Erreur sur la personne

Il est possible de porter deux génomes différents... (123RF/luchschen)

Agrandir

Il est possible de porter deux génomes différents après une transfusion sanguine. C'est même inévitable, même si on ne reçoit somme toute qu'assez peu d'ADN du donneur.

123RF/luchschen

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) «J'ai vu une chose qui me semble étrange en regardant une émission policière. Il y était question de traces de sang dont les enquêteurs avaient fait analyser l'ADN, mais à leur surprise, il ne correspondait pas à celui de leur suspect principal, qui leur avait fourni un échantillon de sang. Les enquêteurs ont dû soumettre leur homme à un deuxième test génétique, buccal cette fois, qui a prouvé qu'il était bel et bien le meurtrier. L'explication: l'homme recevait des transfusions sanguines, donc les tests ont lu l'ADN du donneur de sang, et non celui du suspect, tandis que l'ADN du test buccal ne pouvait que provenir de lui. Mais je me demande: est-ce possible ou vraisemblable qu'un individu ait deux sortes d'ADN, l'une corporelle et l'autre sanguine, en raison des transfusions sanguines régulières? Et si on a subi une transfusion complète à la naissance (ce qui est mon cas), garde-t-on des traces d'ADN du donneur?», demande Craig Chatfield, de Québec.

Oui, il est possible de porter deux génomes différents après une transfusion sanguine. En fait, c'est pratiquement inévitable, même si on ne reçoit somme toute qu'assez peu d'ADN du donneur.

Ce n'est habituellement pas du sang complet qui nous est transfusé, car les dons qui arrivent dans les banques sont séparés en trois parties, soit les globules rouges (principales composantes du sang, responsables du transport de l'oxygène), les plaquettes (qui font coaguler le sang en cas de blessure) et le plasma (le mélange d'eau et de toutes sortes d'autres choses, comme des électrolytes et des nutriments, dans lequel flottent les globules et les plaquettes).

Le matériel génétique est conservé dans le noyau de nos cellules. Or les globules rouges et les plaquettes sont essentiellement d'anciennes cellules qui ont perdu leur noyau. Il n'y a donc en principe pas d'ADN dans ces parties du sang, mais il y a toujours du matériel génétique dit «flottant» dans le plasma. Comme les différentes parties du sang ne sont pas séparées de façon parfaitement pure, les transfusions «contiennent certainement de l'ADN du donneur en quantité plus ou moins faible, mais qui peuvent en théorie générer des signaux lors des analyses d'empreintes génétiques et nuire à la qualité de l'analyse», nous dit François Rousseau, généticien à l'hôpital Saint-François d'Assise.

Donc oui, toute transfusion sanguine implique un transfert de gènes. Cela dit, cependant, nos tests génétiques sont plus difficiles à berner que cela, font remarquer Yvan Côté et Amarjid Chahal, qui travaillent tous deux pour un laboratoire montréalais de la compagnie Dynacare, qui fait des tests génétiques en tout genre - y compris dans le domaine judiciaire.

D'abord, signale M. Chahal, «nous faisons tous nos tests par frottis buccal [ce qui donne des cellules vivantes et n'est aucunement influencé par le sang], alors les transfusions ne sont pas vraiment un problème». Ensuite, ajoute-t-il, pour les rares tests génétiques faits sur du sang, «l'AABB [Association américaine des banques de sang, qui accrédite des labos pour la qualité des tests génétiques] nous demande d'attendre au moins trois mois après la dernière transfusion».

Et un trimestre entier, c'est amplement suffisant pour effacer toute trace du donneur, car les traces d'ADN «étranger» ne persistent généralement pas au-delà de deux ou trois jours, dit M. Chahal, ce qui répond au passage à la seconde question de notre lecteur. La barre des trois mois sert simplement à éliminer tout doute possible.

Maintenant, qu'arriverait-il si, par exemple, le seul échantillon sur lequel faire une analyse était le sang d'un transfusé récent? Essentiellement, rien : les tests montreraient immédiatement que le sang contient les gènes de deux personnes différentes, et l'on saurait qu'il y a un problème.

«Recettes» pour les gènes

Comme on l'a déjà vu dans cette rubrique, les gènes sont des «recettes de protéines», qui comme la plupart des recettes, peuvent venir en plusieurs versions. Dans bien des cas, plusieurs versions d'un même gène (on parle alors d'allèles) peuvent exister sans que cela ait d'autres conséquences que, par exemple, de changer la couleur des yeux, d'avoir les cheveux bouclés ou non, etc. Mais d'autres protéines ou bouts de protéines jouent des rôles plus vitaux et doivent absolument avoir une composition très exacte, faute de quoi l'organisme ne peut pas vivre.

Cela signifie que, d'un individu à l'autre, ces séquences génétiques sont invariables, identiques. Les tests d'identité génétique s'en servent donc comme «points de repère»: on cible deux séquences invariables, puis on «lit» ce qu'il y a entre les deux. On s'assure ainsi de comparer 1) les mêmes régions du génome et 2) du matériel génétique qui varie d'un individu à l'autre. Et en lisant plusieurs endroits du génome de cette manière, on peut identifier quelqu'un avec un très grand degré de certitude.

Maintenant, ces tests sont ainsi faits qu'ils «lisent» tous les allèles présents dans un échantillon. Ceux-ci sont habituellement au nombre de deux - l'un transmis par le père, l'autre par la mère -, mais dans le cas d'un transfusé récent, on en verrait quatre, «ce qui indiquerait immédiatement que quelque chose ne va pas», dit M. Chahal.

Alors non, la situation décrite par notre lecteur ne semble pas particulièrement réaliste. «En fait, conclut M. Chahal, la seule manière de tromper un test sanguin serait d'avoir une greffe de moelle osseuse [endroit qui fabrique le sang].» 

Autre source:

- Donald E. Riley, «DNA Testing : An Introduction For Non-Scientists», Scientific Testimony - An Online Journal, 2005. http://goo.gl/LmPZZq

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer