Cracheurs de pluie, faiseurs de déserts

Les latitudes autour de l'équateur reçoivent en moyenne... (Shutterstock, MrTwister)

Agrandir

Les latitudes autour de l'équateur reçoivent en moyenne cinq millimètres de pluie par jour, bien davantage que le reste de la planète, qui en reçoit en moyenne de 0,5 à 2,5 millimètres par jour.

Shutterstock, MrTwister

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) «Je m'intéresse beaucoup à la répartition des différents biomes du monde (les grands habitats de notre planète, comme la toundra, taïga, steppes, déserts, forêts tropicales, etc.) et aux différences climatiques qui y sont reliées. Alors j'ai une question à ce sujet : pour quelle raison pleut-il toujours (ou très souvent) dans la zone équatoriale?» demande Jean Langevin.

Il ne pleut évidemment pas toujours à l'équateur, mais il est absolument indéniable qu'il y pleut plus souvent que n'importe où ailleurs sur Terre. Les latitudes autour de l'équateur reçoivent en moyenne autour de cinq millimètres de pluie par jour, alors que le reste de la planète doit généralement se «contenter» de 0,5 à 2,5 mm/j.

Et la raison en est fort simple, explique Dominique Paquin, climatologue au consortium de recherche sur le climat Ouranos. «Les tropiques, dit-elle, c'est l'endroit sur Terre qui reçoit le plus de rayonnement solaire. Alors, ça réchauffe la surface, ça réchauffe l'air, et l'air chaud va monter en altitude. Or, en montant, la température diminue, ce qui fait condenser la vapeur d'eau. En bout de ligne, ça donne énormément de précipitations. Cette bande-là autour de l'équateur, on appelle ça la zone de convergence intertropicale. Elle bouge un peu vers le nord ou le sud selon que c'est l'été ou l'hiver, mais cela reste vraiment l'endroit où il pleut le plus.»

Ce n'est pas pour rien qu'un des principaux biomes que l'on trouve à ces latitudes-là - grosso modo entre 15° nord et 15° sud - est la «forêt pluviale équatoriale», communément appelé «jungle». Comme son nom l'indique, elle a besoin pour pousser d'un climat chaud et de pluies abondantes, soit des conditions qui se concentrent, bien sûr, autour du parallèle 0. Notons que les forêts pluviales équatoriales, tant celles de l'Amazonie que celles d'Afrique ou d'Asie, abritent des faunes et des flores d'une diversité inouïe - diversité biologique qui diminue à mesure que l'on s'approche des pôles.

Voilà donc qui répond à la question de notre lecteur, mais... mais... Mais c'est sans doute le reste qui est le plus intéressant. Alors, poursuivons : de part et d'autre de l'équateur se trouvent des «creux de précipitation», soit deux zones à environ 30° de latitude nord et sud où il pleut moins que la moyenne mondiale. Puis, en approchant encore des pôles, on note également deux zones, autour de 50° de latitude - juste un peu «au-dessus» du sud du Québec -, où la pluie «reprend» de plus belle avant de se réduire jusqu'à presque rien en arrivant aux pôles.

Voilà qui, à vue de nez, peut sembler bien étrange. On comprend aisément qu'il pleuve davantage là où il fait chaud. Mais suivant cette logique, il devrait en principe en tomber moins sur le Québec que, disons, dans le sud des États-Unis ou au Maghreb. Or on est loin du compte...

Clé du mystère

La clé du mystère, explique Mme Paquin, réside dans les grands mouvements de l'atmosphère terrestre. De manière schématique (et pas mal simplifiée), on peut dire qu'il y a deux «moteurs» dans cette circulation : la remontée à l'équateur, causée par la chaleur; puis une «descente» d'air très froid (et donc dense) au-dessus des pôles.

Entre les deux, cependant, le portrait se complique un peu. L'air, en effet, ne circule pas d'un seul trait de l'équateur jusqu'aux pôles, mais forme plutôt trois «cellules» par hémisphère, trois sortes de cycles dans lesquels l'air tourne (partiellement) en boucle.

Dans un premier temps, l'air qui monte à l'équateur, on s'en doute, ne peut pas s'élever indéfiniment : il doit forcément redescendre à un moment donné, ce qu'il fait autour du 30e parallèle. Or comme on vient de le voir, cet air-là s'est déjà déchargé de son eau au-dessus de l'équateur. Quand il redescend, donc, il est particulièrement sec. (Cela explique d'ailleurs pourquoi la plupart des grands déserts du monde sont concentrés autour de 30° de latitude. L'association n'est pas parfaite, car d'autres facteurs comme les masses continentales et les chaînes de montagnes influent sur les précipitations, mais la tendance reste bien visible sur les cartes des déserts du monde.)

Cet air qui redescend va alors retourner en partie vers l'équateur pour fermer une boucle que les climatologues appellent cellule de Hadley, et en partie poursuivre son chemin vers les pôles.

Cependant, il ne les atteindra pas, du moins pas directement, car il rencontrera une autre masse d'air aux latitudes moyennes. Comme on vient de le voir, l'autre «moteur» de la circulation atmosphérique est l'air froid qui redescend au-dessus des pôles. De là, ces masses d'air froid se dirigent vers l'équateur, et ce sont à elles que l'air qui remonte de la cellule de Hadley va se buter.

Or ce dernier, venant des tropiques, est nettement plus chaud que celui qui descend des pôles. Et comme les fluides de températures (et donc de densités) différentes n'ont pas tendance à se mélanger, ces deux masses d'air là vont se «tamponner», puis s'élever en altitude plutôt que de se mêler. Puis chacune va retourner sur ses pas, ce qui va boucler la cellule polaire d'un côté (entre 90 et 60° de latitude, grosso modo) et la cellule de Ferrel de l'autre.

Et cette remontée d'air va alors provoquer la même chose qu'autour de l'équateur : des précipitations. L'air qui redescend très sec en sortant de la cellule de Hadley, explique Mme Paquin, se recharge en effet d'humidité en recommençant à circuler en basse altitude, et s'en redéfait en remontant.

Voilà ce qui explique pourquoi nos latitudes reçoivent en moyenne plus de précipitations que d'autres plus au sud, conclut Mme Paquin, c'est ce choc des masses d'air : en forçant l'air à remonter en altitude, où il fait plus froid, cela provoque de la condensation, et donc de la pluie.

Autre source :CENTER FOR MULTISCALE MODELING OF ATMOSPHERIC PROCESSES. «Atmospheric Circulation», Climate, Colorado State University, 2014. goo.gl/alwIvm

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer