Trois pour un

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Le cycliste qui roule devant un autre travaille... (Photothèque Le Soleil)

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Le cycliste qui roule devant un autre travaille plus fort que son suivant, mais la présence de ce dernier derrière lui ne le fait pas forcer davantage. Désolé, M. Bédard!

Photothèque Le Soleil

Jean-François Cliche
Le Soleil

(Québec) «J'ai un sujet de controverse avec mon mari. Lorsque nous faisons du vélo, il pense que si je le suis de près, il me tire par un effet d'aspiration et que c'est plus difficile pour lui. Mais moi, je pense que l'effet d'aspiration n'engendre pas plus d'effort pour celui qui est en avant, que c'est juste l'effet du vide entre les vélos», demande Diane Bédard.

 

 

Ce n'est pas par vantardise, ni pour faire dériver subtilement cette rubrique vers le courrier du coeur, mais force est de constater que Mme Bédard n'est pas la première à consulter votre humble serviteur pour régler une «controverse» de ménage. Plusieurs autres lecteurs l'ont fait auparavant, notamment parce qu'ils n'arrivaient pas à s'entendre sur la question de savoir si c'est vraiment gaspiller de l'énergie que de laisser des ampoules allumées en hiver.

Et il nous fait toujours bien plaisir, en prenant le rôle du médiateur, de rendre le monde meilleur, une chicane de couple à la fois...

Dans l'«affaire Bédard c. Bédard» comme dans bien d'autres, nous recommandons à chacune des parties de mettre de l'eau dans son vin, puisque chacune a partiellement raison et partiellement tort.

Comme nous l'a expliqué Alain de Champlain, professeur au Département de génie électrique de l'Université Laval, «en arrière d'un objet qui se déplace, l'écoulement d'air crée une dépression [...] une poche d'air qui est stagnante par rapport à l'objet et où la pression est plus basse».

Les gaz se déplaçant des endroits où la pression est la plus élevée vers ceux où elle est plus basse, cela crée une aspiration juste derrière le cycliste - ou tout autre véhicule -, dont peut profiter quiconque se blottit derrière le meneur.

Déplacement d'air

Mais pour créer cette dépression, le premier cycliste doit déplacer l'air qu'il traverse, le «pousser» si l'on veut, ce qui crée une haute pression devant lui. Autrement dit : oui, il travaille plus fort que ceux qui le suivent, ce qui, dans le cas qui nous intéresse, donne en partie raison à Monsieur. Mais un cycliste crée toujours un effet d'aspiration derrière lui, peu importe que quelqu'un se tienne ou non dans la zone de basse pression.

Et en ce sens, c'est plutôt Madame qui a raison : sa présence derrière Monsieur ne le fait pas forcer davantage.

«Comment se fait-il que les petits animaux, comme les mouches ou les souris, se retrouvent sur le dos à leur mort?» demande Jean-Pierre Marsolais, de Saint-Pierre-de-l'Île-d'Orléans.

En fait, il est faux de croire que les animaux, même les petits, terminent nécessairement leurs jours sur le dos. L'auteur de ces lignes a déjà vu des mulots tout ce qu'il y a de plus décédés pointer le nombril résolument vers le bas. Et pas plus tard qu'il y a trois semaines, il a aussi surpris trois fourmis ailées en flagrant délit de mort sur pattes sur son balcon avant.

De manière générale, ce sont surtout les coquerelles qui ont la réputation de mourir sur le dos, mais même elles l'ont apparemment usurpée. D'après le site de l'entomologiste Joseph Kunkel, de l'Université du Massachusetts, «peu de coquerelles meurent sur le dos dans la nature», mais on peut avoir l'impression inverse parce que celles que l'on voit ne sont justement pas dans leur environnement naturel.

«Il faut comprendre, explique-t-il, que les coquerelles n'ont pas l'habitude des planchers de vinyle et du marbre poli. Elles se sentent plus à leur aise sur les sols rugueux truffés de feuilles et de branches, si bien que lorsqu'une coquerelle est renversée, elle peut avoir beaucoup de mal à revenir sur ses pattes si elle ne trouve pas de débris auquel s'accrocher, comme c'est le cas sur nos planchers. Et puis, les coquerelles mortes que nous voyons ont souvent été tuées par des insecticides, dont la plupart sont des organophosphatés.»

Enzyme neutralisé

Les organophosphatés, en effet, sont des poisons qui s'attaquent aux nerfs - ceux des insectes comme les nôtres, d'ailleurs. Ils s'y prennent en neutralisant un enzyme, l'acétylcholinesterase (AChE) de son petit nom, dont le rôle est de briser les molécules d'un neurotransmetteur, l'acétylcholine, qui relaie les impulsions d'un neurone à l'autre en s'accrochant à des récepteurs à la surface des neurones. Sans AChE pour la briser, l'acétylcholine s'accumule alors à la surface des neurones, ce qui peut provoquer «des spasmes musculaires qui ont souvent pour effet de tourner la coquerelle sur le dos. Privée de sa coordination musculaire normale, la coquerelle est alors tout simplement incapable et, éventuellement, meurt sur le dos».

Source :

JOSEPH KUNKEL. The Cockroach FAQ, UMass, 2011, http://www.bio.umass.edu/biology/kunkel/cockroach_faq.html#Q6.

Bidon gonflé

«Pourriez-vous m'expliquer pourquoi un bidon d'essence devient gonflé lorsqu'il fait chaud? [...] Je sais que l'essence prend de l'expansion à la chaleur, mais pourquoi s'accumule-t-il tant d'air?» se questionne Daniel Langevin, de Québec.

Le problème n'est pas que l'air «s'accumule» dans le bidon, mais plutôt que celui qui se trouve déjà dedans s'échauffe et prend de l'expansion - ou tente de le faire. On peut s'en convaincre en faisant l'expérience inverse : si l'on gonfle une «balloune» et qu'on la place au congélateur, elle rétrécira beaucoup.

La température n'est en effet rien d'autre qu'une mesure de l'énergie cinétique (ou «de mouvement», si l'on préfère) des molécules qui composent un milieu. Ainsi, plus il y fait chaud, et plus les molécules de gaz dans la balloune se déplacent rapidement. Du coup, elles percutent plus fortement la paroi du ballon, qui gonfle alors sans qu'on lui ajoute d'air. Inversement, en plaçant la balloune au frais, on retire de l'énergie aux molécules gazeuses, qui exercent ensuite une pression moindre sur la paroi - d'où le rétrécissement.

C'est la même chose avec le bidon : quand il chauffe, sa pression interne augmente jusqu'au point où elle vainc la résistance du contenant, qui perd alors sa forme. Simplement parce que les molécules de gaz, à l'intérieur, voyagent plus vite.

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