Les degrés à la traîne

L'inertie thermique est une résistance à l'accélération, qui... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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L'inertie thermique est une résistance à l'accélération, qui fait qu'un objet n'acquiert pas sa vitesse instantanément quand on applique une force sur lui. Les périodes les plus froides et plus chaudes arrivent donc en retard sur les solstices d'hiver et d'été.

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

Jean-François Cliche
Le Soleil

(Québec) «Il y a une question qui me trotte dans la tête depuis quelques années: pourquoi les périodes les plus froides et plus chaudes (mois de janvier et mois de juillet) arrivent toujours en retard sur les solstices d'hiver et d'été? Après tout, si le 21 décembre est la journée la plus courte de l'année, pourquoi n'est-elle pas aussi la plus froide? Et pourquoi le 21 juin n'est-il pas la journée la plus chaude de l'été?» demande Patrick Champagne, de Drummondville.

En effet, la question se pose: la journée du solstice d'hiver est celle où nous recevons l'ensoleillement le plus court et où, par-dessus le marché, les rayons du soleil nous parviennent avec l'angle le plus prononcé, ce qui en diminue la «force». Or, la température moyenne à Québec le 21 décembre est de - 10,4 °C, alors que les journées les plus froides surviennent un mois

plus tard, les 21 et 22 janvier (- 13,1 °C). De même, le 21 juin, il fait en moyenne 17,2 °C dans la capitale, alors que les journées les plus chaudes (19,6 °C du 23 au 26 juillet) arrivent, ici encore, avec un bon mois de retard, même si nous recevons moins d'énergie du soleil à ce moment-là de l'année.

En outre, avant de répondre directement à la question de M. Champagne, on pourrait rajouter une couche supplémentaire à ce mystère... Faisons-le immédiatement (par pur sadisme): ces «bizarreries thermiques» ne s'observent pas qu'aux solstices, mais aussi, et peut-être plus encore, lors des équinoxes. Une petite visite sur le site fédéral meteo.gc.ca permet en effet de constater que la température à Québec autour du 21 mars est nettement plus froide que vers le 21 septembre, à - 3,4 °C contre 11,3 °C, et ce, malgré des ensoleillements égaux en durée et en inclinaison.

Alors qu'est-ce qui se passe? Qu'est-ce qui distinguera la journée de ce mardi, lorsque surviendra l'équinoxe de printemps, du prochain équinoxe automnal et qui pourrait expliquer que des quantités égales d'énergie reçues du soleil produisent des températures différentes de près de 15 °C?

La première chose qui vient à l'esprit est le couvert neigeux, parce qu'il réfléchit vers le ciel une partie appréciable des rayons solaires, les empêchant ainsi de faire grimper le mercure. Comme il reste toujours de la neige le 21 mars, mais jamais le 21 septembre, et comme il y en a toujours vers le 21-22 janvier, mais seulement à l'occasion le 21 décembre, cela pourrait expliquer notre «anomalie», non?

Pour en avoir le coeur net, nous avons examiné les moyennes climatiques de la ville de New York, où la neige ne subsiste à peu près jamais jusqu'en mars. Résultat: il faudra trouver une autre explication, parce que le même genre d'écart survient aussi dans la Grosse Pomme: il y fait en moyenne 7 °C le 21 mars et 19 °C le 21 septembre, malgré l'absence de neige à ces deux dates. La différence de 12 °C est moindre que les 15 °C de Québec, mais pas par beaucoup.

Alors, on le redemande: si ce n'est pas la lumière réfléchie par la neige, où est l'astuce?

«Ce n'est pas trop compliqué. Ça s'appelle l'inertie thermique», répond d'emblée René Laprise, climatologue de l'UQAM.

Inertie thermique

Dans son sens le plus répandu, l'«inertie» est une résistance à l'accélération, qui fait qu'un objet n'acquiert pas sa vitesse instantanément quand on applique une force sur lui - ni n'arrête illico quand on le freine. De la même manière, explique M. Laprise, tout corps possède une inertie thermique qui fait qu'il lui faut toujours un certain temps pour se réchauffer ou refroidir.

«L'élément qui a la plus grande inertie thermique dans l'environnement, et de loin, c'est l'océan. Vient ensuite le sol des continents, en bon second», dit M. Laprise.

Ainsi, pendant tout l'été, l'eau et la terre «emmagasinent» de la chaleur qu'ils retransmettent ensuite graduellement à l'atmosphère au cours de l'automne, quand le soleil ne suffit plus à maintenir les températures clémentes. C'est un processus qui s'échelonne sur plusieurs mois, et c'est en bonne partie ce qui explique pourquoi la journée la plus froide survient avec un mois de retard sur le solstice.

Or, quand arrive le printemps, le mécanisme s'inverse: les immenses réservoirs de chaleur que constituent les océans et les sols sont alors «vides», pour ainsi dire, et commencent à «voler» de la chaleur à leur environnement. «C'est d'ailleurs pour cette raison que dans le sous-sol des maisons, le moment où la température est la plus basse n'est pas l'hiver, mais le début du printemps», illustre M. Laprise.

Voilà donc pourquoi le solstice d'été n'est pas la journée la plus chaude et pourquoi l'équinoxe de mars est environ 15 °C plus froid que celle de septembre.

Précision

Quelques lecteurs nous ont fait remarquer qu'une légère imprécision s'est glissée dans notre chronique de dimanche dernier. Contrairement à ce que nous écrivions, il n'est pas tout à fait vrai de prétendre que le watt et le newton-mètre ne sont pas des unités du système métrique. En fait, le système métrique compte sept unités de base, soit le mètre, le kilogramme, la seconde, l'ampère, le kelvin, la mole et la candela. De celles-ci, on tire toute une série d'«unités dérivées», dont font partie le watt (qui s'écrit, en «métrique pur»: w = kg*m2/s3) et le newton-mètre (Nm = kg*m2/s2).

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