Démystifier la «biomasse»

Les deux gros silos construits par Arrimage Québec... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Les deux gros silos construits par Arrimage Québec dans le port de Québec serviront à l'entreposage de granules de bois qui seront envoyées en Europe. Si ces granules sont considérées comme polluantes ici, la situation est différente de l'autre côté de l'Atlantique.

Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé

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(Québec) Il est vrai que depuis quelques mois, des messages en apparence très contradictoires ont circulé dans les médias au sujet de la «biomasse» comme source d'énergie.

D'une part, la compagnie Arrimage Québec a construit, à l'automne et au printemps, deux gros silos dans le Port de Québec qui serviront à entreposer des granules de bois destinées au marché européen. De l'autre, le gouvernement du Québec affirme, chiffres à l'appui, que le chauffage au bois est une cause importante de pollution de l'air, et la Ville de Montréal a même adopté un règlement en août dernier qui interdira carrément l'usage de poêles à bois sur son territoire dès la fin de 2020.

Mais il y a (au moins) deux choses, en tout ceci, qu'il faut démêler pour redonner un sens à cette histoire - car oui, elle en a un. D'abord, ce n'est pas à cause du dioxyde de carbone ou d'autres GES que la combustion du bois générerait que divers acteurs veulent réduire le chauffage au bois dans la Belle Province. Ce sont plutôt les «particules fines», soit ces minuscules morceaux de cendre et de poussière qui composent la fumée, qui sont visées ici. En hiver, effectivement, quand beaucoup de gens chauffent au bois et que certaines conditions météorologiques sont réunies, il arrive qu'une poche d'air stagne au-dessus d'une région et y retienne ces microparticules. Celles-ci peuvent alors s'accumuler jusqu'à provoquer des épisodes de smog hivernal.

Pour d'évidentes raisons de densité, les campagnes sont généralement peu touchées, mais en ville, c'est une source majeure de pollution de l'air.

On peut s'en convaincre en consultant l'«indice de la qualité de l'air» du ministère de l'Environnement. Cet indice ne tient pas uniquement compte des particules fines (y figurent aussi l'ozone, les dioxydes de soufre et d'azote ainsi que le monoxyde de carbone), mais il reste assez parlant de voir que dans un quartier comme Limoilou, c'est de novembre à février que la pollution atteint ses pires niveaux : en 2012, les maximums quotidiens ces mois-là y ont dépassé les seuils de «mauvaise qualité» de l'air entre15 et 30 % des jours, contre moins de 5 % le reste de l'année. À l'échelle du Québec, environ la moitié des particules fines dans l'air proviennent du chauffage du bois.

On fera valoir ici que le même problème peut survenir en Europe, mais comme le souligne Claude Villeneuve, biologiste et titulaire de la Chaire en éco-conseil de l'UQAC, «ici, on a encore beaucoup, beaucoup d'équipements qui sont vétustes. [...] En Europe, les gros enjeux de chauffage au bois sont pour le chauffage communautaire, donc c'est comme des centrales à vapeur pour chauffer, par exemple, trois écoles et un hôpital. Et alors là, tu travailles avec des plaquettes ou des granules [qui font beaucoup moins de fumée, NDLR]».

Comprendre les GES

La deuxième chose qu'il faut démêler, ce sont les GES. Oui, brûler du bois libère du CO2 qui, en principe, retiendra autant de chaleur dans l'atmosphère que le CO2 produit par la combustion du pétrole, du gaz naturel ou du charbon. Mais dans cette question du réchauffement climatique, la provenance du CO2 (ou plus généralement du carbone) est fondamentale. Le carbone circule sur Terre dans une sorte de grand «cycle», où il est grosso modo capturé dans l'air par les plantes, puis libéré (après quelques jours ou quelques semaines dans le cas des herbes, quelques décennies ou même des siècles dans celui des arbres) lorsque la plante meurt et se décompose, ou lorsqu'elle est dévorée par un animal qui s'en servira comme d'une source d'énergie. C'est là un cycle qui est à peu près en équilibre depuis très longtemps.

Mais lorsque l'on sort des combustibles fossiles du sous-sol, combustibles qui étaient ensevelis depuis des centaines de millions d'années, on se trouve à ajouter du carbone dans ce cycle, ce qui n'est bien sûr pas le cas d'une bûche. On pourrait faire valoir ici que le CO2 que l'on produit en brûlant un arbre n'est pas immédiatement recapté par un autre arbre - ce qui est vrai, puisqu'il faut environ 70 ans pour qu'une nouvelle pousse emmagasine tout le carbone que l'on trouve dans un arbre mature. Mais si l'on n'utilise que des branches, ce qui souvent le cas avec les granules, cette «dette» descend à quelques années à peine et, de toute manière, le coeur du problème demeure le même : c'est en ajoutant du carbone dans le cycle qu'on contribue au réchauffement planétaire, et c'est pourquoi la biomasse est considérée comme «neutre» de ce point de vue.

Pour comprendre le traitement en apparence contradictoire que le Québec et l'Europe réservent au bois, c'est là un autre point fondamental. «Avec l'hydroélectricité qu'on a au Québec, qui n'émet à peu près pas de GES, le chauffage au bois n'a pas cet avantage-là ici. Mais en Europe, oui», dit M. Villeneuve. Si des institutions européennes remplacent du gaz naturel ou du mazout par des granules de bois, par exemple, il y aura un gain du point de vue des GES. La Chaire en éco-conseil a d'ailleurs fait le calcul pour un établissement de la Matapédia qui a récemment troqué le mazout pour le chauffage aux granules, et même en comptant tout (récolte, transformation et transport) et en mettant les choses au pire, les GES diminuent par un facteur 30.

De même, une bonne partie des granules qui transiteront par Québec sont destinées à des centrales thermiques de l'Angleterre, où le bois remplacera (au moins en partie) le charbon.«À la lecture de votre article "L'avenir des résidus forestiers" et concernant le rôle que peut jouer l'utilisation des granules de bois dans la réduction des gaz à effet de serre (GES), je me pose diverses questions. D'abord, comment se fait-il qu'au Québec, nous favorisions une réduction du chauffage au bois parce qu'il produit de ces fameux GES, ainsi que plusieurs autres polluants, alors qu'en Europe, ils veulent en faire une utilisation industrielle? Par ailleurs, la production de ces fameuses granules mobilise une forte demande en énergie. Je pense notamment au transport et à la transformation. Est-ce que ceci est pris en compte dans le calcul de la production des GES?» demande Michel Gagnon.

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