Les dents de sagesse ont-elles de l'avenir?

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En grande partie grâce à l'agriculture et à la médecine modernes, nous ne subissons presque plus des «pressions de sélection» qui, autrefois, éliminaient ceux de nos ancêtres qui avaient les gènes les moins adaptés.

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(Québec) «La plupart des gens croient que l'homme continue d'évoluer. On peut parfois entendre que le petit orteil, les dents de sagesse et d'autres appendices à l'utilité douteuse sont appelés à disparaître. Mais, les mécanismes de l'évolution étant ce qu'ils sont et l'homme étant essentiellement hors d'atteinte de la sélection naturelle, je ne vois pas comment cela peut survenir. Qu'en est-il vraiment?» demande Patrick McNeil, de L'Ancienne-Lorette.

La réponse «classique» à cette question a toujours été : non, l'espèce humaine n'évolue plus, ou alors le fait-elle seulement de manière insignifiante, parce que son cerveau surdimensionné lui permet d'apprendre à vivre dans différents environnements, ce qui lui évite d'avoir à s'adapter génétiquement. Dans cette vision des choses, la culture, soit le savoir collectif accumulé et transmis de génération en génération, nous épargnerait d'avoir à subir ce pénible jeu de massacre nommé sélection naturelle, par lequel les individus les moins bien adaptés à un milieu meurent, et leurs gènes avec eux.

La théorie n'est certainement pas dénuée de vérité. Quand on songe aux dizaines de millions d'années d'évolution qu'il faudrait, en principe, pour que des primates d'origine tropicale comme nous finissent par avoir la fourrure et les couches de graisse qu'il faut pour vivre autour du cercle polaire, la présence plusieurs fois millénaire de l'espèce humaine en Arctique semble être une belle preuve de la supériorité de la culture - nous sommes sortis d'Afrique il y a seulement de 50 000 à 60 000 ans. Et de toute manière, il est aussi vrai que, en grande partie grâce à l'agriculture et à la médecine modernes, nous ne subissons presque plus des «pressions de sélection» qui, autrefois, éliminaient ceux de nos ancêtres qui avaient les gènes les moins adaptés.

Et pourtant, et pourtant... «Il y a des mutations qui apparaissent à chaque génération, il y a des changements aléatoires, des individus qui ont plus d'enfants que d'autres... Alors, on n'a pas vraiment de raison de penser que l'espèce humaine a arrêté d'évoluer», dit le chercheur de McGill Simon Gravel, titulaire de la Chaire en génétique statistique des populations.

«À chaque génération, poursuit-il, on a à peu près 60 mutations qui apparaissent dans un individu (sur environ 20 000 gènes). De ce nombre, on peut imaginer que peut-être une va avoir un effet délétère sur une fonction biologique [à entendre au sens large, NDLR].» De là, il y a essentiellement trois grandes possibilités. Si la «fonction» est importante pour le bon fonctionnement de l'individu, alors celui-ci risque de mourir, ou du moins aura une chance réduite de se reproduire, et la mutation s'éteindra au bout de quelques générations tout au plus. Même en 2015...

Si, au contraire, la «fonction» n'est pas nécessaire à la survie, et les dents de sagesse dont parle notre lecteur nous donnent ici un bel exemple, alors il se peut qu'il y ait une pression de sélection pour qu'elle disparaisse. On peut ainsi penser que ne pas faire pousser quatre dents inutiles représenterait un avantage dans un contexte où les ressources seraient rares.

Enfin, si la fonction n'est pas utile, mais que sa présence n'est pas handicapante non plus (ce qui est le cas des dents de sagesse dans les sociétés modernes), elle risque également de disparaître. Comme les mutations aléatoires qui les empêchent de pousser ne sont pas éliminées par sélection naturelle, elles peuvent alors s'accumuler petit à petit au sein d'une population, jusqu'à devenir la norme. «Mais on parle ici d'une évolution qui [si elle existe bel et bien, NDLR] prendrait des millions d'années», précise M. Gravel.

Et l'on touche ici à un aspect particulièrement difficile de la question. L'évolution est un phénomène très lent, d'autant plus que l'espèce humaine a une grande longévité. Il est donc à peu près impossible d'observer ses effets directement sur l'Homme d'aujourd'hui, et donc de dire avec certitude si nous évoluons toujours un peu, beaucoup ou pas du tout.

Mais on connaît quand même des cas manifestes d'évolution génétique survenue chez des populations humaines au cours des quelques derniers millénaires. En voici quelques cas, souvent dus à des maladies...

- Malaria. La malaria est une maladie grave dont les pires souches peuvent, sans traitement, tuer jusqu'à 20 % des adultes infectés. En Afrique subsaharienne, où le pathogène est particulièrement répandu, des populations ont développé une forme de résistance : une version d'un gène qui modifie les cellules du sang attaquées par le microbe. Dans certaines régions, près de 20 % possèdent le gène, contre moins de 0,5 % ailleurs dans le monde. Notons cependant que cette protection a un prix : ces populations sont plus sujettes à une forme d'anémie nommée drépanocytose.

- Altitude. En général, quand quelqu'un passe du temps en altitude, son sang s'enrichit en globules rouges afin de compenser le fait que l'oxygène est plus rare là-haut. Mais les Tibétains, eux, n'ont pas plus de globules rouges que les autres - ce qui est une chance, car un sang plus épais circule plus difficilement. Cela leur vient d'une version d'un gène nommé EPAS1, qui est très répandue chez eux, mais très rare ailleurs.

- La Grande Peste. Une étude parue l'an dernier a montré que les ravages de la Peste noire en Europe, au XIVe siècle, ont laissé une marque durable dans le génome des populations touchées. Celles-ci ont une version particulière d'une poignée de gènes liés au système immunitaire. On croit que cela les aurait protégés contre la peste, mais que cela rendrait aujourd'hui leurs descendants plus sujets à certaines maladies auto-immunes.

Autres sources : 

  • DENNIS O'NEIL. Natural Selection, Modern Theories of Evolution, Palomar College, 2013. goo.gl/OBwEgm
  • FRÉDÉRIC BIEL et autres. Global Distribution of the Sickle Cell Gene and Geographical Confirmation of the Malaria Hypothesis, Nature Communication, 2010. goo.gl/1xhWHU
  • ELIZABETH PENNISI. Black Death Left a Mark on Human Genome, Science Mag, 2014. goo.gl/4yDE4Z

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