez se désensibilise à une odeur par ailleurs persistante, les senteurs finissent toutes par disparaître d'une manière ou d'une autre, qui varie selon le composé et les circonstances.

Comme nous ne pouvons pas passer sur tous les cas de figure possibles en un seul texte, nous nous concentrerons sur celui des flatulences. Oui enfin, bon... C'est parce que c'est un des exemples que donne notre lecteur et, peut-être surtout, parce que les enfants de votre chroniqueur favori sont encore trop jeunes pour savoir lire, à part son plus vieux qui commence. Ceci est donc une des dernières occasions où, avec un peu de chance, l'auteur de ces lignes pourra aborder ce sujet ici sans déclencher chez lui un concert de rires déplacés et sans en entendre parler pendant des semaines.

Merci de votre compréhension.

Alors, le pet humain... Contrairement à ce que l'on pourrait croire, nos flatulences sont composées, dans des proportions écrasantes, de gaz qui n'ont aucune odeur, ou si peu. Une étude publiée dans les années 90 sur dix volontaires en santé a trouvé que nous produisons quotidiennement environ 700 ml de pets par jour, dont le plus clair est composé d'hydrogène (360 ml/j, produit par des bactéries intestinales), d'azote (210 ml/j, principal gaz de l'atmosphère, «avalé» en respirant), et de gaz carbonique (70 ml/j) - encore que les volumes et la composition varient beaucoup d'un individu à l'autre, notons-le.

Sur un pet moyen qui, selon une autre étude du même acabit, contient un total d'environ 100 ml de gaz, les effluves malodorants (qui contiennent toutes des atomes de soufre) représentent environ 0,004 ml seulement. Le principal est, de loin, le sulfure d'hydrogène (H2S), un gaz qui a une odeur d'oeufs pourris, et accessoirement (entre autres) le méthanethiol (CH3SH), un autre gaz qui fleure la décomposition et qui explique d'ailleurs en partie les effluves nauséabonds qui se dégagent de certaines usines de pâtes et papiers.

Diluer les gaz

Maintenant, la première chose qui arrive à ces gaz lorsqu'ils «sortent» est, bien évidemment, qu'ils commencent à se mélanger à l'air ambiant, ce qui les dilue petit à petit jusqu'à ce qu'ils atteignent une concentration où le nez humain n'est plus capable de les détecter. Il s'agit là de seuils très faibles, cependant, puisque le nez humain, pourtant pas particulièrement performant, parvient à déceler 0,1 partie par millions (ppm) de sulfure d'hydrogène dans l'air et 0,002 ppm de méthanéthiol, si bien que nous avons amplement le temps de sentir nos ventosités intestinales avant qu'elles ne se dissipent.

La densité des odeurs peut également influer sur leur devenir. Si elle est plus faible que l'air, le composé s'élèvera - mais le H2S et le CH3SH sont 7,8 et 1,7 fois plus denses que l'air respectivement, donc ils ont pour leur part plutôt tendance à se concentrer au sol, pour peu que l'air ne bouge pas trop.

À plus long terme, après que les odeurs se soient suffisamment dissipées pour que nos narines ne les repèrent plus, elles finissent toujours par se transformer chimiquement, leurs molécules étant brisées par les rayons ultraviolets ou réagissant avec d'autres composés. Dans l'air, le dioxyde de soufre commence par réagir avec l'oxygène et des radicaux hydroxyle (OH-, soit essentiellement des «morceaux» de molécules d'eau qui ont été brisés par divers mécanismes) pour se transformer, éventuellement, en sulfates (SO42-) et en oxyde de soufre (SO2) - formes sous lesquelles le soufre ne sent pas nécessairement moins mauvais, mais bon. «Le temps de résidence dans l'atmosphère du sulfure d'hydrogène est typiquement de moins d'une journée, mais [comme il varie selon divers facteurs, dont la température] il peut atteindre jusqu'à 42 jours en hiver», lit-on dans un document de l'Organisation mondiale de la santé.

Le méthanéthiol subit un sort semblable dans l'air, lui aussi souvent dans des délais de quelques heures, mais ses sous-produits ne sont pas tous les mêmes - le carbone, par exemple, finira éventuellement en CO2.

Enfin, notons que les filtres des balayeuses peuvent sans doute, selon leur qualité, retenir une partie plus ou moins grande des molécules responsables des odeurs, mais que c'est surtout en retirant la source de l'odeur qu'ils agissent.

Sources:

- J. Tomlin et coll. «Investigation of normal flatus production in healthy volunteers», Gut, 1991, https://goo.gl/5GWvU0

- F.L. Suarez et al., «Identification of gases responsible for the odour of human flatus and evaluation of a device purported to reduce this odour», Gut, 1998, https://goo.gl/3MNt37

- C.H. Sélène et coll., «Hydrogen Sulfide : Human Health Aspects», Concise International Chemical Assessment Document 53, OMS, 2003, https://goo.gl/rmjG3d

- National Center for Biotechnology Information. «Methanethiol», PubChem Compound Database, NCBI, 2016, https://goo.gl/NTOAnh

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