La part de l'homme

Présentement, c'est le fait d'extraire et de brûler... (AFP, Jean-Pierre Clatot)

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Présentement, c'est le fait d'extraire et de brûler des combustibles fossiles qui fait se réchauffer la planète.

AFP, Jean-Pierre Clatot

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(Québec) CHRONIQUE / «J'ai beaucoup apprécié votre article [de 2014] sur les cycles de Milankovitch. Comme il est d'actualité de parler du réchauffement de la planète et que ceci serait dû à l'augmentation des gaz à effet de serre, je me demandais si l'humain avait joué un rôle dans ces cycles de glaciation et de réchauffement. Avec un cycle qui dure entre 20 et 25 000 ans, j'imagine qu'il s'agissait de causes naturelles, puisqu'il n'y avait ni autos ni industries à l'époque. Mais depuis l'industrialisation, est-ce que l'action humaine augmente les effets de ces cycles?» demande Carmen Leblanc, de Sillery.

Les cycles de Milankovitch sont des variations de trois caractéristiques de l'orbite terrestre : l'inclinaison de la Terre, qui fait des aller-retour entre 22 et 24,5° (23,5° actuellement) tous les 41 000 ans, l'excentricité de l'orbite terrestre (soit la forme plus ou moins ronde de son périple autour du Soleil) qui suit un cycle de 110 000 ans, ainsi que ce que les physiciens appellent la «précession», c'est-à-dire un mouvement semblable au vacillement d'une toupie sur le point de tomber que décrit l'axe de rotation de la Terre - et qui prend 22 000 ans à compléter.

Ces cycles n'ont aucune incidence (ou si peu) sur la quantité d'énergie que nous recevons du Soleil. Mais ils ont un effet sur la saisonnalité, c'est-à-dire le contraste entre les saisons. Et comme nous l'expliquions dans notre chronique de 2014, c'est en jouant là-dessus qu'ils démarrent et stoppent des glaciations. Grosso modo, le fait d'avoir des hivers plus doux et des étés plus frais ne change pas grand-chose dans la plupart des endroits de la planète. Mais aux hautes latitudes, cela peut faire varier de 20 % (à 65° N) la quantité d'énergie reçue du Soleil en juillet. Proche des pôles où l'été est toujours un bien grand mot, on n'a pas besoin de perdre beaucoup d'insolation avant de passer un point de bascule où la neige qui tombe en hiver ne fond pas complètement avant l'automne.

Il commence alors à se former une calotte glaciaire, ce qui enclenche une série de «boucles de rétroaction» qui viennent renforcer le phénomène. Par exemple, comme la neige réfléchit environ la moitié de l'énergie solaire et la renvoie vers l'espace, le fait d'avoir un couvert blanc en permanence va refroidir encore plus les étés, donc favoriser encore la croissance des glaciers, refroidir davantage, et ainsi de suite. Éventuellement, la calotte glaciaire atteindra des latitudes où il fait trop chaud pour qu'elle continue de progresser, mais l'idée est là : en diminuant la saisonnalité, les cycles de Milankovitch démarrent des glaciations, et lorsqu'ils accentuent le contraste entre les saisons, ils y mettent fin.

Il est bien évident, comme le souligne notre lectrice, que nos lointains ancêtres n'avaient aucune «poigne» sur les glaciations : le dernier maximum glaciaire - le moment où les calottes atteignent leur taille la plus grande - remonte à 17 ou 18 000 ans av. J-C...

Présentement, c'est le fait d'extraire et de brûler des combustibles fossiles qui fait se réchauffer la planète : puisque le dioxyde de carbone (CO2) et le méthane (CH4) sont des gaz à effet de serre (qui gardent plus de chaleur dans l'air, essentiellement), et puisque le carbone que contiennent le pétrole, le charbon et le gaz naturel était enfoui depuis des centaines de millions d'années, le fait d'en brûler (beaucoup) ajoute du carbone dans le système climatique qu'est la Terre, qui ainsi se réchauffe.

Maintenant, ce faisant, l'humanité ne fait-elle qu'accélérer un processus naturel qui avait déjà été enclenché par les cycles de Milankovitch, ou le crée-t-elle de toutes pièces? Tout porte à croire que le réchauffement est très principalement causé par l'activité humaine.

Il y a d'abord une question d'échelle de temps : quand la Terre sort d'une époque glaciaire, la température de l'atmosphère s'élève généralement de 4 à 7 degrés sur une période de 5000 ans. Or le climat a pris 0,7 °C au cours du XXe siècle seulement, et l'on craint fort qu'elle ne grimpe de 2 à 6° de plus d'ici 2100. Les changements climatiques actuels surviennent donc à un rythme rapide qui n'a manifestement rien à voir avec ce qui se passe lorsque ce sont les cycles de Milankovitch qui sont en cause. De là, on peut conclure que même si ces cycles réchauffaient présentement le climat, ce qui est loin d'être évident, ils ne pourraient pas être responsables de plus qu'une infime partie de ce que l'on observe.

Rivons le clou et jetons un oeil aux graphiques ci-dessous :

CHRONIQUE / «J'ai beaucoup apprécié votre article [de... (Infographie Le Soleil) - image 2.0

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Infographie Le Soleil

La courbe beige montre la température moyenne du globe au cours des 400 000 dernières années. On y constate aisément que le climat terrestre avait déjà pas mal atteint son maximum post-glaciaire avant la révolution industrielle, et que nous sommes en train de le dépasser. Le graphique rouge montre pour sa part les concentrations de CO2 dans l'atmosphère ont oscillé entre 180 et 280 parties par million (ppm) au cours de la même période, baissant lors des glaciations et augmentant pendant les périodes interglaciaires (parce que le dégel permet à de la matière organique autrefois congelée de pourrir, ce qui ajoute du carbone dans le système). Nous en sommes maintenant à 400 ppm...

Sources :

  • Tapio Schneider, «How We Know Global Warming is Real», eSkeptic, 2011, http://goo.gl/7AvyJ
  • Charles Ichoku, «How is Today's Warming Different from the Past ?» et «Is Current Warming Natural?», Global Warming, NASA's Earth Observatory, s.d., http://goo.gl/bOVEu

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