Utile, le cholestérol

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Dans nos sociétés, l'alimentation a tendance à amener nos taux de cholestérol à des niveaux passablement élevés.

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(Québec) «Je vois des personnes âgées de plus de 80 ans qui prennent des hypolipémiants, comme du Lipitor, du Zocor, etc., et dont le cholestérol est pas mal bas. Je me dis que le cholestérol doit avoir un rôle à jouer dans notre corps et qu'il doit y avoir des conséquences à le faire descendre trop bas. Pouvez-vous nous éclairer?» demande Lucie Bergeron, de Québec.

L'intuition est excellente. Le cholestérol est en effet le «grand méchant loup» de notre alimentation - enfin, un grand méchant loup parmi toute une meute, on vit dans une culture qui s'inquiète beaucoup et souvent, mais c'est une autre question -, car il est clairement à l'origine de maladies cardiovasculaires. Mais il est aussi vrai que le cholestérol a un rôle à jouer dans l'organisme, et pas juste un petit. Alors, voyons voir...

On peut se représenter le cholestérol comme un assemblage de deux molécules : d'un côté, c'est un gras, soit une chaîne d'atomes de carbone et d'hydrogène; de l'autre, c'est un «stérol», c'est-à-dire (grosso modo) quatre anneaux d'atomes de carbones collés les uns sur les autres. Et les stérols, c'est très, très pratique.

En effet, ces molécules sont abondamment utilisées tant par les végétaux que par les animaux, et font partie de plusieurs molécules très importantes. C'est pour cette raison que, dans le corps humain, le cholestérol fait office de «précurseur» - soit une molécule dont l'organisme se sert comme point de départ pour en fabriquer d'autres - pour l'acide biliaire, qui est essentiel pour digérer les graisses, pour toutes les hormones dites «stéroïdiennes» (testostérone, oestrogène, etc.) ainsi que pour la vitamine D.

En outre, chez les animaux, le cholestérol est une composante fondamentale de la paroi de toutes les cellules. Toutes...

En un mot comme en cent : le cholestérol est une molécule formidable - du moins, tant qu'il reste aux bons endroits... Comme tous les gras, le cholestérol n'est pas soluble dans l'eau. Le corps produit donc des «transporteurs», des molécules spéciales qui le rendent soluble. Certaines, les «LDL» (pour low density lipoprotein) sont chargées d'amener le cholestérol dans le sang, afin qu'il soit distribué partout dans le corps. Mais à l'occasion, ces LDL «échappent» du cholestérol, et c'est alors qu'il peut former des dépôts sur les artères. Nous avons heureusement un autre transporteur, le HDL (high density lipoprotein) qui est chargé de ramasser le cholestérol dans les artères et de le ramener vers le foie -, mais cela ne suffit malheureusement pas toujours.

Mais malgré cet écueil, il est facile de voir à quel point le cholestérol est utile pour le corps humain. Et de là, on se dit logiquement qu'il est sûrement possible, voire facile d'en manquer. Mais ce n'est pas aussi évident qu'il n'y paraît, nuance le Dr Jean Bergeron, qui mène justement des recherches sur le cholestérol et les hypolipémiants à l'Université Laval.

D'abord, parce que le corps humain est capable de fabriquer lui-même son propre cholestérol. Le seul fait que les végétariens de ce monde soient encore en vie en est d'ailleurs la preuve : les plantes et les champignons ne contiennent presque pas de cholestérol.

Et ensuite parce que, dans nos sociétés, l'alimentation a tendance à amener nos taux de cholestérol à des niveaux passablement élevés.

«À la naissance, dit le Dr Bergeron, on a à peu près 1,3 millimole par litre [mmol/l, la mole étant le nombre d'atomes qu'il y a dans 12 grammes de carbone, soit environ 6 x 1023] de LDL en circulation dans le sang en moyenne. Chez les adultes nord-américains, entre 20 et 70 ans, ça se promène entre 2,5 et 4,5 mmol/l de LDL pour la majorité des gens en bonne santé. Alors, on voit déjà la différence : quand on est adulte, et avec la diète nord-américaine, même pour ceux qui font attention, on se promène dans ces chiffres-là, ce sont des niveaux qui sont considérés comme normaux.

«Quand on décide de traiter avec les fameuses statines, poursuit Dr Bergeron, les recommandations actuelles pour les gens qui sont à risque, c'est de les amener autour de 2 mmol/l. Mais il y a une étude parue cette semaine au congrès de l'American Heart Association, où pendant sept ans les gens étaient maintenus à 1,4 en moyenne. Et chez ces gens-là, il n'y a pas plus d'effets secondaires, du moins chez ceux qui tolèrent la statine. Pas plus de cancer, pas plus de problèmes généraux.»

En outre, dit le Dr Bergeron, certaines personnes ont une génétique qui maintient naturellement leurs taux de LDL à des niveaux très bas, autour de 1 mmol/l, voire 0,5. «Et ils ont une vie tout à fait normale. [...] Alors, il semble que l'on puisse très bien s'accommoder de taux assez bas», dit-il.

Ces études portent pour la plupart sur des sujets âgés de 20 à 70 ans, mais ce que l'on en sait donne à penser que la même règle s'applique pour les gens plus âgés, précise-t-il.

Cas extrêmes

Cependant, il existe quand même des cas extrêmes et très rares de gens qui ont si peu de LDL dans le sang qu'on est incapable de le mesurer. Et eux, poursuit le Dr Bergeron, souffrent de diverses conséquences. Par exemple, le LDL ne transporte pas seulement du cholestérol, mais aussi des vitamines A et E. La vitamine A jouant un rôle dans la vision, ces patients peuvent développer des troubles oculaires. De même, la vitamine E est essentielle dans la fabrication d'une gaine autour des nerfs nommée myéline (d'ailleurs composées principalement de lipides) et qui sert à accélérer la transmission des signaux nerveux. N'avoir presque pas de LDL peut donc causer des neuropathies, comme des engourdissements des membres, peut-être certains troubles du mouvement, des genres d'ataxie», dit le Dr Bergeron.

Autre source: MICHAEL PALMER. «Biological Significance of Cholesterol», Human Metabolism - Lecture Notes, University of Waterloo, 2014. http://goo.gl/Lst5rn

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