Les célèbres huîtres du... mont Bélair?

Sans avoir les coquillages observés par Yvon Racine... (Photothèque Le Soleil)

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Sans avoir les coquillages observés par Yvon Racine sous la main pour les faire analyser, il est évidemment impossible de préciser avec exactitude la nature des mollusques (qui ressemblaient à des huîtres, comme sur cette photo) que M. Racine avait découverts dans sa jeunesse. Mais s'il s'avère que les coquillages en question se trouvaient sur un ancien campement autochtone, il pourrait alors bel et bien s'agir d'huîtres.

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(Québec) «Quand j'étais plus jeune, nous allions camper au lac Bonhomme, dans la montagne de Val-Bélair. Le soir, on se creusait un trou dans le bois pour faire un feu, et je me souviens qu'on a déjà trouvé des coquillages par centaines, ce qui m'avait énormément surpris. Nous avons d'abord pensé que quelqu'un avait mangé des huîtres à cet endroit-là, mais après avoir examiné attentivement les coquillages, nous avons conclu qu'il ne s'agissait pas d'huîtres. En fait, c'était comme si nous avions creusé notre trou dans un fond marin. Comment l'expliquer?» demande Yvon Racine, de L'Ancienne-Lorette.

Sans avoir les coquillages sous la main pour les faire dûment identifier, il est impossible de répondre avec certitude à cette question. Néanmoins, il n'y a pas non plus 36 hypothèses plausibles. En fait, Najat Bhiry, professeure du Département de géographie de l'Université Laval et spécialiste des sédiments de la vallée du Saint-Laurent et du Grand Nord, en voit essentiellement trois.

La première qui lui vient à l'esprit est le passé marin des environs de Québec. Lors de la dernière glaciation, en effet, presque toute la moitié septentrionale de l'Amérique du Nord était recouverte par des glaciers absolument monstrueux, dont l'épaisseur - il conviendrait presque mieux de parler d'«altitude», rendu là - atteignait jusqu'à 5000 mètres autour de la baie d'Hudson. Ces masses de glace titanesques pesaient si lourdement sur le continent qu'elles l'ont renfoncé, littéralement, de plus de 200 mètres.

On en sent d'ailleurs encore les effets de nos jours : le continent remonte toujours d'environ 2 mm par année dans le sud du Québec, et jusqu'à 10 mm à la baie d'Hudson.

Or il y a environ 10 000 à 12 000 ans, tout de suite après la fin de l'ère glaciaire, quand ces énormes glaciers commençaient tout juste à se retirer du sud du Québec, toute la région était encore suffisamment «renfoncée» pour se trouver sous le niveau de la mer - hormis ses promontoires actuels les plus élevés. L'océan se rendait même jusqu'à Ottawa, voire un peu au-delà. On peut donc imaginer que le secteur du lac Bonhomme était alors recouvert par la mer, et que si notre lecteur a eu l'impression de creuser dans un fond marin, c'est parce que c'est exactement ce qu'il a fait.

«Au début de l'invasion de la mer de Champlain, dit Mme Bhiry, il y avait deux espèces dominantes, des pélécypodes nommés Hiatella arctica et Macoma baltica, qui peuvent ressembler [vaguement, NDLR] à des huîtres. On en a trouvé un peu partout aux premières phases de la transgression marine, une époque où la mer était en contact direct avec le glacier. Ce sont des espèces qui s'accommodent bien de l'eau froide et qui n'ont pas besoin de beaucoup de salinité [l'eau de fonte du glacier était douce, NDLR], alors j'ai l'impression que ça pourrait être ces espèces-là.»

Les environs de Québec formaient alors un écosystème marin arctique. Pour tout dire, il y a une vingtaine d'années, on a même découvert un crâne de morse dans une sablière de Saint-Nicolas!

Le hic, précise cependant Mme Bhiry, est que les artéfacts connus de cette époque ont tous été trouvés à des altitudes de moins de 235 mètres, alors que le lac Bonhomme se situe 30 mètres plus haut. Ça ne rend pas l'«hypothèse marine» impossible, puisque des bras de mer ont pu se faufiler ici et là en suivant des dépressions - le lac Bonhomme en est justement une, et l'endroit est proche de la vallée de la Jacques Cartier -, mais disons que cela lui ajoute un petit astérisque...

Ancien campement autochtone?

Si ce n'est pas dans un authentique fond marin qu'a pelleté notre lecteur, poursuit Mme Bhiry, alors il pourrait s'agir d'un ancien campement autochtone. Les Inuits, dit-elle, consomment quantité de moules et d'huîtres, et ont l'habitude d'en enterrer les coquilles. Peut-être que les premiers humains à avoir colonisé le sud du Québec, tout de suite après le retrait des glaciers, faisaient pareil - ce qui donnerait des «paquets» de coquillages ici et là, alors que la mer elle-même aurait laissé des vestiges mieux dispersés.

Enfin, on peut également imaginer que les coquillages en question appartiennent à des espèces d'eau douce qui n'auraient tout simplement jamais vécu dans la mer. «C'est tout à fait possible, commente Mme Bhiry. [...] À l'origine, le lac actuel n'avait pas sa forme actuelle, il était possiblement beaucoup plus large, beaucoup plus grand. Dans notre langage, il y a un processus qu'on appelle l'entourbement, qui fait que les parties moins profondes sur le bord des lacs ont tendance à se remplir à cause de la végétation qui arrive par-dessus, à se transformer en milieu humide, puis en zone forestière, ce qui fait que des lacs rétrécissent. Quand on fait une étude sur un endroit et qu'on prélève des carottes [des forages qui donnent des échantillons de terre et dont l'ordre des couches est préservé, NDLR] autour des lacs, on trouve souvent des sédiments lacustres.»

Si tel était le cas, les coquillages de notre lecteur auraient probablement été plus petits que ceux que l'on trouve sur la plage. Mais, encore une fois, pour en avoir le coeur net, il faudrait les avoir sous la main et les faire identifier - certaines espèces sont clairement associées à l'eau salée ou à l'eau douce, ce qui permettrait de trancher.

Tout de même, faute d'avoir des vestiges concrets à analyser, ces trois hypothèses aident néanmoins à y voir plus clair.

________________

Autre source : PIERRE-ANDRÉ BOURQUE. Le Quaternaire au Québec : une histoire de glaciations-déglaciations, Planète Terre, Université Laval, 2010. goo.gl/KXrFU8

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