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Les néandertaliens étaient un peu plus petits que nous, mais bâtis nettement plus solides, possiblement pour s'adapter à des climats froids et à une vie plus violente.

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(Québec) «Il y a quelques années, sur votre blogue, j'avais appelé notre espèce Homo sapiens sapiens, ce à quoi vous aviez répondu, lien à l'appui, que cette désignation n'avait plus cours. Plus récemment, j'ai voulu en parler avec des amis Facebook pour la plupart anglophones. Je suis donc parti à la recherche d'un article de langue anglaise expliquant la disparition du deuxième sapiens, mais j'ai plutôt découvert que, du côté anglophone, on a plutôt tendance à parler de deux courants de pensée : un qui maintient les deux sapiens, l'autre qui croit qu'il faut abandonner le second. Le débat est-il vraiment si tranché?» demande Jean-Patrice Martel, de Chambly.

En biologie, les êtres vivants sont classés en une série de groupes et de sous-groupes formant, pour ainsi dire, des ensembles de poupées russes. L'être humain appartient ainsi au «règne» des animaux (par opposition aux plantes, aux bactéries, etc.), à l'«embranchement» des cordés (grosso modo tous les animaux munis d'une colonne vertébrale), à la «classe» des mammifères (les cordés dont l'embryon se développe dans l'utérus et qui allaitent leurs petits), à l'«ordre» des primates (les mammifères que l'on nomme singes), au «genre» Homo (petit groupe de primates comprenant quelques espèces de nos ancêtres et la nôtre), et enfin à l'«espèce» dite sapiens.

En général, les êtres vivants ne sont désignés que par leurs noms de genre (avec majuscule) et d'espèce, mais quand on a affaire à des «sous-espèces» - soit des groupes encore plus petits et aux différences encore plus subtiles que les espèces -, on peut y ajouter un troisième mot. C'est le cas, par exemple, du tigre du Bengale (Panthera tigris tigris) et du tigre de Sibérie (Panthera tigris altaica).

Maintenant, les frontières entre tous ces groupements ne sont pas toujours claires, ce qui provoque bien sûr des débats. Et c'est particulièrement vrai dans une discipline comme la paléoanthropologie, puisque les vieux ossements que l'on déterre ne contiennent que des informations parcellaires sur la vie de nos ancêtres. Mais, malgré tout, dit la spécialiste de l'évolution humaine de l'Université de Montréal Michelle Drapeau, «le consensus actuel en paléoanthropologie, c'est pas mal de s'en tenir à Homo sapiens».

Si l'on a doublé le sapiens, et pendant assez longtemps, d'ailleurs, c'est que l'on croyait que l'homme «anatomiquement moderne» - c'est-à-dire, en vulgus, «nous autres, là» - et l'homme de Néandertal n'étaient que deux variantes d'une seule et même espèce. Les deux groupes avaient, certes, leurs différences. Les néandertaliens étaient un peu plus petits que nous, mais bâtis nettement plus solides, possiblement une adaptation aux climats relativement froids et à une vie plus violente - ils avaient l'habitude de chasser le gros gibier à la lance, ce qui impliquait de s'en approcher bien davantage qu'il n'est recommandé dans le «Guide du petit randonneur prudent», mettons. La taille de leur cerveau était comparable à la nôtre, voire un peu plus grande, mais ils avaient le front fuyant et donc la partie avant de la cervelle (dédiée à l'abstraction, du moins chez nous) moins développée. Leurs arcades sourcilières étaient aussi plus robustes, autre signe qu'il y avait possiblement plus de coups de pied (ou de sabot) qui se perdaient dans leurs grottes que dans les nôtres.

Mais quand les anthropologues les comparaient avec nous, les ressemblances leur paraissaient l'emporter sur les différences, et on les considérait comme une sous-espèce. On appelait donc les hommes modernes Homo sapiens sapiens, et l'on parlait d'Homo sapiens neanderthalensis pour désigner ces hominidés un peu différents qui vivaient principalement en Europe et au Moyen-Orient entre 300 000 et 30 000 ans avant aujourd'hui.

Cette idée de parenté très proche était en outre renforcée par la croyance que l'homme moderne descendait de Néandertal. «Mais avec les avancées en génétique, on a découvert qu'en fait, l'humain anatomiquement moderne aurait évolué en Afrique et serait venu remplacer les espèces archaïques hors Africaines, explique Mme Drapeau. Comme l'idée de remplacement, de même que certaines des premières études génétiques, suggérait qu'il n'y avait pas eu d'échanges entre les populations, ça venait renforcer l'idée qu'on avait affaire à des espèces distinctes.»

D'où la décision de rebaptiser les «cousins» Homo neanderthalensis tout court - et d'abandonner le deuxième sapiens au bout de notre nom, puisque la répétition ne servait dès lors plus à rien.

Depuis ce temps-là, qui remonte au début des années 2000, les progrès de la génétique ont permis d'établir qu'il y a bel et bien eu des hybridations entre nos ancêtres et les néandertaliens. On estime même qu'environ 2 % du génome des «non-Africains» vivant de nos jours proviendrait de H. neanderthalensis - celui-ci ne s'est jamais installé en Afrique.

Mais cela ne suffit pas à ramener Néandertal chez les sapiens, dit Mme Drapeau, bien que nous tombions ici dans une question de définition du mot espèce. Traditionnellement, les biologistes considéraient que deux populations interfécondes, c'est-à-dire pouvant avoir une descendance fertile, formaient une seule espèce. À ce compte, les néandertaliens appartiendraient toujours à la même espèce que nous. Mais voilà, on s'est rendu compte que c'était une définition bien imparfaite qui menait à des aberrations - par exemple, cela placerait le tigre et le lion dans le même panier, puisque ces gros chats sont capables d'avoir des rejetons fertiles.

On a donc affiné la définition pour tenir compte d'autres facteurs - notamment le degré de fertilité des hybrides -, et en tenant compte de tous les éléments, les paléoanthropologues considèrent généralement que H. neanderthalensis était une espèce distincte.

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