Les statines au banc des accusés

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Ces dernières années, quelques bouquins ont remis en question l'efficacité des statines ainsi que le lien entre le taux de cholestérol et les maladies cardiovasculaires.

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(Québec) «Est-ce que les statines (Lipitor, Crestor, etc.) que l'on donne à de nombreux patients sont vraiment utiles? Deux livres récents (Le grand mythe du cholestérol, de S. Sinatra et J. Bowden, et Une histoire inventée: essai sur le cholestérol, de Jean-Marie Therrien) donnent plein d'exemples qui montrent que si vous n'avez pas un taux de cholestérol très élevé à cause de votre génétique ou si vous n'avez pas subi une crise cardiaque, vous devriez y penser deux fois avant de prendre des statines. En fait, il se pourrait que les statines soient complètement inutiles et qu'elles causent plus de mal que de bien. Qu'en est-il exactement?» demande Jacques Bonneau, de Québec.

Le cholestérol est une drôle de petite bête. Malgré tout le mal qu'on en dit, il est essentiel à la vie - on le trouve, entre autres choses, dans la composition des membranes de nos cellules, et le corps humain s'en sert comme «point de départ» pour fabriquer toutes sortes de molécules, notamment la vitamine D et les hormones sexuelles. Mais comme il est, chimiquement, un lipide, il n'est pas soluble dans l'eau, ce qui est bien embêtant pour une molécule aussi utile.

L'organisme fabrique donc deux molécules, dont le rôle principal est de rendre le cholestérol soluble dans l'eau. D'une part, les low density lipoproteins (LDL) sont chargées d'amener le cholestérol dans le sang afin qu'il soit distribué partout. Cependant, il leur arrive d'«échapper» leur cargaison dans les artères, où le cholestérol peut alors s'accumuler, ce qui rend lesdites artères plus rigides, cause de l'hypertension, des problèmes cardiaques, et ainsi de suite - le refrain est connu. C'est pour cette raison que l'on appelle (abusivement) les LDL «mauvais cholestérol», et c'est souvent pour diminuer ces LDL que l'on prescrit des statines.

D'autre part, le corps humain fabrique aussi, heureusement, des high density lipoproteins (HDL), dont le rôle est de récupérer le cholestérol dans les artères et le ramène vers le foie. Celui-ci le retire alors de la circulation sanguine.

Cela dit, il est vrai que quelques bouquins ont remis en question, ces dernières années, l'efficacité des statines ainsi que le lien entre le taux de cholestérol et les maladies cardiovasculaires - souvent en donnant une tournure plus ou moins conspirationniste à leurs thèses, dans lesquelles l'industrie pharmaceutique est généralement accusée de manipuler les données et les médecins dans le but de mousser les ventes de statines.

Faut-il les croire? Leurs auteurs sont souvent des médecins qui, a priori, parlent d'autorité, mais disons qu'il faut quand même en prendre (un peu) et en laisser (pas mal). Par exemple, quand le Jonny Bowden que cite notre lecteur avance dans le Huffington Post qu'«un taux élevé de cholestérol est un mauvais prédicteur d'infarctus [parce que] la moitié des gens admis à l'hôpital avec un problème cardiaque ont un taux de cholestérol normal», ce n'est franchement guère plus qu'un argument de façade. Aux États-Unis, selon des données gouvernementales, les gens qui ont un cholestérol élevé forment 30 % de la population. Alors s'ils représentent la moitié, ou presque, des cas d'infarctus, cela signifie qu'ils courent un risque accru.

De manière générale, la science est assez claire sur deux points, dit Dr Jean Bergeron, spécialiste des maladies cardiovasculaires à l'Université Laval, qui étudie justement les hypolipémiants: un taux de cholestérol élevé accroît le risque de problèmes cardiovasculaires; et les statines réduisent le cholestérol sanguin, en plus d'agir directement sur le coeur et les artères.

«Je n'embarque pas dans l'idée que le cholestérol ne joue aucun rôle, dit notre expert. Ça fait 30 ans qu'il y a des études qui montrent, tant chez les animaux que chez l'humain, qu'un cholestérol élevé augmente le risque.» Et d'autres études ont prouvé divers effets bénéfiques des statines. Par exemple, chez ceux qui ont déjà fait un infarctus, elles réduisent du quart le nombre d'infarctus subséquents.

Mais voilà, nuance le Dr Bergeron, une fois que les bienfaits des statines sont apparus évidents chez les patients clairement à risque, la cardiologie a commencé à s'intéresser à leurs effets chez d'autres clientèles pour lesquelles le danger était moins clair : des gens dont le cholestérol n'est que moyennement élevé, par exemple, ou qui n'ont jamais fait d'infarctus, mais qui sont obèses, ou encore qui ont des antécédents familiaux de problèmes cardiaques.

Une «zone grise»

Et c'est ici que l'on entre dans une «zone grise», pour reprendre les mots du Dr Bergeron. «On a des études qui montrent qu'on réduit le risque pour eux aussi, mais qu'on va en sauver moins», dit-il. Et si des études montrent qu'il faut traiter 50 ou 100 patients «peu à risque» avec des statines pour en sauver 1, est-ce qu'on doit interpréter leurs résultats comme la preuve d'un «petit effet» ou comme le signe qu'elles ne font «pratiquement rien»?

Et c'est sans compter les effets secondaires des statines, comme les douleurs musculaires, qui peuvent dans certains cas annuler les effets positifs.

«Alors, je ne dis pas que les livres antistatines ont complètement tort, dit le Dr Bergeron: il y a une surutilisation des statines, certainement. [...] Malheureusement, il y a des gens qui se fient trop aux pilules. Il ne faut pas perdre de vue que bon nombre de nos coronariens et de nos diabétiques n'en seraient pas là s'ils avaient adopté de saines habitudes de vie dès l'adolescence. Mais les statines restent quand même une sorte d'outil d'urgence [... et] on peut bien leur lancer des flèches, on n'a pas beaucoup d'autres médications en cardiologie qui peuvent aider les gens à risque.»

***

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