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La faille de Logan: un obstacle qui n'en est pas un

Entre deux ensembles géologiques, soit la «plate-forme du...

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Entre deux ensembles géologiques, soit la «plate-forme du Saint-Laurent» et les Appalaches, se trouve une bande de roches très fracturées : la faille de Logan.

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(Québec) «Dans le dossier d'un troisième lien entre Québec et Lévis, on parle du risque que peut poser la faille de Logan si on creuse un tunnel à la pointe de l'île d'Orléans. Mais dans le dossier du pipeline Énergie Est, qui traverserait le fleuve à la hauteur de Portneuf, on ne semble pas s'en préoccuper. La faille finit-elle entre les deux?» demande Jean-Philippe Cloutier, de Lévis.

La faille de Logan s'est effectivement invitée dans plusieurs débats récents : non seulement celui entourant l'idée d'un tunnel entre Québec et Lévis, mais certains l'ont aussi invoquée pour justifier la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-II. Mais il est vrai qu'on n'en a guère entendu parler dans le dossier Énergie Est, qui n'a pourtant manqué ni de controverse, ni de couverture médiatique.

Pourquoi cela? Votre humble serviteur n'est pas dans la tête des groupes environnementaux, des politiciens et des constructeurs de pipelines, mais une chose est sûre : ce n'est certainement pas parce que la faille de Logan s'arrête entre Portneuf et l'île d'Orléans...

Il y a 500 à 600 millions d'années, tout le sol formant aujourd'hui le sud du Québec se trouvait sous l'eau, au fond d'un océan ancien nommé «Iapetus», lit-on sur le site (extraordinaire) Planète Terre, de l'ex-prof de géologie de l'Université Laval Pierre-André Bourque. Pendant des dizaines de millions d'années, des sédiments se sont accumulés au fond de cet océan, et se sont éventuellement transformés en roches sédimentaires, avec le temps et la pression de l'eau. Près des côtes, ces sédiments (sable, boue, calcaire, vestiges de faune et flore) reposaient sur le plateau continental - dans ce cas-ci, la même formation géologique que celle des Laurentides. Plus loin, les sédiments étaient un peu différents et se déposaient sur la croûte océanique, plus profonde.

À cause de la tectonique des plaques, ce phénomène qui fait dériver petit à petit les continents, le fond de l'océan Iapetus a fini par se soulever hors de l'eau. La partie peu profonde, qui reposait sur le socle des Laurentides, en est ressortie presque indemne, sans être déformée : c'est aujourd'hui la «plate-forme du Saint-Laurent», ou grosso modo les «basses terres», si l'on préfère. La partie plus profonde, elle, a été si déformée par la tectonique que ses roches sédimentaires forment aujourd'hui une chaîne de montagnes : les Appalaches.

Et entre les deux se trouve une longue bande de roches très fracturées : la faille de Logan.

Comme le suggère ce petit historique, et pour répondre à une des questions de M. Cloutier, non, la faille de Logan ne s'arrête pas dans la région de Québec, mais s'étire carrément du sud de Mont­réal jusqu'au bout de la Gaspésie.

Alors, pourquoi donc n'en a-t-il pas été davantage question dans le dossier Énergie Est?

En fait, souligne le chercheur en génie géologique de l'Université Laval Jacques Locat, un spécialiste des «géorisques» comme les séismes, la vraie question est peut-être plutôt : pourquoi diable persiste-t-on à voir la faille de Logan comme la source de tremblements de terre?

«C'est une sorte de légende urbaine, dit-il. On a beaucoup de difficulté à enlever de la tête des gens que l'activité sismique dans la région de Québec n'a rien à voir avec la faille de Logan. [...] C'est sûr que c'est une faille, donc une zone de roche brisée, mais elle est totalement inactive, alors ça ne pose pas de problème pour la construction. On peut faire des tunnels dans des sols [au sens de "terrains relativement meubles", par opposition à "roc solide", NDLR], donc on peut en faire dans une zone qui est fracturée, c'est juste qu'il faut s'y prendre différemment. Mais ce n'est pas un problème géotechnique ou géomécanique particulier que d'avoir à passer à travers une zone qui a été plus ou moins brisée. [...] Ce qu'on va faire, c'est simplement d'injecter du ciment, et ensuite on va forer dedans. Je ne comprends pas les craintes qui ont été évoquées à ce sujet-là.»

Notons que ma collègue Annie Morin, dans un dossier sur le tunnel publié l'an dernier, avait cité deux experts - l'un en génie géologique, l'autre en génie civil - qui ne voyaient pas, eux non plus, la faille de Logan comme un obstacle vraiment problématique.

Aucun des tremblements de terre répertoriés au cours des derniers siècles n'a été causé par la faille de Logan, insiste M. Locat. S'il y a tout de même une certaine activité sismique (bien légère, disons-le) dans le sud du Québec, enchaîne-t-il, c'est surtout à cause d'une autre «faiblesse» géologique : le complexe de failles du Saint-Laurent.

C'est qu'il n'y a pas toujours eu un fleuve, ni même un sillon, à l'endroit où le Saint-Laurent coule de nos jours. Alors, quand celui-ci s'est ouvert, il y a très longtemps, «des failles se sont formées, surtout sur la rive nord, et c'est habituellement celles-là qui causent des séismes», explique M. Locat.

Maintenant, est-ce que cette faille du Saint-Laurent pose un danger pour la construction de tunnel ou de pipeline? «Il faut simplement que l'on sache où est la faille pour faire le travail comme il faut. Si vous allez à San Francisco [région traversée de multiples failles et souvent secouée par des tremblements de terre, NDLR], ils font des métros quand même, et ils font des ponts qui enjambent des failles. Il faut simplement que les gens le sachent. Et là on mesure les niveaux d'activité des failles et on construit en conséquence. [...] Ça fait des sections qui coûtent un peu plus cher, mais ce n'est pas un empêchement.»

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