La voix d'hélium

Si l'hélium donne une voix ridicule à quiconque...

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Si l'hélium donne une voix ridicule à quiconque l'inhale, ce n'est pas par réaction chimique, mais en raison de sa très faible densité.

Jean-François Cliche
Le Soleil

(Québec) «Dans un numéro récent de Prières de ne pas envoyer de fleurs de la SRC, Véronique Cloutier et Louis Morissette [... inhalaient] le contenu de plusieurs ballons gonflés à l'hélium. Indépendamment [des exagérations normales dans ce genre de sketch], on peut s'interroger sur les effets d'une telle présentation sur le comportement des jeunes qui, pour faire les comiques, auraient le goût de respirer le contenu des ballons de fête. Ce gaz n'est pas du tout anodin, n'est-ce pas?» s'inquiète Angèle Breton.

À vrai dire, il y a très peu de points de vue à partir desquels l'hélium apparaît anodin - mais que notre lectrice se rassure tout de suite, la santé fait partie des exceptions.

D'un point de vue cosmique, l'hélium (symbole : He) représente environ 24 % de toute la matière de l'Univers, loin derrière l'hydrogène, qui en fournit les trois quarts, mais loin devant tous les autres éléments réunis, du lithium jusqu'au massif lawrencium, en passant par le fer, le plomb, etc. Pas banal, quoi...

En chimie, l'hélium fait partie d'une famille de gaz (avec d'autres comme le néon et l'argon) qui sont les éléments les plus stables, chimiquement, de tout le tableau périodique. Autour des noyaux atomiques, en effet, les électrons se distribuent un peu comme des pelures d'oignon, en formant des sortes de «couches» successives (grossièrement parlant). Règle générale, les atomes tentent de compléter leur dernière «couche» en la remplissant complètement d'électrons, ce qu'ils font en mettant des électrons en commun - ou, si l'on préfère, en réagissant chimiquement les uns avec les autres. Or dans la famille de l'hélium, cette couche externe est déjà complétée, ce qui en rend les membres très, très peu réactifs. On ne les appelle pas les «gaz anodins», cependant, mais plutôt les «gaz rares» ou «gaz nobles».

Et c'est justement pour cette raison que, du point de vue de la santé, l'hélium est plutôt anodin. Après le néon, il est en effet l'élément le plus chimiquement inerte de la famille la plus pépère de tout le tableau périodique - les gaz rares plus lourds sont moins inertes, mais leur comportement est à des années-lumière de celui d'incorrigibles excités comme le fluor et l'oxygène. C'est pourquoi l'hélium n'est pas ou peu absorbé par les poumons, ne passe donc pas ou peu dans le sang et, quand il s'y trouve, ne fait que passer.

Pour vous le prouver, d'ailleurs, la prosodie de cette chronique a été spécialement ajustée pour atteindre un divertissement maximal lorsque lue à voix haute par quelqu'un qui a inhalé de l'hélium. Juré...

(Petite parenthèse : si l'hélium donne une voix ridicule à quiconque l'inhale, ce n'est donc pas par réaction chimique, mais pour une autre raison, c'est-à-dire sa très faible densité. Ce qui constitue le «moteur» de la voix humaine, en effet, ce sont les cordes vocales, dont les vibrations compriment et raréfient successivement l'air. Ce genre d'alternance haute pression/basse pression est justement ce que nos oreilles perçoivent comme des sons, et plus l'alternance est rapide, plus le son est aigu. Ces vibrations sont ensuite «filtrées», si l'on veut, avant de sortir : à cause de la taille et de la forme de plusieurs de nos organes, comme la gorge, la cavité nasale et même le squelette au complet, certaines fréquences (ou «notes») sont amplifiées alors que d'autres sont étouffées. C'est ce mélange spécifique de fréquences qui fait le timbre de la voix de chacun. Or l'hélium étant nettement plus léger que l'air, les ondes sonores y voyagent plus rapidement, ce qui favorise les fréquences plus élevées. Les ingrédients du «mélange» demeurent les mêmes, mais pas les «quantités», les notes plus aiguës ressortant plus que d'habitude. Fin de la parenthèse.)

Cela étant dit, il faut aussi spécifier qu'inhaler de l'hélium n'est pas toujours totalement anodin. Une surexposition peut mener à l'asphyxie, puisque ce gaz prend la place de l'air, et donc de l'oxygène dont on a besoin. Autre avertissement à donner : ne jamais inhaler d'hélium directement de la bonbonne. Le gaz en sort à une très forte pression qui peut endommager les poumons ou même forcer le passage d'une quantité relativement grande d'hélium dans le sang, où il peut alors former des bulles dangereuses.

Sources : ALBERT J. NANTEL. «Cas cliniques : exposition au butane», Bulletin d'information toxicologique, 1998, http://www.inspq.qc.ca/ctq/bulletin/articles/oct98clin.asp?E=p&plain. JOE WOLFE. «Physics in Speech», Physclips, University of New South Wales, s.d. http://www.animations.physics.unsw.edu.au/jw/speech.html

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«J'aimerais savoir quelles sont les substances contenues dans le sulfite, quelle quantité de ces substances peut être contenue dans une bouteille de vin et en quoi cela est susceptible d'être dommageable pour la santé», demande Valentine Larouche.

Les sulfites sont des ions, c'est-à-dire, comme on l'a déjà vu dans ces chroniques, des atomes ou des molécules portant une charge électrique. L'ion sulfite, ici, est composé d'un atome de soufre (comme son nom l'indique) et de trois oxygènes; il porte une double charge négative (SO32-), ce qui signifie qu'il possède deux électrons de plus qu'il ne lui en faudrait pour être électriquement neutre.

Le vin en contient naturellement de petites quantités, mais on en rajoute presque toujours parce que ce sont de bons agents de conservation. La mention «contient des sulfites» signifie qu'il y en a plus de 10 parties par million.

En eux-mêmes, les sulfites ne comportent aucun danger pour la grande majorité des gens, puisque après tout, notre organisme en produit. Mais il y a tout de même des personnes qui sont «allergiques» à certains sulfites - un terme à mettre entre guillemets parce qu'une allergie est, à proprement parler, une réaction à une protéine, ce que les sulfites ne sont pas. Mais autrement, les symptômes peuvent ressembler beaucoup à ceux des allergies stricto sensu, c'est pourquoi on signale leur présence.

Sensibilité aux sulfites, Agence canadienne d'inspection des aliments, 2012, http://www.inspection.gc.ca/aliments/centre-des-consommateurs/conseils-sur-la-salubrite-des-aliments/etiquetage-emballage-et-entreposage-des-aliments/sulfites/fra/1332438953632/1332439026694.

Sulfites : un des neuf allergènes alimentaires les plus courants, Santé Canada, 2009, http://www.hc-sc.gc.ca/fn-an/securit/allerg/fa-aa/allergen_sulphites-sulfites-fra.php

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