Le coup de la mère-grand

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(Québec) «Depuis que nous sommes grands-parents, nous réalisons que le lien qui nous unit à notre petit-fils est différent que lorsque nous étions parents. Est-ce que l'on retrouve ce lien entre grands-parents et petits-enfants chez les animaux?», se demande André Carrier.

Grande, grande question, pour laquelle il n'existe pour l'heure rien d'autre que des hypothèses. Alors partons de ce qui est sûr: si l'on observe bel et bien des grands-parents qui prennent soin de leurs petits-enfants chez certaines espèces, c'est davantage l'exception que la règle. En effet, beaucoup d'animaux qui vivent en solitaire - songeons au puma et à l'ours noir, par exemple - ne peuvent tout simplement pas, par définition, connaître ce genre de lien.

C'est aussi exclu chez les espèces qui abandonnent leurs petits dès la naissance, ou même quand ils sont encore dans l'oeuf, comme le font beaucoup de poissons et de reptiles. Et c'est évidemment encore plus vrai des animaux qui meurent tout de suite après l'accouplement, comme cela arrive souvent chez les insectes, mais aussi chez le saumon du Pacifique.

«C'est sûr que pour qu'il y ait ce lien-là, il faut une organisation, une cohésion sociale qui fait que la grand-mère côtoie ses filles et les enfants de ses filles. [...] Les animaux ne sont pas conscients du lien génétique, alors ça passe par la familiarité: les petits avec lesquels vous êtes familiers ont de bonnes chances d'être vos petits-enfants, et alors vous avez un avantage évolutif à vous en occuper», explique Cyrille Barrette, ancien biologiste de l'Université Laval, aujourd'hui à la retraite.

Les espèces qui correspondent à cette description ne sont pas légion, mais elles existent quand même. Le lion en est un exemple, de même que l'éléphant, le suricate et certaines espèces de singes, comme le babouin. Notons que chez notre plus proche parent, le chimpanzé, la plupart des femelles quittent le clan lorsqu'elles arrivent en âge de se reproduire, et que les mâles ne sont pas très portés sur les soins parentaux, ce qui limite les possibilités de liens forts entre grands-parents et petits-enfants.

Mais bon, le chimpanzé reste une bête complexe, chez qui à peu près tout demeure possible. D'ailleurs, en 2012, dans un zoo de Los Angeles, un bébé chimpanzé de quelques mois a été tué par un mâle dans sa cage. Dans les jours qui ont suivi, et la mère, et la grand-mère du petit ont montré des signes évidents de deuil.

En règle générale, cependant, il faut souligner que les espèces sociales chez qui l'on voit des grands-mères prodiguer des soins à leurs petits-enfants ont souvent tendance à réunir leurs petits en «crèches», dont toutes les femelles du groupe s'occupent plus ou moins collectivement. Il ne faut donc pas trop en lire dans le fait que les grands-mères s'occupent parfois des enfants de leurs filles : peut-être en font-elles autant avec d'autres petits moins apparentés.

***

L'exception humaine

En outre, l'espèce humaine a une caractéristique très singulière, à cet égard, qui la distingue de la presque totalité du monde animal: la ménopause. Hormis deux espèces de cétacés, le globicéphale et l'épaulard, en effet, seules les femmes perdent la faculté de procréer bien avant la fin de leur espérance de vie. Autrement, la règle est que la mort est rarement précédée par une période d'infertilité et que, même quand cela se produit, les deux se succèdent rapidement.

D'un point de vue évolutif, cela tombe sous le sens: si la finalité (biologique) de la vie est de transmettre ses gènes à la génération suivante, alors il ne sert à rien de garder le corps en vie au-delà de sa fécondité. Mais alors, pourquoi en va-t-il autrement de l'espèce humaine, ou du moins des femmes?

L'explication classique souligne que la ménopause correspond à peu près à l'espérance de vie de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs; la ménopause serait ainsi une conséquence du fait que nous vivons plus vieux. Mais voilà, cette hypothèse est très critiquée parce qu'elle n'explique pas pourquoi les hommes demeurent fertiles jusqu'à leur mort ni (et peut-être surtout) pourquoi le décès et la fin de la fertilité coïncident aussi chez les animaux en captivité, qui vivent pourtant bien plus vieux que leurs congénères sauvages.

Plusieurs autres tentatives d'explication ont été proposées pour démystifier l'origine de la ménopause, mais la principale (bien que toujours débattue) est l'«hypothèse de la grand-mère». Selon celle-ci, l'évolution aurait retenu les femmes parmi nos ancêtres qui cessaient de procréer bien avant leur décès, parce que cela leur permettait d'aider leurs filles - peut-être aussi leurs fils - à élever et à nourrir leurs enfants. Et comme les petits humains demandent un investissement parental particulièrement grand, ce coup de pouce de la mémé peut avoir fait une différence suffisamment grande pour avoir été retenu par la sélection naturelle. Après tout, la grand-mère partage le quart de ses gènes avec ses petits-enfants.

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L'exemple de l'épaulard

Plusieurs études (mais pas toutes, notons-le) appuient cette hypothèse. L'une d'elles, d'ailleurs, a consulté des sources généalogiques sur le Saguenay-Lac-Saint-Jean et a trouvé que, à l'époque préindustrielle, la présence d'une grand-mère améliorait les chances de survie des petits-enfants. En outre, une autre étude parue en 2012, sur les épaulards celle-là, a obtenu des résultats similaires. Les orques forment en effet des groupes familiaux incluant, souvent, une femelle qui n'est plus en âge de se reproduire (mais qui, comme la femme, peut survivre des décennies par la suite). L'étude, qui portait sur des épaulards du Pacifique, a trouvé que la mort de cette matriarche augmentait beaucoup le risque de mortalité chez sa descendance - curieusement, surtout les mâles de plus de 30 ans.

Quoi qu'il en soit, il reste que cette histoire de ménopause, si tant est que l'hypothèse de la grand-mère se confirme un jour, pourrait signifier que le lien qui unit les grands-parents humains à leurs petits-enfants est unique dans le monde animal - à deux espèces de cétacés près.

Autres sources:

>> Marc-André Sirard, «Is aneuploidy a defense mechanism to prevent maternity later in a woman's life», Journal of Assisted Reproduction and Genetics, 2011, http://goo.gl/4u8kmv

>> Emma A. Foster et coll., «Adaptive Prolonged Postreproductive Life Span in Killer Whales», Science, 2012, http://goo.gl/bzmNPO

>> Mirkka Lahdenperä et coll., «Fitness benefits of prolonged post-reproductive lifespan in women», Nature, 2004, http://goo.gl/GlFOM4

>> Kristina Cawthon Lang, «Chimpanzee Behavior», Primates Factsheets, Université du Wisconsin, 2006, http://goo.gl/z5cizF

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