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Selon le Dr Jasmin Villeneuve, nos bouteilles sont trop bien aseptisées pour être une cause possible d'apparition d'herpès labial (HSV-1).

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(Québec) «J'ai souvent entendu des gens porteurs de l'herpès labial (le virus du feu sauvage) dire qu'ils ne pouvaient pas boire une bière à même la bouteille car s'ils le font, ils auront automatiquement un feu sauvage. Mais je ne comprends pas quel est le problème avec le goulot. Moi-même qui ai des feux sauvages, je n'ai jamais ce problème quand je prends une bière à la bouteille. Alors d'où vient cette réaction? La compression des lèvres sur le goulot? Des bouteilles mal aseptisées? Le froid de la bière?», demande Line Bois, de Charny.

L'herpès labial, aussi appelé herpès de type 1 ou HSV-1, ne doit pas être confondu avec l'herpès génital (type 2). Tous deux sont bien sûr causés par des virus apparentés et généralement bénins, mais ils infectent des endroits différents du corps et le type 1 est particulièrement fréquent : environ 2 personnes sur 3 ont des anticorps contre le HSV-1 dans leur sang aux États-Unis, et cette proportion est de 1 sur 2 en Europe.

Cependant, dit le Dr Jasmin Villeneuve, épidémiologiste à l'Institut national de la santé publique, ce n'est pas parce qu'un virus est extrêmement fréquent qu'on le connaît très bien. Si la première infection peut provoquer de la fièvre et des maux de gorge, surtout chez les enfants, les symptômes, quand il y en a, se résument généralement à des feux sauvages - et la recherche médicale a des chats autrement plus dangereux à fouetter.

Ce que l'on sait, explique le Dr Villeneuve, c'est qu'une fois qu'une personne est infectée, elle le demeure pour toute la vie, même s'il n'est pas impossible que certains individus s'en débarrassent pour de bon. «Alors quand on fait une crise, ce n'est pas parce qu'on l'a réattrapé. [...] C'est que le virus va rester latent dans des ganglions nerveux [des sortes de «regroupements» de nerfs, NDLR] et il y a différentes conditions qui vont faire qu'il va s'exprimer par la suite. Et ces conditions-là peuvent varier d'une personne à l'autre, ça peut être une irritation ou d'autres choses.»

Parmi ces autres facteurs, soulignons que la fièvre, une infection des voies respiratoires, les menstruations et même simplement la lumière du soleil sont des déclencheurs connus de la science. Bref, autant dire à peu près n'importe quoi...

Dans ces circonstances, souligne le Dr Villeneuve, identifier une cause en particulier pour une personne est un exercice hasardeux. Boire au goulot peut, certes, agir comme un déclencheur, «mais il ne faut pas oublier que quand on prend une bière on a peut-être tendance à manger quelque chose de particulier comme des aliments épicés, ou à fumer, ou d'autre chose encore».

Cela dit, précise l'épidémiologiste, une chose est sûre: nos bouteilles de bière sont trop bien aseptisées pour être une cause plausible - bien que l'on puisse contracter le HSV-1 lorsque l'on partage une bouteille avec une personne qui fait des feux sauvages, car la transmission se fait par contact les sécrétions fraîches infectées.

«Il s'est dit beaucoup de choses sur la progression de la fièvre Ebola au cours des derniers mois. J'ai même entendu, à la radio de Radio-Canada, un monsieur qui fait de la prévention au Libéria et qui parlait de l'importance de ne pas toucher les aliments au marché pour éviter la propagation. Ce qui m'amène à vous demander : quelle est la durée de vie du virus de l'Ebola hors du corps humain?», se questionne Manon Théberge, de Neuville.

On a effectivement beaucoup parlé du virus Ebola récemment parce que, rappelons-le, la redoutable fièvre hémorragique a connu l'an dernier sa pire éclosion jamais observée, épidémie qui n'est d'ailleurs toujours pas complètement endiguée : 27 000 personnes infectées en date du 3 juin, dont plus de 11 000 ont succombé à la maladie, presque toutes en Sierra Leone, au Libéria et en Guinée.

Maintenant, le virus Ebola se transmet lorsque des fluides corporels contaminés entrent en contact avec une muqueuse - les muqueuses étant des points de contact du corps humain avec le monde extérieur où les cellules, contrairement à celles de la peau, sont toujours vivantes, comme dans la bouche. Et tous les fluides du corps peuvent porter le virus, de la salive jusqu'aux déjections, dit le Dr Villeneuve, qui ajoute que «ça ne prend pas beaucoup de virus Ebola pour donner la maladie, c'est en partie ce qui fait son succès».

En outre, le virus peut survivre à l'extérieur d'un hôte pendant facilement plusieurs heures, selon les conditions ambiantes - température, humidité, etc. Mais même dans des circonstances favorables, il ne persiste pas plus de quelques jours.

Donc en théorie, oui, on peut imaginer attraper la fièvre Ebola en mangeant un fruit qui aurait été manipulé par un employé malade qui aurait toussé ou éternué dessus, ou même par un singe porteur du virus. Mais dans les faits, nuance le Dr Villeneuve, il est parfaitement invraisemblable de voir un tel cas au Québec. Même en supposant que l'on importe des fruits de cette région du monde, il faudrait qu'ils aient été contaminés par un travailleur malade alors qu'à cause d'Ebola, justement, les malades sont fortement ostracisés en Afrique de l'Ouest. Et il faudrait ensuite qu'il survive à un transport qui prend plus de temps que son espérance de vie hors d'un hôte - il se passe facilement une semaine entre le moment où une banane, par exemple, est cueillie et celui où elle arrive sur les tablettes.

«Alors ça fait beaucoup de "si", et on n'a jamais vu de cas comme ça», dit le Dr Villeneuve.

***

Autres sources :

• Anna Wald and Lawrence Corey, «Persistence in the population: epidemiology, transmission», Human Herpesviruses : Biology, Therapy, and Immunoprophylaxis, Cambridge University Press, 2007, http://goo.gl/Bc60s5

• Wim Opstelten et al., «Treatment and prevention of herpes labialis», Canadian Family Physician, Collège des médecins de famille du Canada, 2008, http://goo.gl/c5qtpy

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