Un ours polaire... écossais?

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Parmi les rares preuves fossiles dont on dispose, mentionnons que l'on a trouvé des ossements d'ours polaires datant de la dernière glaciation dans le sud de la Suède et même découvert un squelette en 1927 dans une caverne d'Écosse.

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(Québec) «J'ai une question qui me chicote depuis longtemps : où étaient les ours polaires pendant les périodes glaciaires? Sûrement pas sur la banquise arctique, qui devait avoir des kilomètres d'épaisseur, non?» demande Bruno Lemay, de Lévis.

Il est malheureusement bien difficile de répondre à cette question avec certitude, car les ours polaires (Ursus maritimus) du passé n'ont laissé que très peu de fossiles derrière eux. En bons animaux marins qu'ils sont, ils meurent rarement en des endroits où leurs restes se conservent et sont susceptibles d'être retrouvés.

Mais on possède quand même quelques indices, dit Andrew Derocher, spécialiste des ours polaires de l'Université de l'Alberta. Si l'on se fie au comportement des ours polaires actuels, on peut penser que leurs ancêtres qui ont vécu lors d'une glaciation avaient, grosso modo, besoin de deux choses. D'abord, d'une banquise, en principe le seul terrain de chasse de l'espèce, dont le régime consiste en grande partie de phoques annelés, que les ours attendent sur la glace près de leurs trous de respiration. Et ensuite, d'une banquise qui devait ne pas être trop éloignée de l'eau libre, car on croit qu'après quelques siècles ou millénaires de glaciation, il ne devait plus rester grand-chose de vivant sous la glace permanente (de toute manière trop épaisse pour être percée).

Le hic, dit M. Derocher, «c'est qu'on ne connaît pas très bien les conditions qui prévalaient dans le passé en Arctique pendant les glaciations. Une chose qui semble sûre, c'est que la banquise s'étendait beaucoup plus au sud [encore qu'inégalement d'une région à l'autre, NDLR]. Compte tenu de la nature des ours polaires, il est bien possible que la plupart d'entre eux soient morts sur la banquise. Mais d'autres ont migré vers le sud».

Parmi les rares preuves fossiles dont on dispose, mentionnons que l'on a trouvé des ossements d'ours polaires datant de la dernière glaciation dans le sud de la Suède, région où l'espèce est absente de nos jours. Plus fascinant encore, un squelette découvert en 1927 dans une caverne d'Écosse, que l'on croyait être celui d'un ours brun ancien, s'est avéré après un réexamen récent être un authentique ours polaire. En Écosse, imaginez!

En outre, une analyse génétique sur les ossements d'un vieil ours brun d'Irlande - une population éteinte depuis des siècles - a révélé une parenté étonnante avec l'ours polaire, possible signe d'une présence de U. maritimus en Eire dans un passé lointain. De même, on connaît un chapelet d'îles au sud de l'Alaska, les «îles ABC», où aucun ours polaire ne vit de nos jours, mais qui abrite une population d'ours bruns qui porte clairement des gènes d'ours blanc. Une explication possible est que l'archipel aurait servi de refuge aux ours polaires lors de la dernière glaciation. Une étude parue en 2013 a d'ailleurs démontré que les populations d'ours aussi hybridées sont très rares. On croit que le sud-est de l'Alaska n'était pas recouvert par les énormes glaciers qui écrasaient presque toute la moitié nord de l'Amérique lors du dernier maximum glaciaire, et des restes de phoques annelés datant de cette époque ont été trouvé en abondance sur certaines îles de cette région, ce qui suggère fortement que l'endroit a pu servir de refuge à une population d'ours polaires. Par la suite, lorsque la banquise s'est retirée, cette population serait restée prisonnière à cause de la forme d'anse qu'a cette partie de l'Alaska, et se serait hybridée (jusqu'à carrément se «convertir» en ours brun) avec les grizzlys qui remontaient vers le nord, à mesure que les glaciers se retiraient.

Le sud de la Suède, les îles ABC et l'Irlande/Écosse n'étaient sans doute pas les seuls refuges pour U. maritimus. Ils sont simplement les seuls où l'on a trouvé des indices de la présence de l'espèce, mais il peut y en avoir bien d'autres - les deux côtes américaines et certaines îles au nord du Japon, notamment.

Adaptation

On peut également imaginer que, sous la contrainte d'une glaciation, l'ours polaire a adapté son comportement et s'est tourné vers des ressources alimentaires qu'il exploite peu ou de nos jours. «Ce n'est pas impossible, dit M. Derocher. L'ours polaire est remarquablement opportuniste», et l'on connaît des récits historiques relatant que des ours blancs vivaient au Labrador jusqu'à il y a quelques siècles et se nourrissaient de saumons - alors que les ours du Grand Nord, s'ils attrapent parfois des ombles arctiques, ne le font que très occasionnellement.

Si l'ours polaire a changé sa diète, cela élargirait évidemment le nombre de refuges possibles, mais il serait étonnant que cela ait joué un grand rôle, estime M. Derocher. «Les signatures moléculaires [que l'alimentation laisse dans les os, NDLR] que nous avons indiquent que l'ours polaire s'est toujours nourri surtout de mammifères marins. [...] Quand on regarde les pressions de sélection et les différences morphologiques avec les ours bruns, elles indiquent toutes une spécialisation. Leurs dents sont différentes (faites pour déchiqueter, alors que celles des ours bruns sont plus plates et se prêtes mieux à la mastication de végétaux), leurs griffes sont faites pour agripper et ressemblent plus à celles des chats alors que celles des ours bruns sont davantage des outils pour creuser, la structure de leur crâne n'est pas faite pour mâcher (ce qui est le cas des omnivores).»

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Autres sources :

P. E. CARRARA et autres. «Possible Refugia in the Alexander Archipelago of Southeastern Alaska During the Late Wisconsin Glaciation», Canadian Journal of Earth Science, 2007.

http://goo.gl/zBE5aH

CEIRIDWEN J. EDWARDS et autres. «Ancient Hybridization and an Irish Origin for the Modern Polar Bear Matriline», Current Biology, 2011

http://goo.gl/VsPW9q

JAMES A. CAHILL et autres. «Genomic Evidence for Island Population Conversion Resolves Conflicting Theories of Pola Bear Evolution», PLoS - Genetics, 2013

http://goo.gl/UwGaO9

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