Grippe «d'homme» ou «saisonnière»?

La grippe saisonnière frappe généralement entre la fin... (Photothèque Le Soleil)

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La grippe saisonnière frappe généralement entre la fin de l'automne et la fin de février, tandis que la grippe pandémique implique un nouveau virus. Pour ce qui est de la grippe dite «d'homme», elle pourrait n'affecter que les personnes de sexe masculin. Quoique personne ne l'a confirmé!

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(Québec) «Qu'est-ce que la grippe "saisonnière"? Pourquoi n'y a-t-il presque pas de grippe l'été? Est-ce parce que le virus de la grippe ne se développe qu'avec l'arrivée du froid? Souffre-t-on de la grippe en Haïti ou dans les autres pays chauds?» demande Christiane Baril, de Québec.

On parle de grippe saisonnière parce qu'elle frappe généralement entre la fin de l'automne et la fin de février, mais on aurait tout aussi bien pu l'appeler «grippe ordinaire» ou «commune», car son opposé n'est pas la «grippe désaisonnalisée» - n'en déplaise aux économistes -, mais bien la grippe pandémique. La saisonnière porte d'ailleurs aussi le nom de grippe épidémique.

«La grippe pandémique, normalement, ça implique qu'il y a un nouveau sous-type de virus qui infecte une population donnée, qui n'a pas d'anticorps pour se défendre. Et, deuxième condition, il faut que ce sous-type de virus soit hautement transmissible entre humains», explique le Dr Guy Boivin, infectiologue de l'Université Laval et spécialiste de l'influenza, le virus qui cause la grippe.

(Petite parenthèse: le Dr Boivin ne nous l'a pas dit explicitement, ni même implicitement d'ailleurs, mais on croit comprendre ici que la «grippe d'homme» est une grippe pandémique qui n'affecte qu'une seule personne, de sexe masculin il va sans dire. À moins qu'une pandémie ne soit une grippe d'homme qui est parvenue à se multipler... Enfin, revenons aux choses sérieuses.)

Trois types d'influenza

Il y a trois grands types d'influenza, simplement nommés A, B et C. Ce dernier étant rare, ce sont habituellement les deux autres qui causent la grippe (saisonnière ou pandémique), et c'est le type A, parce qu'il mute plus rapidement, qui a le plus grand potentiel épidémique.

Pour leur part, les «sous-types» auxquels le Dr Boivin fait référence sont déterminés par des protéines logées sur l'enveloppe des virus. On en trouve deux sortes: les hémagglutinines et les neuraminidases - les fameuses lettres H et N que l'on utilise parfois pour nommer des grippes.

Qu'est-ce que ces protéines font là? L'hémagglutinine se fixe sur un récepteur (une sorte de sucre) à la surface des cellules de nos poumons et sert de «clé» au virus pour entrer dans la cellule. Une fois à l'intérieur, le virus prend le contrôle de la cellule et la contraint à produire d'autres virus qui, pour ressortir, auront besoin d'une autre «clé», la neuraminidase. Il existe 16 sortes d'hémagglutinine, désignées simplement de H1 à H16, et neuf sortes de neuraminidase, N1 à N9, mais ces protéines ne sont pas toutes capables d'agir efficacement sur les récepteurs des cellules de poumons humains - seules H1, H2, H3 ainsi que N1 et N2 le peuvent.

Habituellement, la «grippe saisonnière» dont on parle au singulier est en fait un mélange de souches particulières d'influenza B, de A (H1N1) et de A (H3N2). Ce sont d'ailleurs celles-ci que visent les vaccins saisonniers, et ce, depuis des années - même avant l'éclosion de la «grippe porcine» en 2009, que l'on nommait A (H1N1).

Alors comment cette dernière a-t-elle pu être déclarée pandémique, même si le sous-type A (H1N1) était présent auparavant, et même banal?

D'abord, comme l'explique le Dr Boivin, «l'hémagglutinine [cible habituelle des vaccins et des anticorps] est une protéine qui se replie sur elle-même, alors ce sont surtout les parties en surface que notre système immunitaire "voit" et attaque. Et ce sont ces parties-là de la protéine qui mutent le plus rapidement pour contourner nos défenses». L'intérieur de la protéine repliée mute beaucoup plus lentement, mais nos anticorps n'y ont pas accès. Cela explique pourquoi un même sous-type peut nous infecter année après année.

A (H1N1) et la grippe espagnole

Dans le cas de A (H1N1), il s'agit d'un sous-type apparu avec la pandémie de grippe espagnole de 1918. Une partie des virus sont restés dans la population humaine depuis lors, et nos défenses naturelles ont eu amplement le temps de s'y faire. Cependant, poursuit le Dr Boivin, certains des virus A (H1N1) du début du XXe siècle ont muté pour infecter des porcs, espèce dans laquelle ils ont continué d'évoluer pendant des années, voire des décennies avant de muter une fois de plus, en 2009, pour repasser chez l'humain. Et après tout ce temps, dit le Dr Boivin, cette souche de  A (H1N1) - son nom complet est: A/California/7/2009(H1N1), ce qui signifie «souche de A (H1N1) identifiée pour la première fois en Californie, septième lignée de 2009» - avait beaucoup changé.

«Si on voulait être puriste, dit le Dr Boivin, on ne pourrait pas dire que la grippe de 2009 était pandémique, parce que le sous-type A (H1N1) était déjà là, mais c'était quand même un virus porcin pas mal différent de ce qui circulait chez les humains. [...] On sait maintenant que la grippe de 2009 équivalait à une bonne épidémie.»

Ceci dit, y a-t-il de la grippe dans les «pays chauds»? Et pourquoi l'influenza frappe-t-elle nos latitudes quand il fait froid?

«On n'a pas de réponse complète à ces questions-là, dit le Dr Boivin. On sait par des études en laboratoire que le virus survit mieux par des températures froides et sèches. On sait aussi qu'en hiver, les gens passent plus de temps à l'intérieur, ce qui augmente la promiscuité et les chances de transmission.

«Mais ça n'explique pas tout : il y a de la grippe à l'année longue dans les zones tropicales.»

On a d'ailleurs longtemps cru que l'Asie du Sud-Est et de l'Est agissait comme une sorte de «camp de base» pour l'influenza, parce que cette région est la plus peuplée du monde - près du tiers de l'humanité y vit - et qu'on y trouve plusieurs mégapoles où le virus peut se transmettre facilement, quelle que soit la saison. Une étude parue l'automne dernier dans les Proceedings of the National Academy of Science a cependant montré que la grippe est un «virus sans domicile fixe». Ses auteurs ont analysé 105 génomes de A(H3N2) de Hong Kong et 75 autres prélevés dans sept régions - New York, Europe, Japon, Australie, Nouvelle-Zélande, Hong Kong et Asie du Sud-Est - entre 2003 et 2006 et ont constaté que «les épidémies annuelles ne sont pas parties d'un endroit unique».

Mais il reste quand même, nuance le Dr Boivin, que les chances sont plus grandes pour que les épidémies partent d'Asie pour les raisons énumérées plus haut.

Autres sources

» Justin Bahl et al. «Temporally structured metapopulation dynamics and persistence of influenza A(H3N2) virus in humans», PNAS, 2011.

» Comité consultatif national sur l'immunisation, Déclaration sur la vaccination antigrippale pour la saison 2008-2009, 2008

http://www.phac-aspc.gc.ca/publicat/ccdr-rmtc/08vol34/acs-3/index-

fra.php

» Center for Disease Control, Seasonal Flu, 2012, http://www.cdc.gov/flu/

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