Le pot rend-il schizophrène?

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On peut penser que la marijuana agit comme un déclencheur ou un accélérateur pour un problème psychologique déjà présent.

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(Québec) «Est-il vrai que la consommation de cannabis peut causer ou, du moins, déclencher la schizophrénie? Et si oui, la maladie était-elle déjà présente à l'état latent?» demande Jean-François Lambert, de Sainte-Marie.

Il y a certainement un lien entre les deux, oui, mais sa nature exacte est «une question qui reste en suspens pour l'instant», dit le Dr Marc-André Roy, psychiatre-chercheur à l'Institut universitaire en santé mentale de Québec et spécialiste des psychoses.

Hormis, bien entendu, le cas des psychoses induites par la drogue et qui s'estompent à peu près en même temps que les effets du psychotrope, plusieurs éléments suggèrent fortement qu'il y a «quelque chose» qui lie le cannabis (entre autres drogues) et la schizophrénie. Ainsi, dit le Dr Roy, les patients schizophrènes qui consomment reçoivent en moyenne leur diagnostic un peu plus jeune que les autres, comme si le pot accélérait l'arrivée de la maladie. On sait aussi que les patients qui ont déjà connu un épisode de psychose - la psychose étant une perte de contact avec la réalité, où le patient entend des voix, croit fermement à des choses qui n'existent pas, etc. - ont un risque accru de rechute s'ils fument de la marijuana.

Et «il y a beaucoup d'études épidémiologiques là-dessus, poursuit le psychiatre. Des études prospectives, longitudinales, qui ont examiné les patterns de consommation de drogue à l'adolescence et le développement de psychoses à l'âge adulte. Elles tendent à montrer une corrélation, mais ça, évidemment, ça ne veut pas nécessairement dire qu'il y a un lien de cause à effet».

En d'autres termes : plus une personne consomme de pot, plus son risque de développer une psychose s'accroît. Mais le hic, c'est que cela peut vouloir dire (au moins) deux choses. Ou bien la drogue agit comme déclencheur. Ou bien c'est la maladie mentale, un certain mal-être venant avec la schizophrénie qui est en train de s'installer, qui pousse les gens vers la drogue.

«Il y a une étude danoise qui est très intéressante là-dessus, dit le Dr Roy. Les Danois ont des registres généalogiques extraordinaires qui comprennent toute la population, si bien qu'ils sont capables de les croiser avec leurs registres psychiatriques, qui sont eux aussi de très bonne qualité. C'est comme ça que des chercheurs danois ont pu suivre des gens qui ont reçu, au départ, un diagnostic de psychose induite par le cannabis. Et quand on réexaminait leur diagnostic sept ans plus tard, il était changé dans la moitié des cas pour aller vers un trouble psychotique non relié au cannabis. Et quand on regardait les antécédents familiaux de ces gens-là, ils étaient assez semblables, bien que pas tout à fait identiques, à ceux de personnes ayant un diagnostic de schizophrénie.»

Ainsi, bien qu'il faille répéter que la relation pot-schizophrénie n'est toujours pas entièrement claire, on peut penser, comme le soupçonne M. Lambert, que la mari agit comme un déclencheur ou un accélérateur pour un problème qui est déjà présent, mais latent.

Maintenant, quel est-il, ce «problème latent» que la mari ferait éclore? Quelle partie du cerveau, quel neurotransmetteur (substance que les neurones utilisent pour se transmettre des signaux) doit mal fonctionner pour nous empêcher de réaliser que telle voix ou telle idée n'est présente que dans notre tête, et pas dans le monde réel?

Bien malin qui mettra le doigt dessus, car jusqu'à présent, la recherche, loin de trouver une cause unique ou un «siège» de la maladie qui serait clairement identifié, a plutôt débouché sur une longue, longue liste de causes possibles, expliquant chacune à peine quelques pour cent du mal - bref, une véritable orgie de complexité.

«Les différences [entre le cerveau des schizophrènes et de la population en général, NDLR] sont relativement subtiles. On a trouvé une pléthore de régions qui ont un plus petit volume ou une forme légèrement différente», dit Dr Roy.

Base génétique

De la même manière, on sait que la maladie a une base génétique : alors qu'elle affecte 1 % de la population, le risque de schizophrénie passe à 10 % chez les frères et soeurs de patients diagnostiqués et à environ 50 % pour les jumeaux identiques. Mais on ne connaît pas encore tous les gènes impliqués, et il pourrait y en avoir des centaines qui amèneraient, chacun, une petite contribution. Et c'est sans compter que si seulement la moitié des jumeaux identiques ayant un frère ou une soeur schizophrène le sont eux aussi, cela laisse un rôle important pour les facteurs environnementaux - exposition à des virus ou malnutrition avant la naissance, problèmes durant l'accouchement, et d'autres encore.

Il est possible, bien que cela ne soit encore qu'une hypothèse, que le coeur du problème ne soit pas une question de région du cerveau atrophiée ou mal formée, mais de mauvaise coordination entre différentes régions, explique le Dr Roy. «Le cerveau fonctionne dans un équilibre délicat entre des mécanismes inhibiteurs [qui "désactivent" ou "calment" les neurones, NDLR] et des mécanismes stimulants. Et cela peut être très compliqué. Par exemple, le glumatate est neurotransmetteur excitateur, mais si le glutamate module une voie inhibitrice dans une partie du cerveau, alors une plus grande quantité de glutamate peut diminuer l'activité de ce circuit-là. Donc c'est très, très complexe. Et ce qu'on pense, c'est qu'il y a divers mécanismes inhibiteurs dans les aires auditives qui les empêchent de fonctionner toutes seules, mais certains de ces mécanismes-là pourraient être un peu défaillants et là le cerveau produirait lui-même des sons», dit-il.

Enfin, pour rendre le problème vraiment le moins simple possible, il est aussi possible que ce que nous appelons «la schizophrénie» soit en fait plusieurs maladies distinctes qui, par des chemins différents, produisent des symptômes semblables. Un peu comme la toux peut être causée par un virus, une bactérie, des poussières, un cancer, le tabac, ou des allergies, il se pourrait que l'on ait affaire ici à plusieurs problèmes mentaux différents qui aboutiraient à des symptômes semblables.

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