Histoires de bibittes

Les abeilles et les guêpes, qui comptent 25... (Photothèque Le Soleil)

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Les abeilles et les guêpes, qui comptent 25 000 espèces chacune dans le monde, ne vivent pas toutes en ruche ou en «nid collectif».

Photothèque Le Soleil

Jean-François Cliche
Le Soleil

(Québec) «On voit parfois des abeilles ou des guêpes transporter vaillamment des morceaux de feuilles et les enfouir dans des fentes de planches, dans des tubes de métal de balançoires, etc. Or ces endroits ne sont pas nécessairement des nids ou des ruches, et ces insectes ne semblent pas du tout incommodés par la proximité des humains, tout occupés qu'ils sont à transporter et à enfouir de façon répétitive ces petits bouts de feuilles. Pourquoi agissent-ils de la sorte?» demande André Couture, de Rimouski.

Commençons notre réponse par une citation. Ça fait toujours sérieux, sinon même savant, ça donne de l'ascendant, surtout que la citation est tirée d'un bouquin, et il s'adonne qu'en plus, celle qui suit a le bel avantage d'être pertinente : «Ce qui vient à l'idée lors de l'observation d'une abeille ou d'une guêpe, c'est que chacune appartient à un nid dans lequel elles retrouvent leurs congénères. [... Mais] c'est loin d'être le cas [de toutes]! En effet, seulement 5 % des espèces d'abeilles se sont socialisées», écrivait l'an dernier l'entomologiste de l'UQTR Jean-Pierre Bourassa dans son livre (pas mal réussi, d'ailleurs) Le monde fascinant des insectes (MultiMondes, 2011).

Ce qui nous donne déjà un élément de réponse : les abeilles et les guêpes, dont on dénombre 25 000 espèces chacune dans le monde, ne vivent pas toutes en ruche ou en «nid collectif».

Chez les espèces solitaires, a précisé M. Bourassa lors d'un entretien téléphonique, il peut arriver que plusieurs individus fassent leur nid près les uns des autres, mais «chacune s'occupe de ses petits à lui. Il n'y a pas de compétition entre elles, mais pas de coopération non plus».

Bref, ceux qui pensaient que la formule du condo où les voisins ne se parlent jamais était une invention humaine devront se raviser. Mais revenons à nos moutons...

Sans pouvoir émettre une opinion arrêtée, n'ayant pas vu les spécimens, M. Bourassa croit que ce qu'a vu notre lecteur était «vraisemblablement des guêpes, peut-être des guêpes fouisseuses» - encore que, nuance-t-il, certaines espèces d'abeilles peuvent aussi avoir des comportements fouisseurs.

Et si elles découpent des morceaux de feuilles, parfois aussi de fleurs, c'est simplement pour nourrir leurs larves, cachées dans le sol. «Et là, vous avez tout un monde, commente notre spécialiste. Certaines vont broyer les feuilles et simplement laisser les débris dans leur nid, de façon à ce que des champignons décomposeurs se développent dessus; et c'est de ces champignons dont se nourrissent leurs larves! Mais sous nos latitudes, il est plus probable qu'elles broient les feuilles pour les imbiber de salive et débuter la digestion.»

«Un été, j'ai eu la chance d'observer l'étrange comportement d'une mouche possédant deux paires d'ailes noires et brillantes, de 3 cm. S'étant posée très près d'une toile d'araignée, elle utilisa une de ses pattes pour tapoter un des rayons et dès que l'araignée apparut, elle l'enroula dans son propre fil et repartit aussitôt avec trois proies de 2 mm, chacune étant fixée par un fil à sa taille. Je restai estomaqué par la scène... Est-ce normal ou s'agit-il de l'évolution réussie d'une mouche vengeresse...?» se questionne Benoît Buteau, de Montmagny.

«Je n'ai jamais entendu parler d'un comportement comme celui-là», répond d'emblée M. Bourassa. Cela ne signifie pas qu'il n'existe pas, mais disons tout de même que cela garde ouverte la possibilité que notre lecteur ait mal interprété ce qu'il a vu.

Ce qui est sûr, dit l'entomologiste, c'est qu'avec quatre ailes, il ne s'agissait pas d'une mouche. Les mouches sont en effet des diptères, c'est-à-dire que, comme leur nom le laisse deviner, elles n'ont qu'une seule paire d'ailes. Une deuxième paire placerait l'insecte dans la (très vaste) famille des hyménoptères, dont les abeilles et les guêpes font partie, d'ailleurs.

D'un point de vue comportemental, ce cas pourrait (si le nombre d'ailes concordait) faire penser à un asile, un groupe de diptères prédateurs capables de chasser des araignées.

«L'été, quand je suis dehors, je remarque de minuscules araignées rouges qui se promènent à fond de train partout. Mais malgré leur taille, quand elles nous piquent, on s'en aperçoit car elles font mal - et ça «gratte» quelque temps après. Comment leur morsure peut-elle être si surprenante alors qu'elles sont si petites?» aimerait savoir Noëlla Lavigueur, de Québec.

Si ces «araignées», qui sont en fait des acariens, parviennent à faire mal à des animaux de notre taille, c'est «parce qu'en mordant, et c'est là une défense qu'elles ont développée au cours de leur évolution, elles injectent aussi leur salive dans la blessure, salive qui contient des substances qui réagissent chimiquement avec nos cellules», dit M. Bourassa.

Ce genre de composé est très répandu chez les insectes, poursuit-il. Si leur composition varie d'une espèce à l'autre, ils sont généralement à base de protéines.

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