Deux degrés (mais des gros)

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La Terre a déjà gagné 1,3 °C au cours du XXe siècle seulement.

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(Québec) CHRONIQUE / «Je suis loin d'être climato-sceptique, mais j'arrive difficilement à comprendre qu'une augmentation de seulement 1 °C, sur 10 ans mettons, soit le signe d'un réchauffement important et dramatique. Qu'il s'agisse de l'écart entre 18 °C et 19 °C par un beau soir d'été, ou bien entre -12 et -11 °C degrés par un matin d'hiver, la différence ne me semble pas bien grande. En quoi est-ce si dramatique?» nous écrit Mario Bélanger, de Rimouski.

S'il est difficile de se figurer en quoi une hausse de 1 °C des températures moyennes peut bien constituer un cataclysme, c'est simplement parce que... ça n'en est pas un. De manière générale, c'est plutôt sous les 2 °C (par rapport à l'époque préindustrielle) que l'on tente de contenir le réchauffement de la planète - encore que la cible de 1,5 °C est aussi apparue l'an dernier, lors des pourparlers de Paris. Il s'agit là des seuils en deçà desquels on prévoit que les conséquences des changements climatiques seront «gérables».

Cela dit, il y a plusieurs petites choses à ajouter. Et des moins petites aussi...

D'abord, la Terre a déjà gagné 1,3 °C au cours du XXe siècle seulement. Cela peut certainement paraître bien mince mais, pour donner un ordre de grandeur, mentionnons qu'au cours des derniers 800 000 ans, lorsque le climat sortait d'une période glaciaire, la température moyenne du globe s'élevait graduellement de 4 à 7 °C sur... environ 5000 ans. Alors le réchauffement actuel a beau ne pas (encore) avoir atteint des niveaux «dramatiques», le rythme auquel il se produit est clairement un motif raisonnable d'inquiétude. C'est beaucoup, beaucoup plus rapide que les changements provoqués par les cycles naturels de la Terre - les «cycles de Milankovitch» dont on a déjà parlé ici, soit essentiellement de légères modifications de l'orbite terrestre.

Et c'est d'autant plus alarmant qu'il y a longtemps que nous sommes sortis de la dernière glaciation, qui a atteint son paroxysme il y a 20 000 ans, et que les températures terrestres sont déjà au maximum de leur cycle naturel.

De plus, le consortium Ouranos prévoit qu'en 2100, le sud du Québec ne sera pas plus chaud de 1 °C, mais bien de 2 à 4 °C par rapport à l'ère préindustrielle, selon des scénarios modérément optimistes. Et non, cela ne signifiera pas simplement qu'il fera 22 °C au lieu de 18 °C les nuits d'été, et -8 au lieu de -12 °C en février. On parle ici de moyennes climatiques, d'un changement beaucoup plus fondamental que le temps qu'il fait une journée donnée. Et pour bien le comprendre, il faut savoir deux choses.

La première, c'est que si l'on partait de Québec et que l'on descendait vers le sud jusqu'à ce que l'on arrive dans un secteur où la température moyenne annuelle est de 4 °C supérieure à celle d'ici, on se rendrait jusqu'à Portland, dans le sud du Maine. Si l'on faisait le même exercice en partant de Montréal, on se rendrait dans des endroits comme Boston et Hartford. Et en tenant compte de l'éloignement relatif de la mer, on parle d'un climat semblable à celui de la Pennsylvanie, prévoit Ouranos.

Certes, ces régions ne sont pas exactement des destinations tropicales, mais leurs climats sont sensiblement différents de celui que nous avons présentement dans le sud du Québec. Si ces villes américaines reçoivent toutes de bonnes bordées de neige en hiver, il faut réaliser que ce sont aussi des endroits où les maximums moyens en janvier et février tournent autour de -1 à +2. Alors imaginez le changement que cela représente(ra) par rapport à nos hivers actuels : lors des mois les plus froids, il y aurait dégel à peu près une journée sur deux... On veut bien croire que la saison froide de la Nouvelle-Angleterre «compte» pour un hiver en bonne et due forme, mais cela illustre à quel point un réchauffement de 4 °C, malgré des apparences bien anodines, peut transformer un climat.

Des changements plus grands

La deuxième chose qu'il faut garder en tête est qu'une petite hausse de moyenne peut cacher des changements beaucoup plus grands dans les extrêmes. Les températures journalières sont en effet réparties sur ce que l'on appelle, en statistique, une courbe normale. Sur cette courbe, la température la plus fréquente se trouve au centre (comme la moyenne, d'ailleurs). Les températures plus froides et plus chaudes se répartissent de part et d'autre, mais se raréfient à mesure qu'elles s'éloignent de la moyenne. Jusqu'à arriver aux extrêmes, qui n'arrivent presque jamais. Comme le montre le graphique ci-contre, cela donne une courbe qui a une forme de cloche - les anglophones l'appellent d'ailleurs bell curve.

Maintenant, l'important est de noter qu'entre le sommet et les extrêmes se trouve une zone où la pente est assez abrupte. Si la température moyenne augmente, c'est toute la courbe qui se déplace. Et pour peu que le réchauffement soit assez important (ce qui est amplement le cas pour les 4 °C anticipés dans le sud du Québec), alors certains «extrêmes» de chaleur, comme des journées à 32 °C ou 35 °C en été, quitteront des franges de la courbe pour entrer dans la zone «abrupte». Ce qui signifie que leur fréquence sera multipliée bien au-delà de ce qu'un accroissement des moyennes en apparence petit de 2 à 4 °C pourrait laisser entrevoir.

C'est d'ailleurs cela qui explique pourquoi les maximums moyens, en hiver, sont si élevés en Nouvelle-Angleterre, même si les températures moyennes ne semblent pas si différentes, à première vue.

Ainsi, une étude publiée en 2013 a calculé que les vagues de chaleur - soit 5 jours à des températures supérieures au 90e percentile actuel - devraient être de 40 à 70 % plus fréquentes, selon le scénario retenu, et que leur durée s'allongera.

Sources :

- Hélène Côté, Travis Logan et Isabelle Charron, «Partie 1 : Évolution climatique du Québec», Vers l'adaptation : synthèse des connaissances sur les changements climatiques au Québec, édition 2015. Ouranos, 2016, https://goo.gl/gyxBgp

- J. Sillmann et coll., «Climate extremes indices in the CMIP5 multimodel ensemble : Part 2. Future climate projections», Journal of Geophysical Research : Atmospheres, 2013, http://goo.gl/AqSAFr

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