Un doublé fluvial

La différence entre la température de l'eau, encore... (Photo fournie par Jean-Guy Labbé)

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La différence entre la température de l'eau, encore assez chaude, et la température de l'air a pu mener à la formation de brouillard au-dessus du fleuve Saint-Laurent. Ce phénomène peut donner l'impression d'assister à la naissance de nuages.

Photo fournie par Jean-Guy Labbé

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(Québec) «Le phénomène du rebond postglaciaire tend à faire diminuer progressivement l'intensité de l'écoulement fluvial du Saint-Laurent. Quelles conséquences ce phénomène, combiné à ceux que vous décrivez dans votre article, aurait-il à long terme? Combiné avec la montée du niveau des mers causée par le réchauffement climatique, est-ce qu'on atteindrait, dans le Saint-Laurent, le seuil où commencerait à se produire le phénomène du mascaret, que nous retrouvons dans les rivières des provinces maritimes?» demande Jean-L. Lefebvre.

Le «rebond glaciaire» dont parle notre lecteur est une remontée (très lente) de la partie du continent où nous nous trouvons. Comme on l'a vu récemment dans cette rubrique, lors de la dernière glaciation, qui a atteint son maximum il y a environ 20 000 ans, presque toute la moitié septentrionale de l'Amérique du Nord était recouverte de glaciers littéralement monstrueux, qui atteignaient des épaisseurs - «altitude» serait même un terme plus approprié - allant jusqu'à cinq kilomètres autour de la baie d'Hudson, endroit où les masses de glace étaient les plus fortes.

Si étonnant que cela puisse paraître, le poids de toute cette eau gelée était tel qu'il a enfoncé la croûte terrestre d'environ 100 mètres dans le sud du Québec, et de plus de 200 mètres autour de la baie d'Hudson. Et quand les glaciers ont commencé à se retirer, il y a environ 15 000 ans, le nord du continent a pu se relever progressivement, chose qu'il n'a d'ailleurs pas encore tout à fait fini de faire. Dans le sud du Québec, le sol remonte encore d'environ un millimètre par année, et ce redressement atteint même un centimètre par année autour de la baie d'Hudson. C'est cette remontée que l'on nomme rebond glaciaire.

(Petite parenthèse : ceux dont cela pique la curiosité peuvent aller voir d'eux-mêmes les marques de ce rebond dans Google Earth. Tapez «Hannah Bay» dans le moteur de recherche, cela vous mènera dans une petite baie à l'extrême sud de la baie James; placez-vous à une altitude d'environ 15 à 20 km, et vous verrez une sorte de patron un peu flou, mais quand même facile à voir, constitué d'une série de lignes plus ou moins parallèles au rivage. Il s'agit des anciennes rives de la baie, qui ont «reculé» à l'intérieur des terres à mesure que celles-ci émergeaient.)

Nous ignorons si ce rebond aura un impact significatif sur la force de l'écoulement du Saint-Laurent, et si vraiment celui-ci diminuerait. À vue de nez, la remontée du sol devrait en principe accroître la pente du fleuve et ainsi augmenter sa vitesse, mais cela n'a de toute manière pas beaucoup d'importance, estime le physicien-océanographe de l'Institut national de recherche scientifique Yves Gratton.

Pour qu'un mascaret - c'est-à-dire des vagues qui remontent le courant d'un cours d'eau, provoquées par la marée montante - se forme, il faut que plusieurs conditions soient réunies et «forcent», littéralement, sa survenue. On peut en effet se représenter les marées comme des ondes, soit comme des espèces de vagues d'assez faible amplitude (de l'ordre de un à deux mètres de haut, dans bien des cas), mais dont la longueur d'onde (la distance entre deux vagues) s'étirerait sur plusieurs centaines de kilomètres. Quand cette «vague» - plus poétiquement nommée onde de mer par les océanographes - remonte un cours d'eau, elle doit vaincre le courant, ou alors passer par-dessus ou par-dessous.

Cependant, explique M. Gratton, il existe une vingtaine d'endroits dans le monde, dont deux dans les Maritimes, où des circonstances bien particulières font en sorte que l'onde de mer n'a tout simplement pas de place où passer. «Ce sont des rivières où les courants sont assez forts pour créer une sorte de mur, et qui sont peu profondes», dit-il.

Dans ce genre d'endroits, l'onde de mer est contrainte d'à peu près tous les côtés, et pénètre donc dans la rivière de la seule manière qu'il lui reste, soit en faisant une vague (ou une série de vagues) qui passe par-dessus le courant.

Or le fleuve est nettement trop profond pour que cela survienne. Si on le remonte jusqu'à, disons, Montréal ou même les Grands Lacs, sa profondeur diminue, bien sûr, mais elle reste assez grande et l'amplitude des marées s'atténue elle aussi en amont, ce qui fait que M. Gratton dit «beaucoup douter» qu'un mascaret soit possible dans le fleuve, malgré tous les changements qui s'y passent.

Autres sources :- Pierre-André Bourque, «Le Quaternaire au Québec : une histoire de glaciations-déglaciations», Planète Terre, Université Laval, 2010, http://goo.gl/ZL7eVw- Pêches et Océans Canada, «Phénomènes particuliers», Marées, courants et niveaux d'eau, POC, s.d., http://goo.gl/LlTRjZ

***

«J'ai observé un phénomène intrigant au lever du soleil, après une nuit froide (de septembre 2012). Un vent léger du sud poussait la vapeur d'eau formée sur le fleuve vers l'île d'Orléans et cette vapeur s'élevait juste avant la côte pour se transformer en nuages. Les conditions favorables à ce phénomène sont rares, mais cela montre bien, à mon avis, comment se forment les nuages, le froid rendant visible l'évaporation de l'eau», nous écrit Jean-Guy Labbé, de Beaumont.

Techniquement, ce sont plus ou moins des nuages. En fait, observe la météorologue d'Environnement Canada Brigitte Bourque, la journée où notre lecteur a pris la photo ci-dessus était manifestement une journée de brouillard, puisqu'on voit bien vers la gauche de l'image que l'île d'Orléans était recouverte d'une bonne couche de brouillard ce matin-là.

Il a donc pu s'en former au-dessus du Saint-Laurent, peut-être même un peu plus qu'au-dessus du sol puisque, en septembre, l'eau est encore assez chaude et une forte différence de température entre une masse d'eau et une masse d'air froid peut causer un «brouillard de mer arctique». Mais surtout, dit Mme Bourque, la masse d'eau chaude du fleuve a dû chauffer l'air se situant juste au-dessus, lui permettant de s'élever. D'où l'impression de voir la naissance de nuages, même s'il s'agit plutôt de brouillard - encore qu'ici, la différence est ténue.

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